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Midnight Sun
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Ambre
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Localisation: Dans une clairière ensoleilée où le soleil caresse mon visage

MessagePosté le: Mar 18 Nov - 19:51 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

Les chapitres qui seront poster sont d'ordre légal!







Chapitre 1      
 
 
C'était le temps où je souhaitais être capable de dormir.     
Lycée.Ou plutôt un purgatoire pour utiliser le mot juste. S'il y avait une façon de racheter mes pêchers, cela devait compter beaucoup dans la balance. L'ennui c'est que j'en avais de plus en plus l'habitude; chaque jour me paraissait plus monotone et impossible que le dernier.Je suppose que c'était ma façon de dormir ; si dormir est définitivement le stade inerte entre des périodes actives.Je regardais fixement la fêlure qui courait le long du mur le plus éloigné de la cafétéria et j'imaginais le dessin si elle n'y avait pas été. C'était la seule façon de ne pas écouter les voix qui bourdonnait comme un estain d'abeille dans ma tête.Plusieurs centaines de voix que je ne connaissais pas qui me criaient leur ennui.Quand quelque chose apparaissait dans l'esprit d'une personne, j'entendais tout avant, et même plus.
Aujourd'hui, toutes les pensées avaient été accaparées par l'insignifiant drame d'une nouvelle venue parmi les élèves. C'était tellement facile de savoir ce qu'ils pensaient. J'ai vu ce nouveau visage répété esprit après esprit, sous tous les angles. Juste une fille ordinaire. L'excitation pour son arrivée était de façon agaçante prévisible- comme le jouet d'un enfant clignotant. La moitié des garçons, pareil a des moutons mâles, s'imaginait déjà amoureux d'elle juste parce qu'elle leur avait jeté un coup d'œil. J'essayais difficilement de ne pas les écoutés.
Je bloquais seulement quatre voix plus par courtoisie que par déplaisir : ma famille, mes deux frères et mes deux sœurs, qui avaient l'habitude du manque de vie privée en ma présence et qui me donnait rarement leurs avis. Je leur donnais toute la vie privée que je pouvais. J'essayais de ne pas écouter si je pouvais les aider.
J'essayais tant que j'en avais la possibilité, mais ... Je savais toujours.
Rosalie pensait, en général, a elle. Elle voulait s'apercevoir de profil dans une glace, et elle retournait dans sa tête sa propre perfection. L'esprit de Rosalie était un étang superficiel avec peu de surprise.
Emmett fulminait à propos du match de catch qu'il avait perdu contre Jasper durant la nuit. Il voulait se montrer très patient pour faire en sorte qu'à la fin du cours ils organisent un autre match. Je ne me suis jamais sentis intrus en entendant les pensées d'Emmett parce qu'il n'a jamais pensé quelque chose qu'il n'aurait dit tout haut ou fait. Peut-être que je me sentais seulement coupable de lire les esprits des autres parce que je savais qu'il y avait des choses qu'ils n'auraient pas voulu que je sache. Si l'esprit de Rosalie était un étang superficiel, celui d'Emmett était un lac sans ombres, limpide.
Et Jasper...souffrait. Je retins un soupir.
« Edward »
Alice m'appela dans sa tête, elle avait désormais toute mon attention. Cela aurait été exactement la même chose que si elle m'avait appelé tout haut. J'étais content que l'on m'ai donné ce nom car il se perdait ces dernier temps. Il était ennuyeux. Dès qu'une personne pensait à un Edward je me tournais automatiquement...
Ma tête ne se tourna pas cette fois. Alice et moi étions doués pour les conversations privées. C'était rare que quelqu'un le remarque. Je gardais mes yeux fixés sur le mur.
« Comment résiste-t-il ? » me demanda-t-elle
Je me refrognait, un imperceptible changement dans la partie supérieure de ma bouche. Rien qui ne pu avertir les autres. Je pouvait facilement me refrogné lorsque je m'ennuyais.
L'esprit d'Alice était maintenant alarmé et je vu dans sa tête qu'elle voyait Jasper dans sa vision.
« Il n'y a aucun danger ? ».
Elle cherchait dans le futur proche, écumant les visions avec monotonie pour trouver la source de mon froncement de sourcil.
Je tournais lentement ma tête sur la gauche, comme si je regardais les briques du mur, soupirant, et à droite sur la craquelure du plafond. Seul Alice savait pourquoi j'agitais ma tête.
Elle se relaxa
« Laisse moi savoir si ça va bien se passer »
Je bougeai seulement mes yeux, vers le plafond, puis en bas.
« Merci de faire ça »
J'étais content de ne pas avoir à répondre tout haut. Qu'est ce que j'aurais dit ? « De rien » ? C'était difficile de faire cela. Je n'aimais pas lire la lutte de Jasper. Etait-ce réellement nécessaire une expérience comme ça ? Pourquoi ne serions nous en sécurité que lorsqu'il sera capable de contrôler sa soif comme le reste d'entre nous, et ne pas repoussé ses limites. Pourquoi un tel flirt avec le désastre ?
Il y a deux week-ends que nous sommes partis chasser. Ce n'est pas une période aussi difficile pour nous que pour lui. Une petite situation inconfortable - si un humain passait trop près de nous, ou si le vent soufflait d'une mauvaise façon. Mais les humains marchaient rarement à côté de nous. Leurs instincts leur disaient ce que leur conscience ne pouvait pas comprendre : nous étions dangereux.
Jasper était réellement dangereux maintenant.
A ce moment une petite fille s'arrêta en bout de table près de la notre pour parler avec ses amis. Elle fit un mouvement bref, et passa les doigts dans ses cheveux couleur de sable. Le radiateur l'envoya dans notre direction. J'avais l'habitude de ce que cette odeur me faisait ressentir - la douleur sèche dans ma gorge, le profond désire de mon estomac, l'automatique contraction de mes muscles, l'excès flot de mon venin dans ma bouche...
C'était a peu près normal, d'habitude, facile à ignorer. C'était juste difficile à ce moment là, avec un ressentiment que je surveillais la réaction de Jasper. Identique a la mienne.
Jasper avait laissé son imagination vagabondée. Il s'imaginait se lever de son siège à coté d'Alice et se mettre a coté de la fille. Il pensait se pencher, comme s'il allait lui chuchoter quelque chose à l'oreille, et laisser ses lèvres toucher les courbes de sa gorge. Il pensait comment l'écoulement chaud circulerait vite sous cette peau fine, ce que cela lui ferait de sentir ça sous sa bouche...
Je donnais un coup de pied dans sa chaise.
Il rencontra mon regard pendant une minute et baissa les yeux. Je pouvais entendre sa honte et sa lutte intérieure dans sa tête.
« Désolé » marmonna Jasper
J'haussais les épaules
« Tu n'allais rien faire » lui murmura Alice, calmant son chagrin « je l'aurais vu »
Je refrénais une grimace face à ce mensonge. Nous devions rester solidaire Alice et moi. Ce n'était pas facile, entre entendre des voix et avoir des visions. Comme des monstres parmi les humains. Nous protégions nos secrets les uns les autres.
- Cela t'aiderais un peu si tu pensais a eux comme des personnes, suggéra Alice, sa voix musicale trop rapide pour que les humains comprennent, si jamais quelqu'un étais assez près pour entendre.
- Son nom est Whitney. Elle a une petite sœur qu'elle adore. Sa mère a invité Esmée à une garden party, tu te souviens ?
- Je sais qui elle est, dit sèchement Jasper.

Il tourna la tête ailleurs, pour regarder derrière une petite fenêtre qui était situé juste sous l'avant toit, le long de la pièce. Son ton signifiait clairement que la conversation était close.
Il allait devoir chasser ce soir. Il était ridicule de prendre des risques inutiles tels que : essayer de tester sa force, se construire une endurance.
Jasper devait juste accepter ses limites et travailler avec elles. Les premières habitudes ne devaient pas conduire sa vie, il ne pouvait pas continuer sur ce chemin.
Alice soupira silencieusement et se leva, prenant son plateau de nourriture – intact – avec elle et le laissa seul. Elle savait qu'il en avait assez de ses encouragements. Bien que la relation qui liait Rosalie et Emmett était plus évidente, c'était Alice et Jasper qui se connaissaient le mieux, aussi bien que eux-mêmes. Comme s'ils pouvaient lire dans l'esprit l'un de l'autre.
Edward Culle.
Pur réflexe. Je tournais la tête vers l'endroit où mon nom avait était appelé, pensé il n'avait été appelé, juste pensé.
Mes yeux s'accrochèrent une fraction de seconde avec une paire d'yeux grands ouverts d'humain, couleur chocolat, sur un visage pale en forme de cœur. Je connaissais cette figure, bien que je ne l'avais jamais vu avant ce moment. Il avait été dans tous les esprits des élèves aujourd'hui. La nouvelle élève, Isabella Swan. La fille du chef de police de la ville, emmenée a vivre ici dans une nouvelle situation. Bella. Elle corrigeait quiconque utilisait son nom en entier.
Je regardais ailleurs, ennuyé. Cela me prit une seconde pour réaliser qu'elle n'était pas celle qui avait pensé mon nom.
Bien sur elle a déjà remarqué les Cullens, j'entendais le premier esprit continuer.
Maintenant je reconnaissais cette voix. Jessica Stanley – il y avait un certain temps qu'elle ne m'avait pas ennuyé avec son bavardage intérieur. Quel soulagement c'était quand son amourette lui sortait de la tête. L'habitude de ne presque jamais échapper a ses rêves constants et ridicules. Des fois je souhaitais pouvoir lui expliquer exactement ce qu'il pourrait arriver si mes lèvres, et mes dents cachées derrière, s'étaient trouvé près d'elle. Si il y avait du silence plutôt que ses ennuyantes fantaisies. Imaginer sa réaction me fit presque sourire.
" Grand bien lui fasse, continua Jessica, Elle n'est pas vraiment jolie. Je ne sais pas pourquoi Eric la fixe comme ça... ou Mike. "
Elle grimaça intérieurement au dernier nom pensé. Son nouvel engouement, le populaire Mike Newton, qui l'ignorait complètement. Apparemment, il n'était pas si oublieux avec la nouvelle fille. Comme un gamin avec un merveilleux objet encore. Cela mit une limite sévère dans l'esprit de Jessica, bien qu'elle soit en apparence cordiale avec la nouvelle venue en lui expliquant ce qu'elle savait à propos de ma famille. La nouvelle devait avoir posé des questions sur nous.
" Tout le monde m'a regardé aujourd'hui aussi, pensa Jessica d'un ton suffisant en aparté, ce n'est vraiment pas de chance que Bella ai deux classes avec moi,.... Je parierais que Mike va me poser des questions sur elle."
J'essayais de bloquer le bavardage idiot et de le faire sortir de ma tête avant que les mesquins et insignifiants commérages me rende complètement fou.
- Jessica donne des information à la nouvelle Swan ainsi que le linge sale de la famille Cullen, murmurais-je à Emmett comme une distraction.
Il gloussa en soufflant. " J'espère qu'elle prend ça bien" pensa-t-il
- Plutôt sans imagination, en faite. Juste le minimum d'allusion au scandale. Pas une pointe d'horreur. Je suis un peu déçu.

Et la nouvelle élève ? Est-elle déçue d'aussi bons commérages ?
J'écoutais d'une oreille ce que la nouvelle fille, Bella, pensait de l'histoire de Jessica. Qu'est-ce qu'elle voyait en regardant l'étrange famille, à la peau aussi blanche que la craie, évitée par tout le monde ?
C'était en quelque sorte ma responsabilité de savoir sa réaction. J'agissais comme un surveillant, faute d'un monde meilleur, pour ma famille. Pour les protéger. Si quelqu'un commençait à avoir des soupçons, je pouvais les prévenir à l'avance et battre en retraite rapidement. Des fois cela arrivait –un humain avec une imagination débordante voyait en nous des personnages de livres ou de films. En général ils se trompaient, mais c'était mieux de changer d'endroit au lieu de risquer une surveillance. Très rare étaient les personnes qui voyaient juste. Mais nous ne leur donnions pas la chance de tester leurs hypothèses. Nous disparaissions simplement, pour ne devenir qu'un fragment de leur mémoire.
Je n'entendais rien, bien que j'écoutais près du monologue intérieur de Jessica qui continuait de jaillir. C'était comme si il n'y avait personne assit devant elle. Quelle particularité, cette fille avait ? Cela ne semblait pas probable en voyant Jessica parlé avec elle. Je levais les yeux, me sentant déséquilibré. Vérifiant ce que mon « ouie » surdéveloppé pouvait me dire- c'était quelque chose que je n'avais jamais eu à faire.
Encore une fois, mon regard s'accrocha avec les mêmes profonds yeux marron. Elle était assise où elle était avant, et nous regardait ; une chose naturelle à faire, je suppose, comme Jessica était toujours en train de la régaler avec les commérages sur les Cullen.
Elle pensait à nous aussi, c'était naturel.
Mais je n'entendais pas un murmure.
Des alléchantes bouffées de chaleur teintèrent ses joues de rouge lorsqu'elle baissa le regard, autre part comme si elle venait de se faire attraper en train de fixer un inconnu. Heureusement que Jasper gardait toujours le regard sur la fenêtre. Je ne préfèrerais pas imaginer ce que l'étendu de son sang aurait comme répercutions sur son contrôle.
Les émotions étaient aussi claires sur son visage que si elle les avait écrit en lettres détaché sur son front : surprise, comme si elle ne le savait pas absorbé par les signe de l'imperceptible différences entre elle et moi ; la curiosité, lorsqu'elle écoutait l'histoire de Jessica, et des fois plus... fascinée ? Ce ne serait pas la première fois. Nous étions sublime pour eux, notre proie désirée. Et finalement, embarrasser lorsque je l'ai attrapé en train de me fixer.
De plus, bien que ses pensées soient très claires dans ses yeux surprenants –surprenant, à cause de leur profondeur ; les yeux marron paraissaient souvent ternes dans leur obscurité. Je ne pouvais rien entendre hormis le silence à la place où elle était assise. Rien du tout.
Je me senti soudain inquiet.
Ce n'était pas quelque chose que j'avais rencontré avant. Es ce qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas avec moi ? Inquiet j'écoutais plus ardemment.
Toutes les voix que j'avais bloquées furent soudain dans ma tête.
...demande quel genre de musique elle aime... Peut-être pourrais-je lui parler de ce nouveau CD... pensait Mike Newton, deux table plus loin, en fixant Bella Swan.
Regarder le en train de la fixer. Ce n'était pas assez d'avoir la moitié des filles du lycée à ses pieds... Eric Yorkie avait des pensées sulfureuses, aussi autour de la fille.
... tellement écœurant. Pensez vous qu'elle soit célèbre où quelque chose... Même Edward Cullen la fixe...Lauren Mallory était tellement jalouse que cela se voyait sur son visage, elle était verte. Et Jessica exhibe sa nouvelle meilleure amie. Quelle bonne blague ! Ses pensées très sarcastiques continuaient de vomir des pensées de la jeune fille.
Je parie que tout le monde lui a déjà demandé ça. Mais je voudrais parler avec elle. Il faut que je réfléchisse à une question plus originale .songeait Ashley Dowling.
Peut-être est-elle en Espagnol... espérait June Richard
...Des tonnes de trucks que je laisserais tomber ce soir. Casse tête, et le test d'anglais. J'espère que ma mère... Angela Weber, une fille tranquille, avec des pensées exceptionnellement gentille, la seule à la table qui n'était pas obsédé par Bella.
Je pouvais tous les entendre, toutes les choses insignifiantes qu'ils pensaient, comme celle qui traversait leur esprit. Mais rien de la nouvelle élève avec des yeux plus communicatifs qu'ils n'y paraissaient.
Bien sur je pouvais entendre ce qu'elle disait lorsqu'elle parlait avec Jessica. Je n'avais pas besoin de lire dans les esprits pour être capable d'entendre sa voix basse et claire dans le grand hall de la cantine.
« Qui c'est, ce garçon aux cheveux blond roux ?» l'entendais-je demander, ne pouvant s'empêcher de me regarder du coin des yeux, puis vite détourner le regard lorsqu'elle vu que je la fixais toujours.
J'avais espéré qu'entendre le son de sa voix m'indiquerait le timbre de ses pensées, perdu quelque part où je ne pouvais avoir accès, je fus immédiatement déçu. D'habitude les pensées des gens avaient la même teneur que leur voix physique. Mais ce timide silence était une voix inhabituelle, et ce n'était pas une des centaines de pensées qu'il y avait dans la pièce, j'étais sur de ça. Complètement nouveau.
Oh bonne chance idiote pensa Jessica avant de répondre à sa question.
« Edward. Il est superbe, mais inutile de perdre ton temps. Apparemment, aucune des filles d'ici n'est assez bien pour lui » renifla-t-elle.
Je détournais la tête pour cacher mon sourire. Jessica et ses camarades classe n'avaient pas idée de la chance qu'elles avaient que je ne m'intéresse pas à l'une d'elle en particulier.
Sous l'éphémère pensé, je senti une étrange impulsion, que je ne compris pas tout de suite. Cela avait quelque chose a voir avec les malfaisantes et insignifiante pensées de Jessica dont la nouvelle n'avait pas conscience. Je ressentit une forte envie de m'immiscé entre elle, pour protéger Bella Swan des pensées noires de Jessica. Quel sentiment bizarre. ! J'essayais de découvrir les motivations cachées derrière cette impulsion, j'examinais la fille une nouvelle fois.
Peut-être que c'était juste un instinct protecteur profondément enfoui- les forts protégeant les faibles. Cette fille semblait plus fragile que ses nouveaux camarades. Sa peau était si translucide qu'il était difficile de croire qu'elle constituait une défense fiable contre les agressions extérieure. Je pouvais voir la pulsation rythmée de son sang dans ses veines à travers sa clair et pale peau. Mais je ne devais pas me concentrer sur ça. J'était bon dans cette vie que j'avais choisit, mais j'étais aussi assoiffé que Jasper et il n'y avait pas de compromis avec cette délicieuse tentation.
Il y avait un léger pli entre ses yeux marron dont elle semblait ne pas avoir conscience.
C'était incroyablement frustrant ! Je pouvais clairement voir qu'elle faisait un effort pour rester assise là, faire la conversation avec des étrangers, étant leur centre d'attention. Je pouvais deviner sa timidité de la façon dont elle tenait ses frêles épaules, légèrement voûté, comme si elle s'attendait à une rebuffade à tout moment. Mais je pouvais seulement deviner, je pouvais seulement voir, seulement imaginer. Il n'y avait rien à part le silence de cette extraordinaire fille ; Je ne pouvais rien entendre. Pourquoi ?
« On y va? » murmura Alice, interrompant le court de mes pensées.

Je détournais le visage de la fille avec un sentiment de soulagement. Je ne voulait continuer d'échouer ainsi –cela m'énervait. Et je ne voulais pas développer un quelconque intérêt pour ses pensées cachées simplement parce qu'elles m'étaient inconnues. Pas de doute lorsque je déchiffrerais ses pensées –et je voulais trouvé une façon de le faire, ce ne sera que insignifiant et futile comme les pensées de n'importe quel humain. Cela ne valait pas l'effort que je lui portais.
« La nouvelle est-elle aussi, effrayé par nous ? » demanda Emmett, attendant toujours une réponse pour sa question d'avant.

J'haussais les épaules. Il n'était pas assez intéressé pour demander plus d'explications. Je n'aurais pas du être intéresser.
Nous nous levions de table et quittions la cafétéria.
Emmett, Rosalie et Jasper étaient supposés être dans les grandes classes, et partirent dans leur cours. Je jouais un rôle plus jeune qu'eux. Je partais pour mon cours de première de biologie avancée. Je préparais mon esprit à l'ennui. C'était un certain Mr Banner, un homme d'intellect moyen, que rien ne réussissait à sortir de sa lecture, ce qui n'était pas une grande surprise pour quelqu'un qui était diplômé de médecine.
En classe, je m'assis sur ma chaise et sortit mes livres –Il n'y avait rien dedans que je ne savais déjà– qui se renversèrent sur la table. J'étais le seul étudiant qui avait une paillasse à lui seul. Les humains n'étaient pas assez malins pour deviner qu'il me craignait, mais leur instinct de survie assez, pour les éloigné.
La salle se replissait lentement comme elle s'était vidée à la cantine. Je me penchais en arrière sur ma chaise et attendait que le temps passe. Je souhaitai encore pouvoir dormir.
Je pensais à elle, quand Jessica Weber escorta la nouvelle a travers la pièce, son nom s'imposa à mon attention.
Bella est aussi timide que moi. Je jurerais que ce jour est très difficile pour elle. Je souhaiterais lui dire quelque chose... mais cela paraîtra sûrement stupide.
Oui !, pensa Mike Newton, en se tournant sur son siège pour voir entrer la nouvelle.

Toujours, à la place où se tenait Bella Swan, il n'y avait rien. La place vide de ses pensées m'irritait et me décontenançait.
Elle s'approcha, marchant dans l'allée centrale à coté de moi, vers le bureau du professeur. Pauvre fille ; le seul siège disponible était celui à côté du mien. Automatiquement je compris que ce serait le sien, je poussais mes livres en pile. Je doutais que cela soit très confortable. Elle était ici pour un long semestre –dans cette classe du moins. Peut-être ,pensais-je, en étant assit a côté d'elle, je serais capable de percer ses secrets... pas que j'avais besoin d'une proximité avant... pas que je voulu trouvé quelque chose qui vaille la peine d'être entendu.
Bella marchait dans un écoulement de chaleur que le vent m'envoya.
Son parfum me frappa tel une balle destructrice, un coup de massue. Il n'y avait pas d'images assez violentes pour décrire cette force qui me frappa en cet instant.
A cet instant, je n'avais plus rien d'humain ; il n'y avait plus une once d'humanité en moi; J'essayais de retrouver mes esprits.
J'étais un prédateur. Elle était ma proie. Il n'y avait rien de plus vrai au monde.
Il n'y avait pas assez d'une pièce rempli de témoins- ils n'étaient que des détails secondaires dans ma tête. Le mystère de ses pensées était oublié. Ses pensées ne voulaient rien dire, puisqu'elle ne pourrait pas les penser encore longtemps.
J'étais un vampire, et elle avait le sang le plus doux que j'avais sentit en plus de quatre-vingts ans.
Je n'avais jamais pensé qu'un tel parfum puisse exister. Si je l'avais su cela aurait fait longtemps que je serais à sa recherche. J'aurais passé la planète au peigne fin pour cela. Je pouvais imaginé son goût...
Ma soif brûlait ma gorge en feu. Ma bouche était chaude et sèche. Le frai flot de venin ne dissipait en rien se sentiment. Mon ventre se tordait de faim en faisant écho à ma soif. Mes muscles se bandaient pour sauter.
A peine quelque seconde s'était écoulée. Elle se tenait toujours à la même place, dans le sens du vent.
Au même moment où ses pieds touchèrent l'étal, elle posa ses yeux sur moi, un mouvement très furtif. Son regard rencontra le mien, je vis mon reflet se reflété dans le large miroir de ses yeux.
Je pus voir sur le choc qui se peignait sur ses traits, qu'elle mettait sa vie de côté pour quelques instants.
Elle ne le cacha pas facilement. Quand elle décrypta l'expression de mon visage, du sang afflua à ses joues à nouveau, donnant à sa peau la plus belle couleur que je n'avais jamais vu. Son odeur formait une brume épaisse dans mon cerveau. Je pouvais tout juste penser à autre chose. Mes pensées faisaient rage, échappant à mon contrôle, incohérentes.
Elle marchait plus rapidement maintenant, comme si elle comprenait qu'elle devait s'échapper.
Sa hâte la rendait maladroite. Elle tangua et trébucha en avant, en tombant quasiment sur la fille assise devant elle. Vulnérable, faible. Même plus qu'a l'ordinaire pour un humain.
J'essayais de me concentrer sur son figure, et je vu dans ces yeux, un visage que je reconnus avec révulsion. Le visage du monstre en moi que j avais combattus pendant une décennie grâce a des efforts et une discipline pure et dure. Comme il ressortait facilement à la surface maintenant!
Son parfum tourbillonné a nouveau autour de moi, éparpillant mes pensées et en me projetant presque en dehors de mon siége.
Non.
Ma main s'agrippa au rebord de table lorsque j'essayais de garder mon contrôle. Le bois ne facilitait pas la tâche. Ma main écrasait le montant et s'en décrocha avec des échardes dans la paume. Laissant la forme de mes doigts gravé dans le restant de bois.
Anéantir les preuves .C'était une règle fondamentale .Rapidement je pulvérisait la forme avec le bout de mes doigts. Il ne restait rien à part un trou rageur dans le sol et plein de copeaux de bois.
Anéantir les preuves. Dégâts collatéraux...
Je savais ce qui allait arriver maintenant. La fille s'assairait à côté de moi, et je voudrais la tuer.
Les élèves innocents de cette classe, dix-huit autres enfants et un homme, qui ne pouvaient pas quitter la salle en voyant ce qu'ils allaient voir.
J'hésitais à la pensée de ce que je devais faire. Même dans mon pire état, je n avais jamais commis ce genre d atrocité. Je n avais jamais tué d'innocents, pas dans les huit dernières décennies. Et maintenant je planifiais de massacrer vingt d'entre eux.
Le visage du monstre dans le miroir me nargua.
Même si une partie de moi tressaillit devant le monstre, une autre part élaborait des plans.
Si je tuais la première fille, j'aurais seulement quinze ou vingt secondes avec elle avant qu'un humain dans la pièce ne réagisse. Peut être un peu plus de temps s'ils ne réalisent pas tout de suite ce que je suis en train de faire. Elle n aura pas le temps de crier ou de sentir le douleur; je ne la tuerais pas cruellement. Tant que je peux obtenir cette fille avec son sang horriblement désirable.
Et par la suite je devrais les empêcher de s'échapper. Je ne m'inquiétais pas pour les fenêtres, trop hautes et trop petites pour fournir une échappatoire. Juste une porte -La bloquer et ils étaient piégés.
Ce serait plus lent et plus difficile d'essayer de les tuer quand ils étaient paniqués et effrayé, ils se disperseraient en pagaille. Pas impossible mais cela serai beaucoup trop bruyant et prévoirait beaucoup de hurlements. Quelqu'un pourrait entendre...et je serais forcé de tuer plus d'innocents dans ces heures noires.
Et son sang refroidira, tandis que je tuerais les autre.
Le parfum me punit, ma gorge se ferma avec une sècheresse douloureuse...
Donc d'abord les témoins.
Je planifiais cela dans ma tête. J'étais dans le milieu de la pièce, à l'extrême rangé dans le fond. Je prendrai ceux de droite en premier. Je pourrais casser net quatre ou cinq de ces cous par seconde, j'estimais. Cela ne devrai pas être bruyant. La rangée de droite serait la plus chanceuse ; ils ne me verraient pas arriver. Me déplaçant au premier rang et repartir sur le rang de gauche, au plus, cinq secondes pour éliminer toute vie dans cette pièce.
Assez longtemps pour que Bella Swan comprenne, brièvement ce que j'avais projeté pour elle. Assez longtemps pour qu'elle ressente la peur. Assez longtemps, si le choc ne l'avais pas figé sur place, pour poussé un cri. Un cri éphémère n'alertera personne.
Je pris une profonde inspiration, et son odeur fut un feu qui se précipita à travers mes venins, incendia ma poitrine pour absorber la meilleure impulsion dont j'étais capable.
Elle était juste tournée maintenant. En quelques secondes elle fut assise à quelque mètre de moi.
Le monstre intérieur souri d'anticipation.
Quelqu'un fit claquer un dossier sur ma gauche, je ne cherchais pas à voir qui étais ce damné humain. Mais ce mouvement m'envoya une vague d'ordinaire, un air non parfumé flotta sur ma figure.
Pendant une courte seconde, je fus capable de penser clairement. Pendant cette précieuse seconde je voyais deux visages dans ma tête, côte à côte.
Un, était le mien, ou plutôt celui que j'avais été : les yeux rouges du monstre qui avait tué tellement de personne que j'avais arrêté de les comptés. Des morts rationnelles et justifiées. Le meurtrier des meurtriers, les plus monstrueux tueurs. C'était un bon complexe, je reconnaissais cela –décisif pour mériter la peine de mort. C'était un compromis avec moi-même. Je me nourrissais de sang humain, mais seulement ceux qui échappaient à la définition. Mes victimes étaient ; dans leur différents passe-temps sombres, pas plus humain que moi.
L'autre visage était celui de Carlisle.
Il n'y avait aucune ressemblance entre les deux physionomies. C'était le jour et la nuit.
Ils n'avaient aucune raison de se ressembler, Carlisle n'était pas mon père dans le sens biologique du terme. Ils n'avaient aucun trait en communs. La seule similarité était notre couleur d'épiderme, le produit de ce que nous étions. Tous les vampires avaient la même peau blanche et froide. La similitude de la couleur de nos yeux était une autre affaire : une réflexion de notre choix mutuel.
De plus, bien qu'il n'y est pas de ressemblance de base, j'imagine que mon visage commençait a le reflété, toute l'étendue de ces dernier soixante-dix ans où j'avais fait ce choix et je l'avais suivit. Mes traits n'avaient pas changé, mais ils me semblaient qu'ils étaient marqués par la sagesse. Un peu de compassion se dessina sur mes lèvres, et une évidence patiente était lisible dans ses sourcillements.
Une toute petite amélioration, vite disparue, dans la figure du monstre qui était en moi. Dans quelques instants, il n'y aurait plus rien à ma gauche qui pourrait reflété les années passé avec mon créateur, mon mentor, mon père de bien des façons.
Mes yeux rougeoyaient tel un démon. Toute ressemblance serait perdue à jamais.
Dans ma tête, les yeux de Carlisle ne me jugeaient pas. Je sais qu'il voulait oublier ce que j'avais fait. Parce qu'il m'aimait. Parce qu'il pensait que j'étais meilleur que je ne l'avais été. Et il voulait toujours m'aimer, comme je voulais lui prouver qu'il avait tort.
Bella Swan s'assit sur la chaise à côté de moi, dans un mouvement raide et maladroit- avec peur ? – et l'odeur de son sang m'entoura inexorablement dans un nuage.
Je voulais prouver à mon père qu'il se trompait sur moi. La douleur de ce fait me heurta presque aussi fort que le feu dans ma gorge.
Je me poussai loin d'elle, révulsé –révolté par le monstre qui voulait la tuer.
Pourquoi devait-elle venir ici? Pourquoi devait-elle exister ? Pourquoi devait-elle ruiner le peu de paix que j'avais dans cette non vie ? Pourquoi cette humaine exaspérant était-il né ? Elle voulait ma mort.
Je tournais la tête ailleurs, brusquement, une haine irrationnelle me traversait.
Qui était cette créature ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi devais-je tout perdre juste parce qu'elle avait choisit d'apparaître dans cette ville ?
Pourquoi était-elle venue !
Je ne voulais pas être un monstre ! Je ne voulais pas tuer toute cette pièce remplie d'inoffensifs humains ! Je ne voulais pas perdre tout ce que j'avais gagné dans cette vie de sacrifice et de mensonges.
Je ne voulais pas. Je voulais rester moi.
L'odeur était un problème, cette horrible illusion de l'odeur de son sang. Si il y avait une façon de résister... Si seulement un air de vent frais pouvait m'éclaircir les idées.
Bella Swan secoua ses longs et épais chevaux acajou dans ma direction.
Etait-elle folle ? C'était comme si elle encourageait le monstre ! Se moquant de lui.
Il n'y avait pas de brises amicales pour souffler l'odeur loin de moi .Tout serai bientôt perdu.
Non, il n'y avait pas de vents serviables. Mais je ne devais pas respirer.
Je stoppais l'air qui coulait dans mes poumons; le soulagement fut instantané, mais incomplet .J'avais toujours le souvenir du parfum dans la tête, son goût sur ma langue. Je ne serais pas capable de résister bien longtemps. Mais peut être que je pourrais résister une heure. Une heure. Juste assez de temps pour sortir de cette pièce pleine de victimes, victimes qui ne devraient pas être des victimes. Si je pouvais résister une petite heure...
C'était une sensation inconfortable, de ne pas respirer. Mon corps n'avait pas besoin d'oxygène, mais cela allait contre mes instincts. Dans ces périodes de stress je me fiais à mon odorat, plus qu'a mes autres sens. Cela me ramenait à ma façon de chasser, c était le premier avertissement en cas de danger. Je ne donnais pas l'impression d'être aussi dangereux que je l'étais, l'auto persuasion était aussi forte chez mon espèce que l'humain ordinaire.
Inconfortable, mais maîtrisable. Plus tenable que de la sentir et ne pas enfoncer mes dents dans son cou mince et maigre, cette peau transparente avec la chaleur, l'humidité, la pulsation de...
Une heure!juste une heure. Je ne devais pas penser au parfum ni au goût.
La fille muette gardait ses cheveux ente nous, penchée en avant ; ces derniers se répandaient d'un bout à l'autre de son classeur. Je ne pouvais pas voir son visage, pour essayer de lire les émotions dans ses yeux clairs et profonds. Etait-ce pourquoi elle plaçait ses cheveux de la sorte ? Pour me cacher ses yeux ? Par peur? Timidité? Pour me cacher ses secrets ?
Mon ancienne irritation contrecarrée par ses pensées silencieuses était faible et clair en comparaison au besoin _et la haine_ qui me possédait maintenant. Je détestais cette femme enfant à côté de moi, la détestais avec toute la ferveur avec laquelle je m'accrochais à mon ancien moi, mon amour pour ma famille, mes rêves d'être quelqu'un de meilleur... La détester, exécrer de ce qu'elle me faisait ressentir _cela aidait un peu. Oui l'irritation que je ressentais avant était faible, mais cela aidait également un peu. Je m'accrochais à des émotions qui me distrayaient de ma volonté qui voulait la goûter ...
Haine et irritation. L'heure ne passera t elle jamais?
Et quand l'heure sera finie...Elle marchera en dehors de cette classe. Et je ferais quoi?
Je pourrais me présenter. Bonjour, mon nom et Edward Cullen. Peut être que je pourrais t'accompagner à ton prochain cours?
Elle dira oui. Ce serai la chose la plus polit a faire. Même si elle me craignais déjà, comme je le suspecte, elle suivrai les règles de politesse et marcherai à côté de moi. Ce sera assez facile de la mener dans une mauvaise direction.
Pour motif d'aller vers la foret qui s'étendait jusqu'au parking du lycée. Je pouvais lui dire que j'avais oublié un livre dans ma voiture...
Es ce que quelqu'un s'apercevrait que j'étais la dernière personne à être vu avec elle ? Il pleuvais comme d'habitude ; deux imperméables noirs qui n'allait pas dans la bonne direction n'allait pas porté grand intérêt et m'offrirais la chance de partir.
Excepter que je n'étais pas le seul étudiant conscient de sa présence aujourd'hui- aucune personne n'était aussi consciente de cela que moi. Mike Newton en particulier, était conscient de tous ses mouvements lorsqu'elle gesticulait sur ça chaise- elle était inconfortablement trop près de moi, juste comme quelqu'un d'autre l'aurais été, juste comme je m'y attendais avant que son odeur ne détruise tout considérations charitable. Mike Newton se serait aperçu si elle quittait la classe avec moi.
Si je pouvais tenir une heure, pourrais-je en tenir deux ?
J'hésitais à la douloureuse sensation de brûler.
Elle rentrerait dans une maison vide. Le chef de police Swan travaillait tous les jours. Je savais où était sa maison, je savais où était toute les maisons dans cette petite ville. Sa maison était juste a droite après le bois touffu, sans aucuns voisins. Si elle avait le temps de crier il n'y aurait personne pour l'entendre.
C'était une façon responsable de s'en occuper. J'avais tenue sans sang humain pendant sept décennies. Si je retenais mon souffle, je pouvais tenir deux heures. Et lorsqu'elle sera seule, il n'y aurait personne pour lui venir en aide. Et personne pour venir ruiner nos plans, acquiesça le monstre dans ma tête.
J'étais sophiste de penser pouvoir sauver les dix-neuf humains dans cette salle à force d'efforts et patiente, je voulais être le moins monstrueux lorsque je tuerais cette fille.
Bien que je la détestais je savais que ma haine était injuste. Je savais que la personne que je détestais réellement, c'était moi. Et je haïrais encore plus lorsqu'elle sera morte.
Je passais cette heure de cette façon- à imaginer la meilleure façon de la tuer. J'essayais d'éviter d'imaginer l'acte ici même. Cette force était trop puissante pour moi. Je perdrais sûrement la bataille et pour finir, tuerais ces élèves à la vue de tout le monde. Je planifiait donc des stratégie rien de plus. Je me contrôlerais pendant une heure.
Une fois, vers la fin de l'heure, elle me jeta un coup d'œil derrière le fluide mur de ses cheveux. Je pouvais sentir la haine injustifié me brûler de l'intérieure comme lorsque j'avais rencontrer son regard –en voyant mon reflet dans ses yeux effrayé. Du sang afflua à ses joues avant qu'elle ne puisse les cacher, et je faillis perdre la bataille.
Mais la cloche sonna. Sauvé par le gong – tellement cliché. Nous étions sauvé. Elle, sauvé de la mort. Moi, sauvé juste pendant un court temps avant de devenir la créature cauchemardesque que je craignais et que je n'aurais pas préféré être.
Je ne pu marcher doucement comme je l'aurais voulu, je sortit de la salle comme une flèche. Si quelqu'un avait regardé à ce moment là, il aurait pu deviner qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas dans ma façon de marcher. Mais personne ne me prêta attention. Leurs pensées tournaient toujours autour de la fille qui avait été condamné à mort pendant un peu plus d'heure.
Je me cachais dans ma voiture.
Je n'aimais pas penser que j'avais à me cacher. Cela semblait tellement lâche. Mais c'était incontestablement le cas maintenant.
Je n'avais pas assez de discipline pour être avec des humains maintenant.
La concentration pour ne pas tuer l'un d'entre eux, ne me laissait aucune ressource pour résister aux autres. Cela aurait été du gaspillage. Si je m'abandonnais au monstre maintenant, cela aurait été la pire des défaites.
Je mis un CD de music qui me calmait habituellement, mais là il ne pouvait pas grand chose pour moi. La meilleure aide était le vent frais humide qui voulait à travers la pluie jusqu'à ma fenêtre. Bien que je pouvais me rappeler avec exactitude l'odeur du sang de Bella Swan, en inhalant l'air sain qui me lavait de l'intérieure et me débarrassait de cette infection.
Je redevint saint d'esprit et je pu de nouveau réfléchir. Je pouvais me battre a nouveau. Me battre contre ce que je ne voulais pas être.
Je n'avais pas à aller chez elle. Je n'avais pas à la tuer. Manifestement j'était rationnel une créature doté de raison, j'avais le choix. J'avais toujours le choix.
Je n'avais pas ressentit cela dans la classe... Mais j'étais loin d'elle maintenant.
Peut-être que si je l'évitais en faisant très attention, je n'aurais pas besoin de changer de vie. J'avais ordonné les choses de cette façon que ma vie me plaisait tel qu'elle était. Pourquoi devrais-je laisser quelqu'un d'aussi exaspérant et délicieux détruire cela ?
Je ne devais pas décevoir mon père. Je ne devais pas faire subir à ma mère le stress, l'inquiétude...la peine. Oui cela allait blesser ma mère adoptive. Et Esmée était tellement douce, tendre et calme. Causer de la peine a quelqu'un comme Esmée était vraiment impardonnable.
Quelle ironie d'avoir voulu protéger cette humaine des piètres et inefficaces menaces de l'esprit sournois de Jessica. J'étais la dernière personne à prétendre pouvoir être le protecteur de Bella Swan. Elle n'avait jamais eu besoin d'autant de protection que contre moi.
Où était Alice me demandais-je subitement ? Ne m'as-t-elle pas vu tuant Bella Swan de toute les façon différente ? Pourquoi n'est-elle pas venue m'aider – pour me stopper, ou m'aider à faire disparaître les preuves, à sa préférence ? Etait-elle trop absorbée par les problèmes de Japser qu'elle a manquée cette si terrible possibilité ? Etais-je plus fort que je ne pensais ? N'allais-je réellement rien faire à cette fille ?
Non. Je savais que cela était faux. Alice devait être très concentrée sur Jasper.
Je cherchais dans la direction où je savais qu'elle serait, dans le petit bâtiment utilisé pour les classes d'anglais. Cela ne me pris pas longtemps pour localise "sa voix" familière. Et j avais raison. Toutes ces pensées étaient tournées vers Jasper, observant ses choix avec minutie.
J'espérais que je pourrais lui demander ses conseils, mais en même temps, j étais content qu'elle ne sache pas ce dont j'étais capable. Qu'elle ne se soit pas rendue compte du massacre auquel j'avais pensé pendant la dernière heure.
Je sentais une nouvelle brûlure à travers mon corps -une brûlure de honte. Je voulais qu'aucun d'entre eux ne le sache.
Si je pouvais éviter Belle Swan, si je pouvais réussir à ne pas la tuer _même si lorsque je pensais cela, le monstre se déformais et grinçais des dents de frustration _ personne ne devais savoir. Si je pouvais resté éloigné de son parfum...
Il n y avais pas de raisons que je n'essaie pas, du moins. Faire le bon choix. Essayé d'être comme Calisle pensait que j'étais.
La dernière heure de cour était presque terminée. Je décidais de mettre aussitôt mon nouveau plan en action. C'était mieux que de rester ici dans le parking ou elle pourrai passer et ruiner mes tentatives. A nouveau, je ressentais cette haine injuste envers cette fille. Je détestais qu'elle ait ce pouvoir sur moi. Ce qu'elle pouvait me faire était quelque chose que j'injuriais.
Je marchais promptement _un peu trop promptement, mais il n y avait pas de témoins_ d'un bout a l'autre de l'exigu campus en direction du secrétariat. Il n y avait pas de raisons pour que Bella Swan s'y rende à son tour. Elle fuirait comme la peste qu'elle était.
La pièce était vide à l'exception de la secrétaire, la personne que je voulais voir.
Elle ne remarqua pas mon entrée silencieuse.
"Mme Cope?"
La femme avec les cheveux anormalement rouges leva ses yeux qui s'agrandirent. Cela leur faisait toujours cet effet lorsqu'ils baissait leur garde, les petite marques qu ils ne comprenaient pas, même après nous avoir vu plusieurs fois.
« Oh» haleta-t-elle, un peu nerveuse. Elle lissa son chemisier. Ridicule pensait elle. Il est presque assez jeune pour être mon fils. Trop jeune pour penser a lui de cette manière...
"Bonjour Edward. Qu'est ce que je peux faire pour toi?"Ces cils battant derrière ces épaisses lunettes.
Embarrassant. Mais je savais comment être charmeur quand je le voulais. C'était facile, depuis que j'étais capable de savoir immédiatement quels tons ou expressions prendre.
Je me penchais en avant, rencontrant son regard comme si je fixais profondément ces petits yeux brins sans profondeur. Ses pensées étaient déjà en émois. Ce serait simple.
"Je me demandais si vous pourriez m'aider avec mon programme." ai-je dis d'une voix douce que je réservais pour ne pas effrayer les humains.
J'entendais les battements de son coeur augmentés.
"Bien sûr Edward. Comment puis je t'aider?" Trop jeune, trop jeune, psalmodié- t- elle a elle même. Faux, bien sûr. J'étais plus vieux que son grand-père. Mais selon mon permis de conduire elle avait raison.
"Je voulais savoir si vous pouviez déplacer mon cour de biologie avancée? Physique peut-être?"
"Y a t- il un problème avec M.Banner, Edward?"
"Pas du tout, c'est juste que j'ai déjà étudié cette matière..."
"Dans cette école accélérée ou tu allais en Alaska, tout a fait." Ces minces lèvres serrées alors qu'elle réfléchissait a cela.
Il devrait tous être a l université. J'ai entendu les professeurs se plaindre. Parfait en tout point, jamais une hésitation avec une réponse, jamais une mauvaise réponse à un test_ Comme si ils trouvaient une manière de tricher dans toutes les matières. M.Varner préférerait croire qu'ils trichent plutôt qu'un élève soit plus intelligent que lui... je jurerais que leur mère adoptive les...
« En faite, Edward, les cours de physique sont complet maintenant. Mr Banner déteste avoir plus de vingt-cinq élèves dans sa classe. »
« Je n'aurais aucune difficulté »
Bien sur. Comme tous les Cullen.
« Je sais cela Edward c'est juste qu'il n'y aura pas assez de place pour... »
« Je pourrais abandonné la biologie ? J'utiliserais ce temps pour étudier les autres matières. »
« Abandonner la biologie ? » sa bouche s'entrouvrit de stupeur.
C'est fou. Il se donne beaucoup de mal pour un sujet qu'il sait déjà. Il doit sûrement avoir un problème avec monsieur Banner. Je me demande je pourrais lui en toucher deux...
« Tu n'as pas assez de crédit pour monter dans la classe supérieur. »
« Je le reprendrais l'année prochaine »
« Peut-être devrais-tu parler avec tes parents de tout ça. »
La porte s'ouvrit derrière moi, mais qui que se soit il ne pensait pas a moi, j'ignorais donc le nouvel arrivant me concentrait sur Mme Cope. Je m'avançait légèrement plus près, m'aidait de mes yeux plus ouverts. Ils faisaient un meilleur travail lorsqu'ils étaient or plutôt que noir. Le noir effrayait les gens, comme il le devait.
« S'il vous plait Mme Cope » Je modelais ma voix de façon à ce qu'elle soit le plus régulière et convaincante possible.
« Il n'y a pas d'autre section où je pourrais aller. Je suis sur qu'il y a une possibilité quelque part. Six heures de biologie ne sont pas la seule solution. »
Je lui souriais, faisant attention de ne pas trop l'éblouir avec mes dents ce qui l'aurait alerté. Laissant des expression adoucir mon visage.
Son cœur se mit à battre plus fort. Trop jeune se répétait-elle désespérément
«Je pourrais en parler avec Bob- je veux dire Mr Barnner. Je pourrais voir si... »
En une seconde tout changea : l'atmosphère dans la pièce, ma mission en venant ici, la raison pour laquelle je me penchait vers la jeune femme au cheveux rouges. Ce qui avait été un but pour moi était maintenant pour les autres.
Une seconde où Samantha Wells ouvrit la porte, placé un signet tardif dans la corbeille a côté de la porte, et ressortit sans demander son reste, vers la rué qui sortait du lycée. Une seconde pour qu'une rafale de vent passe au travers de la porte et me percute. Une seconde pour comprendre pourquoi la première personne qui avait ouvert la porte ne m'avait pas interrompu avec ses pensées.
Je me retournais, bien que je n'en avais pas le besoin pour être sur de moi. Je me retournais lentement, luttant pour garder le contrôle de mes muscles qui se rebellaient contre moi.
Bella Swan se tenait avec son sac pressé conte le mur à côté de la porte, un bout de papier qu'elle tenait fermement dans ses mains. Ses yeux étaient aussi grands que d'habitude lorsqu'elle croisa mon regard féroce et inhumain.
L'odeur de son sang saturait chaque molécule d'air de la petite pièce.
Ma gorge brûlait dans les flammes.
Le monstre me lança un regard furieux à travers le miroir de ses yeux, le masque du démon.
Ma main hésitait en l'air au dessus du comptoir. Je ne devais pas me retourner sous peine de l'atteindre et de claquer la tête de Mme Cope sur le bureau avec assez de force pour la tuer. Deux vies au lieu de vingt. Un échange.
Le monstre attendait avec inquiétude et faim que je le fasse.
Mais il y avait toujours le choix- je devais faire ce choix.
J'arrêtait le mouvement de mes poumons, et fixait le visage de Carlisle devant mes yeux.
Je me tournais pour faire face à Mme Cope, et j'entendis sa surprise intérieure sur mon changement d'expression.
Elle s'éloigna de moi, mais sa peur ne prenait pas forme avec des mots incohérents.
Je du user de tout mon self-control que j'avais acquis durant une décennie d'abnégation, pour reprendre ma voix régulière et paisible. Il y avait juste assez d'air dans mes poumons pour parler une dernière fois et dire ces mots d'un trait.
« Tans pis. C'est impossible et je comprends. Merci quand même. »

Je filait et sortit en vitesse de la pièce, en essayant de ne pas sentir le sang chaud du corps de la fille en passant à plusieurs mètres d'elle.
Je ne pouvais pas m'arrêter tant que je n'était pas dans ma voiture, me déplaçant d'une façon beaucoup trop rapide.
Beaucoup d'humains s'étaient déjà sauvés, il n'y avait pu beaucoup de témoins. J'entendais un étudiant en deuxième année de lycée, D.J Garret, m'apercevant, mais il ne me prêta pas plus attention.
Où peut bien aller Cullen...Il semble aussi léger que l'air... Mon imagination me joue des tours. Ma mère me disait toujours...
Lorsque je me glissais dans ma voiture, les autres étaient déjà là. J'essayais de respirer plus calmement, mais j'haletais à l'air frais, comme si j'avais suffoqué.
"Edward?" demanda Alice, d'une voix inquiète
Je secouais juste ma tête vers elle.
"Qu'es-ce qui t'es t-il arriver?" demanda Emmett, distrait, pour le moment, du fait que Jasper n'était pas d'humeur pour une nouvelle partie.
Au lieu de répondre, je reculais la voiture en arrière en démarrant sur les chapeaux de roues. Je devais sortir de ce terrain avant que Belle Swan ne puisse me suivre ici, également. Mon propre démon, me dégoûtais... Je jetais la voiture sur le parking et accélérais. J'atteignis les quarante avant d'être sur la route, j'atteignis soixante dix avant de prendre le virage.
Sans regarder, je savais que Emmett, Rosalie et Jasper s'étaient tous retournés pour fixer Alice. Elle haussa les épaules. Elle ne pouvait pas voir ce qui c'était passé, seulement ce qui était à venir.
Elle regardait dans ma direction maintenant. Nous considérions l'un l'autre ce que nous avions vu dans notre tête, et nous étions tous les deux surpris.
"Tu pars?"Chuchota t elle.
Les autres me fixaient maintenant.
"Oui" sifflais je a travers mes dents.
Elle voyait cela puis, comme ma décision était hésitante et que d'autres choix menaient mon futur dans une sombre direction.
"Oh"
Bella Swan, morte. Mes yeux, luisant cramoisis avec le sang frais. La recherche continuait. Le temps de la prudence que nous attendions avant d'être sûr de pouvoir partir et recommencer...
"Oh"dit elle a nouveau.
Les images devenaient plus claires. Je voyais la maison du chef Swan dans un premier temps, je voyais Bella dans une petite cuisine avec les placards jaune, dos a moi, comme si je la surveillais dans l'ombre...laissant son parfum m'attirer vers elle...
"Stop!" gémis-je, incapable d'en supporter d'avantage.
"Désolée", chuchota elle, ses yeux grand ouvert.
Le monstre se réjouissait.
Et la vision dans sa tête changeait a nouveau. Une autoroute déserte le soir, les arbres couverts de neiges, défilant à plus de deux cents kilomètres par heure.
"Tu me manqueras." dit elle. "Pas de problème pour le temps que tu partiras"
Emmett et Rosalie échangèrent un regard inquiet.
"Laissez tomber", prévint Alice. "Tu devrais le dire à Carlisle toi même."
J'hochais la tête, et la voiture crissa à cause d'un arrêt soudain.
Emmett, Rosalie et Jasper sortirent en silence; Alice leur expliquerait quand je serais parti. Alice toucha mes épaules.
"Tu feras le bon choix," me murmura-t-elle. Ce n'était pas une vision cette fois _ un ordre. "Elle est la seule famille de Charlie Swan. Cela le tuerait, aussi."
« Oui » dis-je, d'accord uniquement avec la dernière partie.
Elle se glissa à l'extérieur pour se joindre aux autres, ses sourcils se rejoignaient avec anxiété. Ils fondirent sur le bois, hors de vue avant que je ne puissent tourné la voiture.
J'accélérais vers la ville, je savais que les visions d'Alice était des flashs sortit des ténèbres qui brillait tel une courte lumière. Je me hâtais de retourner à Forks, je n'étais pas sûr de ce que j'allais faire. Dire au revoir a mon père ? Où pour embraser le monstre en moi ? La route s'envolait derrière mes pneus.






 
 
Chapitre 2      
Je m'adossai au banc de neige, laissant la poudre sèche se réorganiser autour de mes pieds. Ma peau était aussi froide que l'air autour de moi, et la glace ressemblait à du velours sous ma peau.Le ciel au-dessus de moi était clair, brillant d'étoiles, d'un bleu rougeoyant par endroits, jaune à d'autres. Les étoiles créaient de majestueuses formes tourbillonnantes contre l'univers noir - une vision époustouflante. Délicieusement belle. Ou plutôt, elle aurait dû l'être. Aurait pu l'être, si j'avais été capable de la regarder correctement.Ca n'allait pas mieux. Six jours avaient passé, six jours que je me cachais ici, dans l'étendue sauvage, déserte et désolée de Denali, mais j'étais loin de la liberté que j'avais eu avant de sentir son odeur pour la première fois. Quand j'avais fixé le ciel étincelant, c'était comme s'il y avait eu un obstacle entre mes yeux et sa beauté. L'obstacle était un visage, un visage humain, ordinaire, mais je ne parvenais pas vraiment à le faire disparaître de mon esprit.
J'entendis les pensées approcher avant d'entendre les pas qui les accompagnaient. Le son du mouvement n'était qu'un faible chuchotement sur la poudreuse.
Je n'étais pas surpris que Tanya m'ait suivi jusqu'ici. Je savais qu'elle avait, ces derniers jours, retourné dans sa tête la conversation à venir, la retardant jusqu'à ce qu'elle fut parfaitement sûre de ce qu'elle voulait dire.
Elle apparut dans la lumière à soixante mètres de là, bondissant sur la pointe d'une roche noire, se balançant là-haut sur ses pieds nus. Sa peau était teintée d'argenté par la lumière des étoiles et ses longues boucles blondes brillaient, pâles, presque roses. Ses yeux d'ambre miroitaient tandis qu'elle m'espionnait, à moitié cachée dans la neige, et ses lèvres pleines s'étendirent lentement en un sourire.
Exquise. Si j'avais été réellement capable de la voir. Je soupirai.
Elle s'accroupit sur la pointe de la pierre, le bout de ses doigts touchant la roche, son corps se replia.

"Boulet de cannon", pensa-t-elle.

Elle se lança elle-même dans les airs ; sa silhouette devint une ombre tandis qu'elle tournoyait avec grâce entre les étoiles et moi. Elle se roula en boule alors qu'elle heurtait le banc de neige compacte à côté de moi.
Un tourbillon de neige s'élevé autour de moi. Les étoiles s'obscurcirent et je fus profondément enterré dans un nuage de cristaux glacés et plumeux. Je soupirai à nouveau, mais ne fis aucun mouvement pour me déterrer. L'obscurité sous la neige ne blessa ni n'obscurcit ma vue. Je voyais encore le même visage.

_ Edward ?

La neige vola de nouveau tandis que Tanya m'exhumait pronptement. Elle balaya la poudre de mon visage immobile, sans me regarder complètement dans les yeux.

_ Désolée, murmura-t-elle. C'était une plaisanterie.
_ Je sais. C'était amusant.

Sa bouche se tordit à nouveau.

_ Irina et Kate ont dit que je devrais te laisser partir seul. Elles pensent que je t'agace.
_ Pas du tout, lui assurai-je. Je suis le seul à être impoli... horriblement impoli. Je suis vraiment désolé.

"Tu rentres chez toi, n'est-ce pas ?" pensa-t-elle.

_ Je ne suis pas encore... complètement... décidé.

"Mais tu ne vas pas rester ici." Sa pensée était maintenant mélancolique, triste.

_ Non. Ca ne semble pas... beaucoup m'aider.

Elle grimaça.

_ C'est de ma faute ?
_ Bien sûr que non, mentis-je doucement.

"Ne joue pas les gentlemen."

Je souris.

"Je te mets mal à l'aise", s'accusa-t-elle.

_ Non.

Elle haussa un sourcil, l'air si incrédule que j'en ris. Un rire bref, suivi d'un autre soupir.

_ D'accord, admis-je. Un petit peu.

Elle soupira, elle aussi, et se prit le menton dans les mains. Ses pensées étaient chagrinées.

_ Tu es mille fois plus jolie que les étoiles, Tanya. Bien sûr, tu en es déjà parfaitement consciente. Ne laisse pas mon obstination ébranler ta confiance.

Je ris devant l'improbabilité de cette idée.

_ Je ne suis pas habituée à être rejetée, grommela-t-elle, sa lèvre inférieure ressortant en une charmante moue.
_ Evidemment, approuvai-je, essayant sans trop de succès de bloquer ses pensées tandis qu'elle se promenait fugitivement dans les souvenirs de ses milliers de conquêtes réussies.

La plupart du temps, Tanya préférait les hommes humains - ils étaient plus populaires pour une chose, avec l'avantage d'être moelleux et chauds. Et toujours enthousiastes, sans aucun doute.

_ Succube, la taquinai-je, espérant rompre le fil des images défilant dans sa tête.

Elle sourit, ses dents étincelant :

_ L'original.

Contrairement à Carlisle, Tanya et ses soeurs avaient lentement découvert leur conscience. A la fin, ce fut leur penchant pour les hommes humains qui entraîna les soeurs à se détourner du massacre. Maintenant, les hommes qu'elles aimaient... vivaient.

_ Quand tu t'es montré ici, dit lentement Tanya, j'ai pensé que...

Je savais ce qu'elle avait pensé. Et j'aurais dû deviner qu'elle le verrait de cette façon. Mais, à ce moment-là, je n'étais pas au meilleur de ma forme pour analyser ses réflexions.

_ Tu as pensé que j'avais changé d'avis.
_ Oui, se renfrogna-t-elle.
_ Je me sens horrible de jouer avec tes prévisions, Tanya. Ca ne veut pas dire que... - je n'avais pas réfléchi. C'est juste que je me suis senti... pressé.
_ Je suppose que tu ne me diras pas pourquoi... ?

Je m'assis et enroulai mes bras autour de mes jambes, me pelotonnant dans une posture défensive.

_ Je ne veux pas parler de ça.

Tanya, Irina et Kate étaient très douées dans cette vie à laquelle elles s'étaient dévouées. Même plus, d'une certaine façon, que Carlisle. Malgré l'extrême proximité qu'elles se permettaient avec ceux qui auraient dû être - et avaient été - leurs proies, elles ne faisaient pas d'erreurs. J'avais honte d'avouer ma faiblesse à Tanya.

_ Des problèmes avec les femmes ? supposa-t-elle, malgré ma réticence.

J'eus un rire sombre.

_ Pas de la façon dont tu l'imagines.

Elle était silencieuse maintenant. J'entendais ses pensées tandis qu'elle allait de supposition en supposition, essayant de déchiffrer la signification de mes mots.

_ Tu en es loin, lui dis-je.
_ Un indice ? demanda-t-elle.
_ S'il te plaît, laisse tomber, Tanya.

Elle se tut une nouvelle fois, spéculant encore. Je l'ignorai, tentant en vain d'apprécier les étoiles. Elle abandonna après un moment de silence et ses réflexions se poursuivirent dans une direction différente.

"Où iras-tu si tu pars, Edward ? Tu retourneras avec Carlisle ?"

_ Je ne crois pas, murmurai-je.

Où irai-je ? Je ne pouvais trouver, sur toute cette planète, un endroit qui eut le moindre intérêt pour moi. Il n'y avait rien que je voulais voir ou faire. Parce que le problème n'était pas de savoir où j'irai : ce n'était pas comme si j'irais quelque part, je ne ferais que fuir.
Je détestais ça. Quand étais-je devenu un tel lâche ?
Tanya passa son bras mince autour de mes épaules. Je me raidis, mais ne reculai pas à son contact. Elle essayait de me dire que rien ne valait mieux que le réconfort d'un ami. Dans l'essentiel.

_ Je pense que tu vas rentrer chez toi, dit-elle, sa voix reprenant une légère pointe de son accent russe perdu. Pas de problème avec ce qui... ou qui... te hante. Tu y feras face. Tu es comme ça.

Ses pensées étaient aussi certaines que ses mots. J'essayai d'étreindre l'image de moi qu'elle avait dans la tête. Celle qui faisait face aux choses la tête haute. C'était agréable de penser à moi de cette manière. Je n'avais jamais douté de mon courage, de mon habileté à faire face aux difficultés, avant cette horrible heure en classe de biologie au lycée, il y avait peu de temps.
Je lui embrassai la joue, reculant promptement lorsqu'elle tourna son visage vers le mien, les lèvres déjà plissées. Ma rapidité la fit sourire d'un air piteux.

_ Merci, Tanya. J'avais besoin d'entendre ça.

Ses pensées devinrent irascibles.

_ J'imagine que tu es le bienvenu. J'aimerai que tu sois plus raisonnable quant à ces choses-là, Edward.
_ Je suis déolé, Tanya. Tu sais que tu es trop bien pour moi. Je n'ai juste... pas encore trouvé ce que je cherche.
_ Bien. Si tu pars avant qu'on ne se revoie... au revoir, Edward.
_ Au revoir, Tanya.

Alors que je prononçai ces mots, je pus le voir. Je pus me voir partir. Être assez fort pour retourner au seul endroit où je voulais être.

_ Merci encore.

En un mouvement habile, elle fut sur ses pieds, puis elle s'éloigna comme un fantôme à travers la neige si rapidement que ses pieds n'avaient pas le temps de s'enfoncer dedans. Elle ne laissa aucune empreinte derrière elle. Elle ne regarda pas en arrière. Mon rejet la tracassait plus qu'elle ne l'aurait dit, même en pensée. Elle ne voulait pas me revoir avant mon départ.
Ma bouche se tordit avec chagrin. Je n'aimais pas blesser Tanya, bien que ses sentiments ne fussent pas profonds, guère purs, et en aucun cas une chose à laquelle je pouvais répondre. Cela me faisait me sentir bien en dessous d'un gentleman.
Je posai mon menton sur mes genoux et fixai du nouveau les étoiles, bien que je fusse soudainement désireux d'être sur la route. Je savais qu'Alice me verrait revenir à la maison, qu'elle le dirait aux autres. Cela les rendrait heureux - surtout Carlisle et Esmé. Mais je contemplai les étoiles pendant un moment encore, essayant de voir à travers le visage dans ma tête. Entre les lumières brillantes et moi, une paire d'yeux perplexes marron chocolat me fixaient, semblant me demander ce que ma décision signifiait pour elle. Je ne pouvais évidemment pas être certain que ce fut cela que ses yeux cherchaient. Même dans mon imagination, je ne pouvais entendre ses pensées. Les yeux de Bella Swan continuaient de me questionner, et la vue des étoiles continuait de m'échapper. Avec un gros soupir, j'abandonnai et me remis sur mes pieds. Si je courais, je pourrais être de retour à la voiture de Carlisle en moins d'une heure...
Dans ma hâte de retrouver ma famille - et voulant vraiment être le Edward qui faisait front la tête haute - je m'élançai à travers le champ de neige étoilé, sans laisser la moindre empreinte de pas.


***


_ Ca devrait aller, souffla Alice.

Ses yeux étaient troublés, et Jasper la prit doucement par le coude, la guide vers l'avant tandis que nous marchions en groupe serré dans la cafétéria. Rosalie et Emmett étaient en tête, Emmett ressemblant ridiculement à un garde du corps au milieu d'un territoire ennemi. Rosalie aussi paraissait prudente, mais plus irritée que protectrice.

_ Evidemment, grommelai-je.

Son comportement était grotesque. Si je n'étais pas sûr que je pouvais supporter ce moment, je serais resté à la maison.
Le changement brutal de notre matinée normale, et même amusante - il avait neigé pendant la nuit, et Emmett et Jasper n'en étaient pas au point de prendre avantage de ma distraction pour me bombarder de boules de neige ; quand ils s'étaient ennuyés de mon absence de réponse, ils s'étaient retournés contre les autres - quant à cette vigilance exagérée aurait été amusant, s'il n'était pas agaçant.

_ Elle n'est pas encore là, mais elle approche de l'entrée... Elle ne sera pas en sécurité si nous nous asseyons à notre endroit habituel.
_ Bien sûr que nous allons nous asseoir à nos places habituelles. Arrête ça, Alice. Tu me tapes sur les nerfs. J'irai parfaitement bien.

Elle cilla une fois tandis que Jasper l'aidait à s'installer sur sa chaise, puis ses yeux se concentrèrent finalement sur mon visage.

_ Hmm, dit-elle d'un air surpris. Je pense que tu as raison.
_ Evidemment, marmonnai-je.

Je détestais être le centre de leur attention. Je ressentis une soudaine sympathie pour Jasper, me rappelant de toutes les fois où nous avions rôdé autour de lui de façon protectrice. Il croisa brièvement mon regard et sourit.

"Agaçant, hein ?"

Je grimaçai.
Etait-ce juste la semaine dernière que cette longue pièce terne m'avait semblé aussi maussade ? Que ça paraissait presque comme dormir, comme être dans le coma, que d'être là ?
Aujourd'hui, mes nerfs étaient tendus au possible - des cordes de piano tendues par la plus grande pression. Mes sens étaient plus qu'en alerte. Je scannais tous les sons, toutes les vues, tous les mouvements de l'air qui touchaient ma peau, toutes les pensées. Particulièrement les pensées. Il n'y avait qu'un seul sens que je gardai bloqué, refusant de m'en servir. Mon odorat, s'entend. Je ne respirais pas.
Je m'étais attendu à entendre plus de choses à propos des Cullen dans les pensées à travers lesquelles je passais. J'avais attendu toute la matinée, cherchant la nouvelle connaissance à qui Bella Swan avait dû se confier, essayant de voir la direction que le nouveau commérage prendrait. Mais il n'y avait rien. Personne ne remarquait les cinq vampires dans la cafétéria, simplement les mêmes qu'avant l'arrivée de la nouvelle fille. Plusieurs humains étaient encore en train de penser à elle, ils y songeaient encore de la même façon que la semaine précédente. Au lieu de trouver ça ennuyeux, j'étais maintenant fasciné.
N'avait-elle rien dit à personne à propos de moi ?
Il était impossible qu'elle n'eut pas remarqué mon regard noir et meurtrier. J'avais vu sa réaction. Je l'avais sûrement effrayée. J'avais été persuadé qu'elle aurait parlé de cela à quelqu'un, peut-être même exagéré l'histoire pour la rendre meilleure. M'attribuant quelques paroles menaçantes.
Et puis, elle m'avait aussi entendu essayer de sortir de notre classe de biologie. Elle devait se demander, après avoir vu mon expression, si elle en était la cause. Une fille normale voudrait poser des questions autour d'elle, comparer son expérience à celles des autres, cherchant un point commun qui expliquerait mon comportement, si elle ne se sentait pas unique. Les humains étaient constamment désespérés de se sentir normaux, de s'intégrer. S'harmoniser avec tous ceux autour d'eux, comme un troupeau de mouton sans caractère. Cette nécessité était particulièrement forte pendant l'adolescence où chacun manquait de confiance. Cette fille ne serait pas une exception.
Mais aucun d'entre eux ne remarqua que nous étions assis là, à notre table habituelle. Bella devait être remarquablement timide, si elle ne s'était confiée à personne. Peut-être qu'elle avait parlé à son père, peut-être que c'était une relation plus forte... bien que cela sembla improbable, prétextant le fait qu'elle n'avait pas passé suffisamment de temps avec lui dans toute sa vie. Elle devait être plus proche de sa mère. Donc, je devrais bientôt passer par le chef Swan, un jour où l'autre, et écouter ce qu'il pensait.

_ Quelque chose de nouveau ? demanda Jasper.
_ Rien. Elle... doit n'avoir rien dit.

Ils levèrent tous un sourcil à cette nouvelle.

_ Peut-être que tu ne fais pas aussi peur que tu le crois, dit Emmett en gloussant. Je parie que je pourrais l'effrayer plus que ça.

Je roulai des yeux.

_ Je me demande pourquoi... ?

Il était une fois de plus déconcerté par ma révélation quant au silence unique de cette fille.

_ Nous étions persuadés qu'elle parlerait, alors je ne sais pas.
_ Elle entre, murmura ensuite Alice.

Je sentis mon corps se raidir.

_ Essaie d'avoir l'air humain.
_ Humain, tu dis ? demanda Emmett.

Il leva son poing droit, tournant ses doigts pour révéler la boule de neige qu'il avait conservé dans sa paume. Evidemment, elle n'avait pas fondu. Il la compressa en un bloc de glace bosselé. Il fixait Jasper, mais je vis la direction que prenaient ses pensées. Autant qu'Alice, bien sûr. Lorsqu'il lança brutalement le morceau de glace sur elle, elle le renvoya au loin avec une légère pichenette. La glace ricocha sur toute la longueur de la cafétéria, trop rapide pour être vue par des yeux humains, et se fracassa avec un craquement aigu contre le mur de briques. La brique craqua, elle aussi.
Les têtes, dans ce coin de la salle, se tournèrent toutes pour regarder la pile de débris de glace sur le sol, puis pivotèrent pour trouver le coupable. Ils ne cherchèrent pas plus loin qu'à quelques tables autour. Pas un seul ne nous regarda.

_ Très humain, Emmett, dit Rosalie d'une voix cinglante. Pourquoi ne donnes-tu pas un coup de poing dans le mur pendant que tu y es ?
_ Ca aurait l'air trop impressionnant si je faisais ça, bébé.

J'essayai de faire attention à eux, gardant mon sourire comme si je prenais part à leur badinage. Je ne pouvais pas me permettre de regarder vers la file dans laquelle je savais qu'elle se tenait. Mais c'était tout ce que j'écoutais.
Je pouvais entendre l'impatience de Jessica avec la nouvelle fille, qui semblait distraite, elle aussi, restant immobile dans la file mouvante. Je voyais, dans les pensées de Jessica, que les joues de Bella Swan s'étaient une fois de plus colorées de rose.
Je m'arrêtai brièvement, la respiration peu profonde, prêt à cesser de respirer si le moindre soupçon de son odeur atteignait l'air près de moi.
Mike Newton était avec les deux filles. J'entendis leurs deux voix, mentales et orales, lorsqu'il demanda à Jessica ce qui n'allait pas avec la fille Swan. Je n'aimais pas la façon dont ses pensées s'emballaient à propos d'elle, le clignotement de fantasmes déjà établis qui embuait son esprit pendant qu'il la regardait entrer et ressortir de ses rêveries comme si elle avait oublié qu'il était là.

_ Rien, entendis-je Bella dire d'une voix douce et claire qui semblait résonner comme une clochette par-dessus les babillements dans la cafétéria, mais je savais que c'était parce que je l'écoutais trop intensément. Je ne prendrai qu'une limonade, aujourd'hui, continua-t-elle tandis qu'elle rattrapait la file.

Je ne pus m'empêcher de jeter un rapide coup d'oeil dans sa direction. Elle fixait le sol, son sang quittant rapidement son visage. Je regardai vivement ailleurs, vers Emmett, qui rigola au sourire peiné que j'affichais maintenant.

"Tu as l'air malade, frangin."

Je modifiai mes traits de façon à ce que mon expression parut décontractée et naturelle.
Jessica s'interrogeait à voix haute quant à l'absence d'appétit de la fille.

_ Tu n'as pas faim ?
_ Je suis un peu patraque.

Sa voix était faible, mais encore très claire.
Pourquoi est-ce que l'inquiétude protectrice qui émana soudain des pensées de Mike Newton m'ennuyait-elle ? En quoi était-ce un problème qu'il y eut un lien protecteur entre eux ? Ce n'était pas mes affaires si Mike Newton se sentait en permanence inquiet pour elle. Peut-être était-ce dû à la façon dont tout le monde réagissait face à elle. Ne voulais-je pas, instinctivement, la protéger également ? Avant, j'aurai voulu la tuer, c'était...
Mais la fille était-elle malade ?
Il était difficile de juger - elle avait l'air tellement fragile avec sa peau translucide... Puis je remarquai que j'étais inquiet, moi aussi, exactement comme ce garçon stupide, et je me forçai à ne pas penser à sa santé.
Malgré tout, je n'aimais pas la surveiller à travers les pensées de Mike. J'embrayai sur celles de Jessica, observant avec attention tandis que tous les trois choisissaient à quelle table s'asseoir. Heureusement, ils s'installèrent avec les amis habituels de Jessica, à l'une des premières tables de la pièce. Pas abrités, juste comme Alice l'avait promis.
Alice me donna un coup de coude.

"Elle va bientôt te regarder, agis comme un humain."

Je serrai les dents derrière mon sourire.

_ Du calme, Edward, dit Emmett. Franchement, même si tu tues un humain, ce ne sera pas vraiment la fin du monde.
_ Tu aimerais bien le savoir, marmonnai-je.

Emmett rigola.

_ Tu dois apprendre à passer au-dessus des choses, comme je le fais. L'éternité est une longue période pour se vautrer dans la culpabilité.

Juste à ce moment-là, Alice jeta une petite poignée de glace qu'elle avait cachée au visage naïf d'Emmett.
Il cligna des yeux, surpris, puis sourit d'avance.

_ Tu l'as cherché, dit-il en se penchant au-dessus de la table et en secouant ses cheveux incrustés de glace dans sa direction.

La neige, qui fondait dans la chaleur de la salle, s'envola de ses cheveux en une épaisse averse mi-liquide mi-gelée.

_ Hé ! se plaignit Rosalie tandis qu'elle et Alice reculaient devant le déluge.

Alice rit, et nous l'imitâmes. Je pouvais voir dans la tête d'Alice comment elle orchestrait ce moment parfait, et je savais que la fille - je devrais arrêter de penser à elle de cette façon, comme si elle était la seule fille au monde - que Bella nous regardait rire et jouer, ressemblant à une joyeuse, humaine et irréaliste peinture de Norman Rockwell.
Alice, qui continuait de rire, prit son plateau en guise de bouclier. La fille - Bella nous regardait encore.

"... regarde encore les Cullen", pensa quelqu'un, attirant mon attention.

Je regardai automatiquement vers l'appel involontaire, réalisant pendant que mes yeux trouvaient leur destination que je reconnaissais la voix - je l'avais par trop écoutée aujourd'hui.
Mais mes yeux glissèrent directement au-delà de Jessica et se concentrèrent sur le regard pénétrant de la fille.
Elle baissa rapidement les yeux, se cachant à nouveau derrière ses cheveux épais.
A quoi pensait-elle ? Le temps qui passait semblait rendre la frustration plus vive, plutôt que de l'engourdir. J'essayai - incertain de ce que je faisais puisque je n'avais jamais eu à la faire avant - de sonder le silence autour d'elle avec mon esprit. Mon ouïe hyper développée me revint naturellement, comme toujours, sans rien demander : je n'avais jamais eu à travailler là-dessus. Mais, maintenant, je me concentrai, tentant de causer une brèche à travers ce qui l'entourait comme un bouclier.
Rien que le silence.

"Qu'est-ce qui ne va pas avec elle ?" pensa Jessica, faisant écho à ma propre pensée.

_ Edward Cullen te mate, murmura-t-elle à l'oreille de la fille Swan avec un petit rire.

Il n'y avait aucune trace de son irritation jalouse dans son ton. Jessica semblait être douée pour feindre l'amitié.
J'écoutais, absorbé, la réponse de la fille.

_ Il n'a pas l'air furieux, hein ? murmura-t-elle en retour.

Ainsi, elle avait remarqué ma réaction violente de la semaine dernière. Evidemment.
La question troubla Jessica. Je vis mon propre visage dans ses pensées tandis qu'elle examinait mon expression, mais je ne croisai pas son regard. J'étais toujours concentré sur la fille, tentant d'entendre quelque chose. Mon intense concentration ne semblait pas m'aider le moins du monde.

_ Non, lui dit Jessica, et je savais qu'elle aurait souhaité pouvoir dire oui - comment elle ne l'acceptait pas, mon regard - bien qu'il n'y eut aucune trace de cela dans sa voix. Il devrait ?
_ Je crois qu'il ne m'apprécie guère, murmura la fille en posant sa tête sur son bras comme si elle était soudain fatiguée.

J'essayai de comprendre ce mouvement, mais je ne pouvais faire que des suppositions. Peut-être était-elle fatiguée.

_ Les Cullen n'aiment personne..., la rassura Jessica. Enfin, disons qu'ils ne s'intéressent pas assez aux autres pour les aimer.

"Ils ne s'intègrent jamais."

Sa pensée était un grommellement de plainte.

_ En tout cas, il continue à t'admirer.
_ Arrête de le regarder, dit nerveusement la fille, levant la tête de sur son bras pour vérifier que Jessica obéissait à son ordre.

Jessica ricana, mais fit ce qu'elle lui demandait.
La fille ne regarda plus ailleurs qu'à sa table pendant le reste de l'heure. Je pensais - bien que, bien sûr, je ne pouvais en être sûr - que c'était délibéré. Il semblait qu'elle aurait voulu me regarder. Son corps aurait voulu bouger légèrement dans ma direction, son menton aurait voulu commencer à se tourner. Puis elle se ressaisissait elle-même, prenant une profonde inspiration, et regardai fixement celui qui parlait.
J'ignorai, pour la plupart, les pensées qui traînaient autour d'elle puisqu'elles ne la concernaient pas, pour le moment. Mike Newton prévoyait une bataille de boules de neige dans le parking, après les cours, ne semblant pas réalisé que la neige s'était déjà changée en pluie. Le battement des légers flocons contre le toit était devenu l'habituel crépitement des gouttes d'eau. Ne pouvait-il réellement pas entendre le changement ? Cela semblait bruyant pour moi.
Quand la pause déjeuner prit fin, je restai sur ma chaise. Les humains sortirent et je me surpris à essayer de distinguer le son de leurs pas du reste, comme s'il y avait quelque chose d'important ou d'inhabituel à leur propos. Complètement idiot.
Aucun membre de ma famille ne fit un geste pour partir. Ils attendaient de voir ce que je voulais faire.
Voulais-je aller en cours ? M'asseoir à côté de la fille dont je pourrais sentir l'absurdement puissante odeur de son sang et la chaleur de ses pulsations dans l'air sur ma peau ? Etais-je assez fort pour ça ? Ou en avais-je eu assez pour la journée ?

_ Je... pense... que c'est bon, dit Alice, hésitante. Ton esprit est déterminé. Je pense que tu tiendras pendant l'heure.

Mais Alice savait bien avec quelle rapidité un esprit pouvait changer.

_ Pourquoi repousser ça, Edward ? demanda Jasper.

Bien qu'il ne voulait pas se sentir satisfait que je fus celui qui se sentait faible, à présent, je pus entendre qu'il l'était, juste un peu.

_ Rentre à la maison. Prends ton temps.
_ Quel est le marché ? désapprouva Emmett. Soit il la tue, soit il ne la tue pas. C'est peut-être aussi bien qu'il traverse ça, d'une façon ou d'une autre.
_ Je ne veux pas déjà déménager, se plaignit Rosalie. Je ne veux pas de nouveau tout recommencer. Nous avons presque fini le lycée, Emmett. Enfin.

J'étais également déchiré quant à ma décision. Je voulais, sérieusement, faire face plutôt que fuir au loin une nouvelle fois. Mais je ne voulais pas non plus me pousser moi-même trop loin. D'après Jasper, ça avait été une erreur de partir aussi longtemps sans chasser, la semaine dernière. Etait-ce une erreur absurde ?
Je ne voulais pas déraciner ma famille. Aucun d'entre eux ne me remercierait pour ça.
Mais je voulais aller à mon cours de biologie. Je réalisai que je voulais revoir son visage.
Ce fut ce qui me décida. Cette curiosité. J'étais en colère contre moi-même de ressentir ça. Ne m'étais-je pas promis que je ne laisserai pas le silence de l'esprit de cette fille me faire m'intéresser outre mesure à elle ? Et j'étais maintenant plus qu'excessivement intéressé.
Je voulais savoir ce qu'elle pensait. Son esprit était fermé, mais ses yeux étaient vraiment ouverts. Peut-être que je pourrais lire en eux.

_ Non, Rosalie, je pense vraiment que ça ira bien, dit Alice. Ca s'est... précisé. Je suis sûre à quatre-vingt-treize pourcent que rien de mauvais n'arrivera s'il va en cours.

Elle posa sur moi un regard inquisiteur, se demandant ce qui avait changé dans mes pensées pour que sa vision lui montrât un avenir plus sûr.
Ma curiosité serait-elle suffisante pour garder Bella Swan en vie ?
Emmett avait raison, toutefois - pourquoi ne serait-ce pas aussi bien ? Je voulais faire face à la tentation.

_ Allons en cours, ordonnai-je en m'écartant de la table.

Je me retournai et m'éloignait d'eux à grands pas, sans un regard en arrière. Je pouvais entendre l'inquiétude d'Alice, la censure de Jasper, l'approbation d'Emmett et l'irritation de Rosalie traîner derrière moi.

Je pris une dernière profonde inspiration devant la porte de la salle de cours et la conservait dans mes poumons en marchant dans la petite et chaude pièce.
Je n'étais pas en retard. M. Banner était encore en train d'installer le laboratoire du jour. La fille était à ma - à notre table, le visage à nouveau baissé, regardant le cahier sur lequel elle gribouillait. J'examinai l'esquisse en approchant, intéressé même par cette insignifiante création de son esprit, mais c'était dépourvu de sens. Juste un barbouillage hasardeux de noeuds dans d'autres noeuds. Peut-être n'était-elle pas concentrée sur le dessin, peut-être pensait-elle à autre chose ?
Je tirai mon tabouret en arrière avec une rudesse inutile, la laissant gratter contre le linoléum : les humains se sentaient toujours plus à l'aise quand du bruit annonçait l'arrivée de quelqu'un.
Je savais qu'elle l'entendait : elle ne leva pas les yeux, mais sa main manqua l'un des noeuds du motif qu'elle dessinait, le déséquilibrant.
Pourquoi ne levait-elle pas les yeux ? Elle avait sûrement peur. Je devais être sûr de la quitter avec une meilleure impression cette fois. Faire en sorte qu'elle pense qu'elle s'était imaginée des choses avant.

_ Bonjour, dis-je de la voix douce que j'utilisais quand je voulais mettre les humains à l'aise, formant un sourire poli sur mes lèvres qui ne montrait pas mes dents.

Elle leva la tête et ses grands yeux marron surpris - presque perplexes - s'emplirent de nombreuses questions silencieuses. C'était la même expression qui avait obscurcit ma vue pendant toute la semaine dernière.
Alors que je regardais dans ces yeux marron étrangement profonds, je réalisai que la haine - la haine que j'avais imaginé que cette file méritait, d'une façon ou d'une autre, pour le simple fait d'exister - s'était évaporée. Ne pas respirer maintenant, ne pas goûter son odeur, il était difficile de croire que quelqu'un d'aussi vulnérable pourrait jamais justifier la haine.
Ses joues commencèrent à rougir et elle ne dit rien.
Je gardai mes yeux sur les siens, uniquement concentré sur leur profondeur interrogatrice, et tentai d'ignorer la couleur appétissante de sa peau.

_ Je m'appelle Edward Cullen, me présentai-je, bien que je sus qu'elle le savait déjà, mais c'était la façon la plus polie de commencer. Je n'ai pas eu l'occasion de me présenter, la semaine dernière. Tu dois être Bella Swan.

Elle sembla troublée - il y avait de nouveau cette petite ride entre ses yeux. Cela lui prit une demie seconde de plus qu'il ne le fallait pour répondre.

_ D'où... d'où connais-tu mon nom ? demanda-t-elle et sa voix trembla légèrement.

J'avais vraiment dû la terrifier. Cela me fit me sentir coupable : elle était tellement sans défense. Je ris gentiment - un son que je savais qu'il mettait les humains à l'aise. A nouveau, je fis attention à mes dents.

_ Oh, ce n'est un secret pour personne.

Elle avait sûrement remarqué qu'elle était devenue le centre d'attention dans cet endroit monotone.

_ Tu étais attendue comme le messie, tu sais.

Elle fronça les sourcils comme si cette information lui était déplaisante. Je supposai, qu'étant timide comme elle l'était, que l'attention paraissait être, pour elle, une mauvaise chose. Beaucoup d'humains ressentaient le contraire. Plutôt, ils ne voulaient pas être mis à l'écart du troupeau, en même temps qu'ils désiraient qu'un spot de lumière soit braqué sur leur uniformité individuelle.

_ Ce n'est pas ça, dit-elle. Pourquoi Bella ?
_ Tu préfères Isabella ? demandai-je, troublé par le fait que je voyais pas où ses questions menaient.

Je ne comprenais pas. Elle avait certainement fait nettement montre de sa préférence plusieurs fois depuis le premier jour. Les humains étaient-ils tous aussi complexes sans l'entente mentale comme guide ?

_ Non, répondit-elle en penchant légèrement sa tête sur le côté.

Son expression - si je la lisais correctement - était partagée entre embarras et confusion.

_ Mais je pense que Charlie... mon père... ne m'appelle pas autrement derrière mon dos. Du moins, c'est ainsi que tout le monde ici paraît me connaître.

Son visage s'assombrit d'une ombre rose.

_ Ah bon, dis-je faiblement avant de détourner rapidement les yeux de sur son visage.

Je réalisai seulement maintenant ce que ses questions signifiaient : j'avais une gaffe, une erreur. Si, ce premier jour, je n'avais pas écouté aux portes, je me serais alors initialement adressé à elle en utilisant son nom complet, comme tous les autres. Elle avait remarqué la différence.
Je ressentis une pointe de malaise. C'était vraiment vif de sa part de relever mon erreur. Vraiment astucieux, tout particulièrement venant de quelqu'un qui était supposé être terrorisé par ma proximité.
Mais j'avais de plus gros problèmes que les suspicions qu'elle pouvait avoir à mon égard, gardées en sécurité dans sa tête.
Je manquais d'air. Si je voulais lui parler à nouveau, je devrais inhaler. Ce serait difficile d'éviter de parler. Malheureusement pour elle, partager cette table avec moi faisait d'elle ma partenaire de labo et nous avions à travailler ensemble aujourd'hui. Cela me semblerait bizarre - et inexplicablement impoli - de l'ignorer pendant que nous étions au labo. Cela lui ferait faire plus de suspicions, l'effraierait plus...
Je m'éloignai d'elle aussi loin que je le pouvais sans bouger mon tabouret, tournant la tête vers l'allée. Je tenais bon, contractant mes muscles, puis aspirai une rapide bouffée d'air pour remplir mes poumons, inspirant uniquement par la bouche.
Ahh !!
C'était vraiment pénible. Même sans la sentir, je pouvais la goûter sur ma langue. Ma gorge fut à nouveau soudainement en feu, la soif chaque fois plus puissante que le premier jour où j'avais senti son odeur, la semaine dernière.
Je grinçai des dents et essayai de me ressaisir.

_ Allez-y, ordonna M. Banner.

Il sembla que cela me demandait tout le self-control que j'avais obtenu en soixante-dix ans de travail acharné pour me tourner vers la fille, qui regardait la table, et sourire.

_ Les dames d'abord ? proposai-je.

Elle leva les yeux à mon expression et son visage pâlit, ses yeux s'agrandirent. Y avait-il quelque chose d'étrange dans mon expression ? Etait-elle une fois de plus effrayée ? Elle ne parla pas.

_ A moins que tu préfères que je commence, dis-je doucement.
_ Non, dit-elle et son visage passa de nouveau du blanc au rouge, aucun problème.

Je fixai l'équipement posé sur la table, le microscope cabossé, la boîte de lamelles, tout plutôt que regarder le sang tourbillonnant sous sa peau claire. Je pris une autre brève inspiration, par la bouche, et grimaçai alors que le goût me faisait mal à la gorge.

_ Prophase, dit-elle après un rapide examen.

Elle commença à déplacer la lamelle, bien qu'elle l'eut à peine observée.

_ Ca t'embête si je regarde ?

Instinctivement - stupidement, comme si j'étais de son espèce - je tendis le bras pour arrêter sa main qui emmenait la lamelle. Pendant une seconde, la chaleur de sa peau brûla la mienne. C'était comme une décharge électrique - sûrement plus chaude qu'un simple 37,2 ° C. La chaleur s'étendit à travers ma main et monta dans mon bras. Elle arracha sa main de sous la mienne.

_ Désolé, marmonnai-je, les dents serrées.

Ayant besoin d'un endroit où regarder, j'empoignai le microscope et jetai un bref coup d'oeil dans l'oculaire. Elle avait raison.

_ Prophase, approuvai-je.

J'étais encore trop perturbé pour la regarder. Inspirant aussi vite que je le pouvais à travers mes dents serrées et essayant d'ignorer l'ardente soif, je me concentrai sur ce simple devoir, écrivant le mot sur la ligne appropriée de la feuille d'analyse, puis remplaçant la première lamelle par la suivante.
A quoi pensait-elle maintenant ? Qu'avait-elle ressenti quand j'avais touché sa main ? Ma peau devait être aussi froide que la glace - repoussante. Pas besoin de se demander pourquoi elle était si silencieuse.
Je regardai la lamelle.

_ Anaphase, me dis-je à moi-même en l'écrivant sur la seconde ligne.
_ Je peux ? demanda-t-elle.

Je levai les yeux vers elle, surpris de voir qu'elle attendait, une main en partie tendue vers le microscope. Elle n'avait pas l'air apeurée. Pensait-elle réellement que je pouvais donner une réponse erronée ?
Je ne pouvais aider mais souris à son regard plein d'espoir tandis que je faisais glisser le microscope vers elle.
Elle regarda dans l'oculaire avec une impatience qui se fana rapidement. Les coins de sa bouche s'affaissèrent.

_ Troisième lamelle ? demanda-t-elle sans lever les yeux du microscope mais en tandant la main.

Je déposai la lamelle suivante dans sa main, sans laisser ma peau toucher la sienne une fois de plus. Être assis à côté d'elle était comme être assis à côté d'une lampe chaude. Je pouvais me sentir lentement réchauffé par la plus haute température.
Elle n'observa pas la lamelle pendant longtemps.

_ Interphase, dit-elle nonchalament - peut-être en essayant de faire un peu trop retentir cela - et poussa le microscope vers moi.

Elle ne toucha pas le papier, mais m'attendit pour écrire la réponse. Je l'examinai - elle avait de nouveau raison.
Nous finîmes de cette manière, ne prononçant qu'un mot de temps en temps et ne rencontrant jamais les yeux de l'autre. Nous étions les seuls à avoir terminé - les autres, dans la classe, semblaient passer un sale quart d'heure dans le laboratoire. Mike Newton semblait peiner à se concentrer - il essayait de nous regarder, Bella et moi.

"J'espérai qu'il serait resté là où il était allé", pensait Mike en me fixant intensément.

Hmm, intéressant. Je n'avais pas réalisé que le garçon nourrissait de la rancoeur à mon égard. C'était un nouveau développement, tout aussi récent que l'arrivée de la fille semblait-il. Encore plus intéressant. Je découvrais - à ma surprise - que ce sentiment était réciproque.
Je baissai à nouveau les yeux sur la fille, perplexe par la grande pagaille et le bouleversement qu'elle apportait, malgré sa banalité et son apparence pacifique, dans ma vie.
Ce n'était pas que je ne pouvais pas voir ce qui attirait Mike. En fait, elle était plus que jolie... d'une façon peu commune. Mieux qu'être beau, son visage était intéressant. Pas vraiment symétrique - son menton étroit ne s'équilibrait pas avec ses larges pommettes, extrêmes dans le teint - les contrastes lumineux et sombres de son visage, et puis il y avait ses yeux, emplis de secrets silencieux...
Des yeux qui se plantèrent soudain dans les miens.
Je la fixai, essayant de deviner même un seul de ses secrets.

_ Tu portes des lentilles, non ? demanda-t-elle tout à coup.

Quelle étrange question.

_ Non.

Je souris presque à l'idée de l'amélioration de ma vue.

_ Ah bon, marmonna-t-elle. Tes yeux sont différents, pourtant.

Je me sentis soudain refroidi, alors que je réalisai que je n'étais apparemment pas le seul à tenter de percer des secrets aujourd'hui.
Je haussai les épaules, raides, et regardai droit devant, là où le professeur faisait ses rondes. Bien sûr qu'il y avait quelque chose de différent au sujet de mes yeux depuis la dernière fois qu'elle avait regardé dedans. Ma préparation à l'épreuve d'aujourd'hui, à la tentation de ce jour. J'avais passé le week-end entier à chasser, étanchant autant que possible ma soif, exagérant réellement. Je m'étais saturé de sang animal, non pas que cela fit beaucoup de différence devant le scandaleux arôme qui flottait dans l'air autour d'elle. Quand je l'avais regardée la semaine dernière, mes yeux étaient noircis par la soif. Maintenant, mon corps empli de sang, mes yeux étaient d'un or chaud. D'un ambre lumineux, depuis ma tentative d'étancher ma soif.
Une autre erreur. Si j'avais vu ce qu'elle avait voulu dire avec sa question, j'aurai simplement pu lui répondre "oui".
J'étais maintenant assis à côté d'humains dans ce lycée depuis deux ans, et elle était la première à m'examiner de suffisamment près pour remarquer le changement de couleur de mes yeux. Les autres, alors qu'ils admiraient la beauté de ma famille, avaient tendance à rapidement regarder par terre lorsque nous leur retournions leurs regards. Ils se tenaient à l'écart, refoulant les détails de notre apparence dans une instinctive tentative de se protéger de l'incompréhensible. L'ignorance était le bonheur parfait pour l'esprit humain.
Pourquoi fallait-il que ce soit cette fille qui en vit trop ?
M. Banner s'approcha de notre table. J'inhalai avec gratitude la bouffée d'air pur qu'il apportait avant qu'il ne se mélange à l'odeur de la fille.

_ Laisse-moi deviner, Edward, dit-il en regardant par-dessus nos réponses, tu as estimé qu'Isabella ne méritait pas de toucher au microscope ?
_ Bella, le corrigeai-je automatiquement. Et détrompez-vous, elle en a identifié trois sur cinq.

Les pensées de M. Banner étaient sceptiques tandis qu'il se tournait vers elle.

_ Tu as déjà travaillé là-dessus ?

Je la fixai, absorbé, alors qu'elle souriait, l'air légèrement embarrassé.

_ Pas avec des racines d'oignons.
_ De la blastula de féra ? s'enquit M. Banner.
_ Oui.

Cela le surprit. L'étude d'aujourd'hui était quelque chose qu'il imaginait d'un niveau plus élevé. Il hocha pensivement la tête.

_ Tu suivais un programme pour élèves avancés, à Phoenix ?
_ Oui.

Elle avait de l'avance donc, et était intelligente pour une humaine. Cela ne me surprit pas.

_ Eh bien, dit M. Banner en plissant les lèvres. Il n'est sans doute pas mauvais que vous deux soyez partenaires de labo. Ainsi les autres gosses peuvent avoir une chance d'apprendre quelque chose par eux-mêmes, marmonna-t-il dans sa barbe en s'éloignant.

Je doutai que la fille ait pu entendre cette dernière phrase. Elle avait recommencer à gribouiller des noeuds sur son cahier.
Déjà deux erreurs en une seule demi-heure. Une très piètre démonstration de ma part. Bien que je n'eus aucune idée de ce que la fille pensait de moi - combien était-elle effrayée ? à quel point me suspectait-elle ? - je savais qu'il m'était nécessaire de redoubler d'efforts pour la quitter avec une meilleure opinion de moi. Quelque chose qui noierait mieux dans sa mémoire le souvenir de notre féroce dernière rencontre.

_ Dommage, pour la neige, hein ? dis-je, répétant le petit propos dont j'avais déjà entendu une douzaine d'élèves parler.

Un ennuyeux, banal sujet de conversation. Le temps - toujours intact.
Elle me regarda, une méfiance évidente dans les yeux - une réaction anormale à mes mots tout à fait normaux.

_ Pas vraiment, dit-elle, me surprenant à nouveau.

J'essayais d'orienter la conversation sur des sujets banals. Elle venait d'un endroit chaud, empli de couleurs - sa peau semblait refléter ça, d'une certaine façon, malgré sa blancheur - et le frois devait lui être inconfortable. Ce contact glacé avec moi avait dû...

_ Tu n'aimes pas le froid, devinai-je.
_ Ni l'humidité, approuva-t-elle.
_ Tu dois difficilement supporter Forks.

"Peut-être n'aurais-tu pas dû venir ici", voulus-je ajouter. "Peut-être devrais-tu repartir là d'où tu viens."
Je n'étais pas sûr de vouloir cela, toutefois. Je me souviendrai toujours de l'odeur de son sang - n'y avait-il aucune garantie que je ne voulusse pas la suivre n'importe où ? D'ailleurs, si elle partait, son esprit resterait à tout jamais un mystère. Un puzzle permanent et tenace.

_ Tu n'imagines même pas à quel point, dit-elle d'une voix douce, lançant pendant un moment un regard noir derrière moi.

Ses réponses n'étaient jamais celles auxquelles je m'attendais. Elles me faisaient vouloir poser encore plus de questions.

_ Pourquoi es-tu venue t'installer ici, alors ? demandai-je, réalisant dans l'instant que mon ton était trop accusateur, pas assez décontracté pour ce genre de conversation.

La question sonna impolie, impudique.

_ C'est... compliqué.

Elle cligna de ses grands yeux et j'explosai presque de curiosité - la curiosité me brûlait aussi chaudement que la soif dans ma gorge. En fait, je trouvai que c'était légèrement plus facile de respirer. L'agonie devenait plus supportable avec la familiarité.

_ Je devrais réussir à comprendre, insistai-je.

Peut-être que le simple courtoisie la ferait répondre à mes questions aussi longtemps que je serai assez impoli pour les poser.
En silence, elle baissa les yeux sur ses mains. Cela me rendit impatient. Je voulais mettre ma main sous son menton et lui faire lever la tête de telle façon que je pourrais lire dans ses yeux. Mais ce serait stupide - dangereux - de ma part de toucher à nouveau sa peau.
Elle releva brusquement les yeux. C'était un soulagement que de pouvoir à nouveau lire ses émotions en eux. Elle parla d'une voix rapide, empressée.

_ Ma mère s'est remariée.

Ah, c'était assez humain, facile à comprendre. La tristesse passa dans ses yeux purs et ramena la petite ride entre eux.

_ Ca ne me paraît pas très compliqué, dis-je.

Ma voix fut douce sans pourtant m'appliquer à la rendre ainsi. Sa tristesse me faisait me sentir étrangement impuissant, souhaiter qu'il y eut quelque chose que je pus faire pour la faire se sentir mieux. Etrange impulsion.

_ Quand est-ce arrive ?
_ En septembre.

Elle expira profondément - pas vraiment un soupir. Je repris ma respiration alors que son souffle chaud balayait mon visage.

_ Et tu ne l'apprécies pas, devinai-je, partant à la pêche aux informations.
_ Si, Phil est chouette, dit-elle, corrigeant ma supposition, une ombre de sourire relevant à présent les coins de ses lèvres pleines. Trop jeune, peut-être, mais sympa.

Cela ne collait pas avec le scénario que j'avais construit dans ma tête.

_ Pourquoi n'es-tu pas restée avec eux, s'il est aussi agréable ? demandai-je d'une voix un petit peu trop curieuse.

Elle résonna comme si j'étais un fouineur. Ce que j'étais, il fallait en convenir.

_ Phil voyage beaucoup. Il est joueur de base-ball professionnel.

Son sourire s'élargit. Ce choix de carrière l'amusait.
Je souriais également, sans me prononcer. Je n'avais pas essayé de la faire se sentir à l'aise. Son sourire me faisait juste vouloir sourire en retour - être dans le secret.

_ Célèbre ?

Je parcourus dans ma tête les listes de joueurs professionnels de base-ball, me demandant quel Phil était son...

_ Non. Il n'est pas très bon, répondit-elle avec un autre sourire. Juste des championnats de second ordre. Il se déplace pas mal.

Dans ma tête, les listes changèrent instantanément et j'établis une liste de possibilités en moins d'une seconde. En même temps, j'imaginai un nouveau scénario.

_ Et ta mère t'a expédiée ici afin de l'accompagner librement, dis-je.

Faire des suppositions semblait la pousser à me donner plus de réponses que les questions ne le faisaient. Cela réussit une fois de plus. Son menton s'avança et son expression se fit soudain rebelle.

_ Non, elle n'y est pour rien, dit-elle et sa voix se fit tranchante.

Ma supposition l'avait bouleversée, bien que je ne pus pas vraiment voir de quelle façon.

_ C'est moi qui l'ai voulu.

Je ne pouvais pas deviner ce qu'elle voulait dire, ni la source de son dépit. J'étais complètement perdu.
J'abandonnai. Il n'y avait juste rien à comprendre chez cette fille. Elle n'était pas comme les autres humains. Peut-être que le silence de ses pensées et le parfum de son odeur n'étaient pas les seules choses inhabituelles chez elle.

_ Je ne saisis pas, avouai-je, détestant l'admettre.

Elle soupira et soutint mon regard plus longtemps qu'un humain n'en était capable.

_ Au début, elle est restée avec moi, expliqua-t-elle lentement, son ton devenant plus malheureux à chaque mot. Elle était malheureuse... Bref, j'ai décidé qu'il était temps que je connaisse un peu mieux Charlie.

La toute petite ride entre ses yeux se creusa.

_ Et maintenant, c'est toi qui n'es pas heureuse, murmurai-je.

Je ne pouvais m'empêcher de dire mes hypothèses à voix haute, espérant en apprendre plus de ses réactions. Celle-ci, néanmoins, ne sembla pas loin de la réalité.

_ Et ? (traduit par "La belle affaire !" dans Fascination) dit-elle, comme si ce n'était pas un aspect à prendre en considération.

Je continuai de la regarder dans les yeux, sentant que j'avais enfin eu un réel aperçu de son âme. Je voyais dans ce seul mot où elle se plaçait elle-même dans ses propres priorités. Contrairement à la plupart des humains, ses propres besoins venaient loin vers le bas de la liste.
Elle était désintéressée.
Comme je voyais cela, le mystère de sa personne caché à l'intérieur de son esprit silencieux commença à se dévoiler un petit peu.

_ Ce n'est pas très juste, dis-je.

Je haussai les épaules, essayant de paraître décontracté, de dissimuler l'intensité de ma curiosité.
Elle rit, mais sans le moindre amusement.

_ On ne te l'a donc jamais dit ? La vie est injuste.

Je voulus rire à ces mots, bien que je ne ressentis moi non plus aucun réel amusement. Je savais quelques petites choses sur l'injustice de la vie.

_ J'ai en effet l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part.

Elle me fixa et sembla à nouveau troublée. Ses yeux clignèrent sur autre chose puis revinrent sur moi.

_ Inutile de se lamenter, par conséquent, me dit-elle.

Mais je n'étais pas prêt à laisser cette conversation prendre fin. Le petit V entre ses yeux, vestige de son chagrin, me tracassait. Je voulais le lisser du bout de mes doigts. Mais, bien sûr, je ne pouvais pas la toucher. C'était malsain de bien des façons.

_ Tu donnes bien le change, constatai-je lentement, encore en train d'examiner cette nouvelle hypothèse, mais je parie que tu souffres plus que tu ne le laisses voir.

Elle grimaça, ses yeux se plissant et sa bouche se tordant en une moue bancale, et fixa le devant de la classe. Elle n'aimait pas ça lorsque je devinai juste. Elle n'était pas le martyr moyen - elle ne voulait pas d'un auditoire pour sa douleur.

_ Je me trompe ?

Elle tressaillit légèrement mais prétendit ne pas m'entendre. Cela me fit sourire.

_ J'en étais sûr !
_ Et en quoi ça te concerne, hein ? demanda-t-elle en continuant de regarder au loin.
_ Bonne question, admis-je, plus pour moi-même que pour lui répondre.

Sa perception était meilleure que la mienne - elle voyait directement l'essentiel des choses pendant que je me débattais dans les profondeurs, passant aveuglément au crible tous les indices. Les détails de vie totalement humaine ne devraient pas me concerner. Je n'aurais pas dû m'occuper de ce qu'elle pensait. Si ce n'était pas pour protéger ma famille des soupçons, les pensées des humains étaient insignifiantes.
Je n'étais pas habitué à être le moins intuitif dans une discussion. Je m'appuyais trop sur mon ouïe hyper sensible - je n'étais visiblement pas aussi perspicace que je le croyais.
La fille soupira et lança des regards noirs à l'avant de la classe. Quelque chose, dans son expression frustrée, était comique. La situation dans son ensemble, la conversation toute entière étaient comiques. Personne n'avait jamais été en aussi grand danger à cause de moi que cette petite fille - je pouvais à tout moment, distrait de ma ridicule absorption par la conversation, inhaler par le nez et l'attaquer avant d'avoir pu m'arrêter - et elle était irritée parce que je n'avais pas répondu à sa question.


_ Je t'agace ? demandai-je, souriant devant l'absurdité de tout ça.

Elle me regarda rapidement, et ses yeux semblèrent piégés par mon regard.

_ Pas vraiment, me dit-elle. Je m'agace moi-même, plutôt. Je suis tellement transparente. Ma mère m'appelle son livre ouvert.

Elle fronça les sourcils, se renfrogna.
Je la regardai, stupéfait. La raison de son bouleversement était qu'elle pensait que je lisais trop facilement en elle. C'était bizarre. Je n'avais jamais dépensé autant d'énergie pour comprendre quelqu'un dans tout ma vie - ou plutôt, mon existence, vu que vie pouvait difficilement être le bon mot. Je n'avais pas vraiment de vie.

_ Je ne suis pas d'accord, contrai-je, me sentant étrangement... méfiant, comme s'il y avait quelques dangers cachés dans ce que j'échouais à voir.

Je fus soudain énervé, ce pressentiment me rendant anxieux.

_ Je te trouve au contraire difficile à déchiffrer.
_ C'est que tu es bon lecteur, devina-t-elle, faisant sa propre supposition qui atteignit une fois de plus sa cible.
_ En général, oui, accordai-je.

Alors, je souris largement, laissant mes lèvres reculer pour exposer mes dents luisantes, tranchantes comme des rasoirs.
C'était une chose stupide à faire, mais j'étais brusquement, étonnament, désespéré de ne pouvoir l'avertir de quelque façon que ce fût. Son corps était plus près du mien qu'avant, s'étant déplacé inconsciemment durant notre conversation. Tous les petits signes et marques qui étaient suffisants pour effrayer le reste de l'humanité ne semblaient pas fonctionner sur elle. Pourquoi ne reculait-elle pas loin de moi, terrifiée ? Sûrement parce qu'elle en avait vu suffisamment de mon côté sombre pour réaliser le danger, intuitive comme elle paraissait l'être.
Je ne vis pas si mon avertissement avait eu l'effet escompté. M. Banner demanda l'attention de la classe à ce moment-là et elle se détourna de moi une nouvelle fois. Elle semblait un petit peu soulagée par cette interruption, elle comprenait donc peut-être inconsciemment.
J'espérai que ce fut le cas.
Je reconnaissais la fascination grandissant en moi, alors même que je tentai de l'en déloger. Je ne pouvais pas me permettre de trouver Bella Swan intéressante. Ou plutôt, elle ne pouvait pas permettre ça. J'étais déjà très désireux d'une autre chance de parler avec elle. Je voulais en savoir plus sur sa mère, sur sa vie avant qu'elle ne vînt ici, sur sa relation avec son père. Tous les détails futiles qui étofferaient plus encore son personnage. Mais chaque seconde que je passais avec elle était une erreur, un risque qu'elle ne devrait pas prendre.
Elle secoua distraitement son épaisse chevelure juste au moment où je me permis de prendre une autre inspiration. Une vague particulièrement concentrée de son odeur me frappa droit dans la gorge.
C'était comme le premier jour - comme une balle dévastatrice. La douleur de la sècheresse incendiaire me donna le vertige. Je dus à nouveau empoigner la table pour rester sur mon tabouret. Cette fois, j'avais légèrement plus de contrôle. Je ne cassais rien, au moins. Le monstre grandissait en moi mais ne prit aucun plaisir de ma souffrance. Il était lui aussi fermement retenu. Pour le moment.
Je cessai complètement de respirer et m'éloignai de la fille aussi loin que je le pouvais.
Non, je ne pouvais pas me permettre de la trouver fascinante. Le plus intéressant que je lui trouvais, le plus probable, c'était que je voulais la tuer. J'avais déjà fait deux erreurs mineures aujourd'hui. Voulais-je en faire une troisième, qui ne serait pas mineure ?
Dès que la sonnerie retentit, je fuis hors de la salle de cours - détruisant probablement l'impression de politesse que j'avais à moitié réussi à construire pendant l'heure. De nouveau, j'haletai dans l'air pur, humide, de dehors comme si ça m'était curatif. Je me dépêchai de mettre autant de distance que possible entre la fille et moi.
Emmett m'attendait devant la porte de notre salle d'espagnol. Il observa mon expression sauvage pendant un moment.

"Comment ça a été ?" demanda-t-il prudemment.

_ Personne n'est mort, marmonnai-je.

"Je vois bien qu'il y a quelque chose. Quand j'ai vu Alice baisser les bras, à la fin, j'ai pensé..."

Alors que nous marchions, je vis sa mémoire remonter à seulement quelques instants plus tôt, vis à travers la porte ouverte de sa salle précédente : Alice marchant brutalement, son visage pâle fixant le sol, vers le bâtiment des sciences. Je sentis le désir mémorisé d'Emmett de se lever et de la rejoindre, puis sa décision de rester. Si Alice avait eu besoin de son aide, elle l'aurait demandé...
Je fermai les yeux d'horreur et de dégoût en m'affalant sur ma chaise.

_ Je n'avais pas réalisé que c'était aussi proche. Je ne pensais pas que j'allais... Je n'ai pas vu que c'était aussi mauvais, murmurai-je.

"Ca ne l'était pas", me rassura-t-il. "Personne n'est mort, hein ?"

_ Exact, sifflai-je, les dents serrées. Pas cette fois.

"Peut-être que ce sera plus facile."

_ Bien sûr...

"Ou peut-être que tu la tueras", pensa-t-il en haussant les épaules. "Tu ne seras pas le premier à perdre les pédales. Personne ne te jugera trop durement. Parfois, un humain sent juste trop bon. Je suis impressionné que tu aies tenu si longtemps."

_ Ca ne m'aide pas, Emmett.

J'étais révolté par son acceptation de l'idée que je pouvais tuer cette fille, que cette voie était, d'une façon ou d'une autre, inévitable.

"Je sais quand ça m'est arrivé...", se souvînt-il, m'entraînant avec lui un demi siècle plus tôt, sur un chemin de campagne au crépuscule où une femme d'âge mûr prenait ses draps secs sur un fil tendu entre deux pommiers. L'odeur des pommes était péniblement suspendue dans l'air - la récolte était finie et les fruits abandonnés étaient éparpillés sur le sol, les ecchymoses sur leur peau filtraient leur flagrance en épais nuages. Un tas de foin fraîchement tondu était le fond de cette odeur, une harmonie. Il remontait le chemin, presque inconscient de la présence de la femme, pour faire une course pour Rosalie. Le ciel était pourpre au-dessus de sa tête, orange au-dessus des arbres à l'ouest. Il aurait dû poursuivre le chemin à chariots serpentant et n'aurait eu aucune raison de se souvenir de ce soir-là, sauf qu'une soudain brise nocturne gonfla les draps blancs comme une voilure et souffla l'odeur de la femme au visage d'Emmett.

_ Ah, gémis-je doucement.

Comme si le souvenir de ma propre soif n'était pas suffisant.

"Je sais. Je n'ai pas tenu une demie seconde. Je n'ai jamais pensé à résister."

Son souvenir devint trop explicite pour que je pus le supporter.
Je sautai sur mes pieds, mes dents assez serrées pour couper de l'acier.

_ Esta bien, Edward ? (Est-ce que ça va, Edward ?) demanda Senora Goff, surprise par mon brusque mouvement.

Je pus voir mon visage dans son esprit et je savais que je n'avais pas l'air d'aller bien.

_ Me perdona (Excusez-moi), marmonnai-je en filant vers la porte.
_ Emmett, por favor, puedas tu ayuda a tu hermano ? (Emmett, s'il te plaît, peux-tu aider ton frère ?) demanda-t-elle en me désignant sans pouvoir intervenir tandis que je me ruai hors de la salle.
_ Bien sûr, l'entendis-je dire et il fut juste derrière moi.

Je poussai sa main loin de moi avec une force inutile. Cela aurait brisé les os d'une main humaine, et ceux du bras qui y était attaché.

_ Désolé, Edward.
_ Je sais.

J'haletai profondément, essayant de vider ma tête et mes poumons.

_ C'est aussi grave que ça ? demanda Emmett en tentant de ne penser ni à l'odeur ni au goût de son souvenir, sans vraiment y parvenir.
_ Pire, Emmett, pire.

Il resta silencieux un moment.

"Peut-être..."

_ Non, ça n'irait pas mieux si j'en finissais avec ça. Retourne en cours, Emmett. Je veux être seul.

Il fit demi-tour sans aucun autre mot ni aucune autre pensée et s'éloigna à pas rapides. Il dirait au professeur d'espagnol que j'étais malade, ou que je séchais, ou que j'étais un dangereux vampire hors de contrôle. Son excuse était-elle réellement meilleure ? Peut-être que je ne reviendrai pas. Peut-être devrais-je partir.
J'allai une nouvelle fois à ma voiture pour attendre la fin des cours. Pour me cacher. Encore.
J'aurais dû utiliser ce temps pour me décider, ou essayer de soutenir ma résolution, au lieu de ça, comme un drogué, je me retrouvais à fouiller dans le babillement de pensées émanant des bâtiments du lycée. Les voix familières sortaient de l'ordinaire mais, à cet instant, je n'étais pas intéressé par l'écoute des visions d'Alice ou les plaintes de Rosalie. Je trouvai facilement Jessica, mais la fille n'était pas avec elle, je continuai donc à chercher. Les pensées de Mike Newton attirèrent mon attention et je la localisai enfin, en gym, avec lui. Il n'était pas content, parce que j'avais parlé avec elle aujourd'hui, en biologie. Il était dépassé par la réponse qu'elle lui avait donnée lorsqu'il avait mis le sujet sur la table...

"En fait, je ne l'ai jamais vu dire à personne plus d'un mot par-ci par-là. Bien sûr, il aura décidé de trouver Bella intéressante. Je n'aime pas la façon dont il la regarde. Mais elle ne semblait pas trop excitée à son sujet. Qu'est-ce qu'elle a dit déjà ? "Je ne sais pas ce qui lui a pris la semaine dernière." Quelque chose comme ça. Ca ne sonnait pas comme si elle y prêtait attention. Ca ne pouvait pas être plus qu'une simple conversation..."

Il prolongea son monologue pessimiste dans ce sens, soutenu par l'idée que Bella n'avait pas été intéressée par son échange avec moi. Cela me dérangeait vraiment un peu plus que ce qui aurait été acceptable, j'arrêtai donc de l'écouter.
Je mis un CD de musique violente dans le lecteur puis montai le volume jusqu'à ce qu'il couvrit les autres voix. Je dus me concentrer très attentivement sur la musique pour m'empêcher de dériver à nouveau jusqu'aux pensées de Mike Newton, d'espionner cette fille naive...
Je trichais quelques fois, alors que l'heure touchait à sa fin. J'essayais de me convaincre que ce n'était pas pour l'espionner. Je me préparais seulement. Je voulais savoir avec exactitude quand elle quitterait son cours de gym, quand elle serait dans le parking. Je ne voulais pas qu'elle me prit par surprise.
Alors que les élèves commençaient à sortir en file indienne par les portes du gymnase, je sortis de ma voiture, pas sûr de ce qui me faisait faire ça. La pluie était fine - je l'ignorai tandis qu'elle trempait lentement mes cheveux.
Voulais-je qu'elle me visse ici ? Espérai-je qu'elle viendrait me parler ? Qu'étais-je en train de faire ?
Je ne bougeai pas, alors que j'essayais de me convaincre de retourner dans la voiture, sachant que mon comportement était répréhensible. Je gardais mes bras croisés sur ma poitrine et respirais très superficiellement en la regardant marcher lentement vers moi, les coins de ses lèvres baissés. Elle ne me regardait pas. Elle lança plusieurs fois des coups d'oeil aux nuages, comme s'ils l'offensaient.
Je fus déçu quand elle atteignit sa voiture avant d'avoir dû passer devant moi. Devrait-elle me parler ? Devrais-je lui parler ?
Elle entra dans une camionnette, une Chevrolet, délavée, une carcasse rouillée qui était aussi vieille que son père. Je la regardai la démarrer - l'engin rugit plus bruyamment qu'aucun autre véhicule du parking - puis tendre les mains vers le chauffage. Le froid lui était inconfortable - elle ne l'aimait pas. Elle passa ses doigts dans son épaisse chevelure, les faisant passer devant le jet d'air chaud, comme pour les sécher. J'imaginai ce que la cabine de cette camionnette pouvait sentir puis chassai rapidement cette pensée.
Elle regarda autour d'elle en se préparant à reculer, puis regarda enfin dans ma direction. Elle me fixa pendant seulement une demie seconde et je pus lire la surprise dans ses yeux avant qu'elle ne les détachât des miens et poussât la camionnette en arrière. Et puis elle poussa un cri aigu en s'arrêtant de nouveau, l'arrière du véhicule manquant de quelques pouces une collision avec celui d'Erin Teague.
Elle regarda dans son rétroviseur, la bouche encore ouverte d'humiliation. Quand l'autre voiture s'éloigna d'elle, elle vérifia deux fois tous les angles morts et quitta sa place de parking avec tant de précautions que cela me fit sourire. C'était comme si elle pensait qu'elle était dangereuse avec sa camionnette décrépie.
La pensée que Bella Swan put être dangereuse pour quelqu'un, peu importe si elle conduisait, me fit rire tandis qu'elle passait devant moi, regardant droit devant elle.







 
                                                            
 
 
                                                      Chapitre 3    
 
 
 
Franchement, je n'avais pas soif, mais je décidai de chasser cette nuit encore. Une petite once de précaution, insuffisante, pourtant je savais qu'il le fallait.     
Carlisle vînt avec moi - nous ne nous étions pas retrouvés seuls tous les deux depuis que j'étais revenu de Denali. Tandis que nous courrions à travers la forêt noire, je l'entendis repenser à cet au revoir précipité de la semaine dernière.     
Dans sa mémoire, je vis la façon dont mon intense désespoir avait tordu mes traits. Je ressentis sa surprise et sa soudaine inquiétude.     
 
_ Edward ?     
_ Je dois partir, Carlisle. Je dois partir maintenant.     
_ Que s'est-il passé ?     
_ Rien. Pour l'instant. Mais il se passera quelque chose si je reste.     
 
Il avait touché mon bras. Je sentis combien cela l'avait blessé lorsque j'avais reculé loin de sa main.     
 
_ Je ne comprends pas.     
_ As-tu déjà... y a-t-il déjà eu un moment...     
 
 
 
Je me regardai moi-même prendre une profonde inspiration, je vis la lumière sauvage dans mes yeux à travers le voile de leur intense inquiétude.     
 
_ Y a-t-il déjà eu pour toi une personne dont l'odeur était meilleure que celle de tous les autres ? Vraiment meilleure ?     
_ Ah.     
 
Quand j'avais su qu'il comprenait, j'avais baissé la tête, honteux. Il avait tendu la main, m'ignorant lorsque j'avais à nouveau reculé, et l'avait posée sur mon épaule.     
 
_ Fais ce que tu dois pour résister, fils. Tu me manqueras. Tiens, prends ma voiture, elle est plus rapide.     
 
Il se demandait maintenant si j'avais alors fait ce qu'il fallait en m'envoyant au loin. Se demandait si son manque de confiance ne m'avait pas blessé.     
 
_ Non, murmurai-je en continuant de courir. C'était ce dont j'avais besoin. J'aurai si facilement pu trahir cette confiance, si tu m'avais dit de rester.     
_ Je suis désolé que tu souffres, Edward. Mais tu dois faire ce que tu peux pour garder l'enfant Swan en vie. Même si cela signifie que tu dois nous quitter à nouveau.     
_ Je sais, je sais.     
_ Pourquoi es-tu revenu ? Tu sais à quel point je suis heureux de t'avoir ici, mais si c'est aussi difficile...     
_ Je n'aimais pas me sentir lâche, admis-je.     
 
Nous ralentîmes - nous trottions à peine maintenant dans l'obscurité.     
 
_ C'est mieux que de la mettre en danger. Elle partira dans un an ou deux.     
_ Tu as raison, je sais ça.     
 
Pourtant, ses mots ne faisaient que me rendre plus anxieux à l'idée de rester. La fille partirait dans un an ou deux...     
Carlisle s'arrêta de courir et je l'imitai. Il se tourna vers moi pour examiner mon expression.     
 
"Mais tu n'as pas l'intention de fuir, n'est-ce pas ?"     
 
Je baissai la tête.     
 
"Est-ce par orgueil, Edward ? Il n'y a aucune honte à..."     
 
_ Non, ce n'est pas par orgueil que je reste ici. Plus maintenant.     
 
"Nulle part où aller ?"     
 
Je ris brièvement.     
 
_ Non. Ce n'est pas ça qui m'arrêterait, si je pouvais me faire moi-même partir.     
_ Nous viendrons évidemment avec toi si c'est ce dont tu as besoin. Tu n'as qu'à demander. Tu es parti pour eux sans te plaindre. Ils ne te refuseraient pas ça.     
 
Je haussai un sourcil. Il rit.     
 
_ D'accord, Rosalie peut-être, mais elle a une dette envers toi. En tout cas, ce serait bien mieux pour nous de partir maintenant, sans qu'aucun dégât n'ait encore été fait, que de partir plus tard, après qu'une vie ait pris fin.     
 
Toute trace d'humour avait disparu à la fin et je tressaillis à ses mots.     
 
_ Oui, accordai-je d'une voix rauque.     
 
"Mais tu n'as pas l'intention de partir ?"     
 
_ Je devrais, soupirai-je.     
_ Qu'est-ce qui te retient ici, Edward ? Je n'arrive pas à voir...     
_ Je ne sais pas si je peux l'expliquer.     
 
Même pour moi, cela n'avait aucun sens.     
Il jaugea mon expression pendant un long moment.     
 
"Non, je ne vois pas. Mais je respecte ta vie privée, si tu préfères."     
 
_ Merci. C'est généreux de ta part, surtout quand on sait que je ne laisse d'intimité à personne.     
 
A une exception près. Et j'avais fait ce que je pouvais pour la priver de ça, hein ?     
 
"Nous faisons tous des caprices", rit-il à nouveau. "N'est-ce pas ?"     
 
Je venais juste de sentir l'odeur d'un petit troupeau de cerfs. Il était difficile de faire preuve de beaucoup d'enthousiasme pour ce que c'était, même dans les meilleures circonstances : un arôme moins qu'appétisant. Mais là, avec le souvenir tout frais de l'odeur du sang de cette fille dans mon esprit, la fragrance me tordait en fait l'estomac.     
Je soupirai.     
 
_ C'est parti, consentis-je, bien que je sus que forcer le sang à entrer dans ma gorge ne m'aiderait qu'à peine.     
 
Nous nous accroupîmes tous deux en position de chasse et laissâmes cette odeur peu ragoûtante nous attirer silencieusement en avant.     
 
 
***     
 
 
Il faisait plus froid quand nous retournâmes à la maison. La neige fondue avait regelé, c'était comme si une mince couche de glace recouvrait tout - chauqe aiguille de pin, chaque buisson de fougères, chaque brin d'herbe étaient glacés.     
Pendant que Carlisle allait s'habiller en vue de son départ prochain pour l'hôpital, je restais près de la rivière, attendant que le soleil se levât. Je me sentais presque gonflé par la quantité de sang que j'avais ingurgité, mais je savais que cet actuel manque de soif signifierait peu quand je serais à nouveau assis à côté de cette fille.     
Calme et immobile comme la pierre sur laquelle j'étais assis, je regardai l'eau sombre s'écouler entre les bancs de glace, fixai au travers d'elle.     
Carlisle avait raison. Je devais quitter Forks. Ils raconteraient une histoire quelconque pour expliquer mon absence. Que j'étais pensionnaire dans une école en Europe. Que je rendais visite à des parents éloignés. Que j'étais un adolescent fugueur. L'histoire n'était pas meilleure. Personne ne poserait trop intensément de questions.     
C'était juste pour un an ou deux, puis la fille disparaîtrait. Elle poursuivrait sa vie - elle devait avoir une vie à pouruivre. Elle irait quelque part à la fac, vieillirait, entamerait sa carrière, et épouserait peut-être quelqu'un. Je pouvais m'imagnier ça - je pouvais voir cette fille vêtue tout de blanc, marchand d'un pas mesuré, au bras de son père.     
C'était bizarre, la douleur que cette image causa en moi. Je ne pouvais pas comprendre ça. Etais-je jaloux, parce qu'elle avait un futur que je ne pourrais jamais avoir ? Cela n'avait pas de sens. Chaque humain autour de moi avait la même chose en lui - une vie - et je me surprenais rarement à les envier.     
Je devais la quitter pour son avenir. Cesser de risquer sa vie. C'était la meilleure chose à faire. Carlisle avait déjà choisi le bon chemin. Je devrais l'écouter maintenant.     
Le soleil se leva derrière les nuages, et la failbe lumière scintilla sur l'herbe gelée.     
Un jour de plus, décidai-je. Je voulais la voir une fois de plus. Je pouvais supporter ça. Peut-être mentionnerai-je mon aventuelle disparition, établissant l'histoire.     
Ca allait être difficile, je pouvais sentir que la forte réticence qui s'était installée en moi me pousserait à trouver des excuses pour rester - pour allonger le délai de deux jours, trois, quatre... Mais je devais faire ce qui était le mieux. Je savais que je pouvais faire confiance au conseil de Carlisle. Et je savais aussi que j'étais trop en conflit avec moi-même pour prendre la bonne décision seul.     
Beaucoup trop en conflit. Quelle part de cette hésitation provenait de ma curiosité obsessionnelle, et quelle part venait de mon appétit instatisfait ?     
Je rentrai pour mettre des vêtements propres pour l'école.     
Alice m'attendait, assise en haut des marches menant au troisième étage.     
 
"Tu t'en vas de nouveau", m'accusa-t-elle.     
 
Je soupirai et acquiesçai.     
 
"Je ne peux pas voir où tu vas cette fois."     
 
_ Parce que je ne sais pas où je vais, murmurai-je.     
 
"Je veux que tu restes."     
 
Je secouai la tête.     
 
"Jazz et moi pourrions peut-être venir avec toi ?"     
 
_ Ils auront d'autant plus besoin de vous si je ne suis plus là pour espionner pour eux. Et pense à Esmé. Voudrais-tu, d'un coup, éloigner d'elle la moitié de sa famille ?     
 
"Tu vas la rendre si triste."     
 
_ Je sais, c'est pourquoi tu dois rester.     
 
"Ce n'est pas pareil que de t'avoir ici, et tu le sais."     
 
_ Oui. Mais je dois faire ce qui est bien.     
 
"Il y a pourtant beaucoup de bons chemins, et beaucoup de mauvaises voies, hein ?"     
 
Pendant un bref moment, elle fut emportée dans l'une de ses étranges visions ; je me voyais avec elle tandis que les images clignotaient et tournillonaient. Je me vis moi-même mélangé avec d'étranges ténèbres que je ne pouvais distinguer - des formes vagues et imprécises. Et puis, brusquement, ma peau se mit à scintiller dans l'éclatante lumière du soleil d'une petite clairière à ciel ouvert. C'était un endroit que je connaissais. Il y avait quelqu'un avec moi dans cette clairière, mais, de nouveau, ce fut indistinct, trop pour être reconnu. Les images frémirent et disparurent alors qu'un million de choix infimes réarrangeaient une nouvelle fois le futur.     
 
_ Je ne pouvais pas en saisir plus que ça, lui dis-je quand la vision s'obscurcit.     
 
"Moi non plus. Ton avenir change beaucoup trop souvent pour que j'arrive à le voir clairement. Pourtant, je pense que..."     
 
Elle s'arrêta, et feuillera une vaste collection d'autres récentes visions pour moi. Elles étaient toutes pareilles - floues et vagues.     
 
_ Pourtant, je pense que quelque chose change, dit-elle bruyamment. Ta vie semble en être à un moment décisif.     
 
Je ris d'un air grave.     
 
_ Est-ce que tu te rends compte que tu beugles comme une fausse gitane au carnaval, là ?     
 
Elle me tira la langue.     
 
_ Néanmoins, tout va bien pour aujourd'hui, n'est-ce pas ? demandai-je d'une voix brusquement inquiète.     
_ Je ne te vois pas tuer qui que ce soit aujourd'hui, m'assura-t-elle.     
_ Merci, Alice.     
_ Vas t'habiller. Je ne dirai rien - je te laisserais dire aux autres quand tu seras prêt.     
 
Elle se leva, jeta un coup d'oeil en bas des escaliers et rentra légèrement la épaules.     
 
"Tu vas me manquer. Vraiment."     
 
Oui, elle allait vraiment me manquer, elle aussi.     
 
Suite du chapitre 3:    
 
 
Le trajet pour aller à l'école se passa en silence. Jasper sentait qu'Alice était contrariée par quelque chose, mais il savait que si elle avait voulu lui en parler elle l'aurait déjà fait. Emmett et Rosalie était dans leur bulle, se regardant sans les yeux avec passion - c'était d'ailleurs assez écœurant à regarder. On était tous au courant de combien ils étaient désespérément amoureux l'un de l'autre. Ou peut-être que c'était juste plus douloureux pour moi parce que j'étais le seul célibataire de la famille. Il y avait des jours où c'était plus dur que d'habitude pour moi de vivre entouré de trois couples parfaitement unis. Aujourd'hui était un de ceux là.    
Peut-être qu'ils seraient tous plus heureux sans moi dans leur pattes, aussi agressif et de mauvais caractère que le vieillard que je devrais être à présent. Bien sûr, la première chose que je fis lorsque nous arrivâmes à l'école fut de chercher la jeune fille du regard. Juste histoire de me préparer.

N'est-ce pas ?

C'était tellement embarrassant de voir comme mon univers semblait vide sans elle – toute mon existence était centrée sur la fille, et non plus sur moi comme avant.

C'était plutôt facile à expliquer, en fait : après quatre-vingts ans de routine, le moindre changement devenait un évènement majeur.

Elle n'était pas encore arrivée, mais je pouvais déjà entendre les pétarades bruyantes de son antique camionnette. Je m'appuyais contre la voiture en attendant. Alice resta avec moi, alors que les autres allèrent directement en classe. Ma fixation les ennuyait – c'était incompréhensible pour eux qu'une humaine puisse retenir aussi longtemps mon attention, aussi délicieuse soit-elle.

Au volant de sa voiture, la fille arriva lentement dans mon champ de vision, ses yeux concentrés sur la route et ses mains crispées sur le volant. Elle semblait anxieuse de quelque chose. Ca me prit une seconde pour m'imaginer ce que ce « quelque chose » pouvait être, et une de plus pour réaliser que tous les humains avaient cette même expression sur le visage aujourd'hui. Ah, la route étant recouverte de verglas, et il leur fallait conduire plus prudemment. Je pouvais voir combien elle prenait ce petit risque au sérieux.

Ca semblait conforme au peu que je savais déjà sur elle. J'ajoutai ce trait de caractère à ma petite liste : c'était quelqu'un de sérieux, de responsable.
Elle ne se gara pas trop loin de moi, mais n'avait pas encore remarqué que j'étais là, à la regarder. Je me demandai ce qu'elle ferait lorsqu'elle s'en rendrait compte. Rougir et s'éloigner ?

C'était ma première supposition. Mais peut-être allait-elle me regarder à son tour. Peut-être allait-elle venir pour me parler.

Je pris une profonde inspiration, remplissant mes poumons d'espoir, juste au cas où.

Elle sortit de sa camionnette avec précautions, testant le sol glissant avant d'y mettre tout son poids. Elle ne leva pas les yeux, et ça me frustra. Peut-être que je devrais aller lui parler...

Non, mauvaise idée.

Au lieu de se tourner vers le lycée, elle avança vers l'arrière de sa camionnette, s'accrochant à son véhicule d'une drôle de manière, comme si elle n'avait pas confiance en ses jambes. Ca me fit sourire, et je sentis les yeux d'Alice sur mon visage. Je n'écoutai pas ce que ça lui faisait penser – je m'amusai trop à regarder la fille vérifier les chaines de neiges de sa camionnette. Vu la manière dont ses pieds étaient positionnés, elle devait vraiment avoir peur de tomber. Personne d'autre n'avait de problème – s'était-elle garée sur une plaque de verglas particulièrement dangereuse ?

Elle se figea, les yeux baissés dans une étrange expression. C'était...de la tendresse ? Comme si quelque chose...l'attendrissait ?

Cette fois encore, la curiosité se fit aussi douloureuse que la soif. C'était comme si je devais absolument savoir ce qu'elle pensait – comme si c'était l'unique chose au monde qui ai la moindre importance.

J'irais lui parler. Elle avait l'air d'avoir besoin de se tenir à une main, au moins pour l'aider à se rendre sortir de la zone verglacée. Mais bien sûr, je ne pouvais pas lui offrir cela, n'est-ce pas ? J'hésitai, déchiré. Elle semblait avoir une telle aversion pour la neige, alors elle ne risquait certainement pas d'apprécier le contact avec ma main froide et blanche. Si seulement j'avais des gants...

- NON ! Haleta Alice

Instantanément, je scannais ses pensées, supposant d'abord que j'avais fais un mauvais choix et qu'elle me voyait faire quelque chose d'inexcusable. Mais ça n'avait rien à voir avec moi.

Tyler Crowley avait choisi de pénétrer dans le parking à une vitesse bien peu judicieuse. Ce choix allait l'envoyer glisser sur une plaque de verglas...

La vision vint juste une demi-seconde avant la réalité. Le van de Tyler prit son visage alors que j'étais encore en train de regarder le dénouement qui tordait les lèvres d'Alice en une grimace horrifiée.

Non, cette vision n'avait rien à voir avec moi, et en même temps elle avait tout à voir avec moi, parce que le van de Tyler – dont les pneus venaient juste d'heurter la glace dans le pire angle possible – tournoyait follement droit vers la fille qui était devenue malgré elle le point central de mon univers.

Même sans la prescience d'Alice, il aurait été assez simple de voir la trajectoire du véhicule, qui glissait, échappant totalement au contrôle de Tyler.

La fille, qui à l'arrière de sa camionnette se tenait exactement au mauvais endroit, leva les yeux, intriguée par les hurlements des pneus bloqués. Elle rencontra immédiatement mon regard horrifié, puis tourna les yeux pour regarder sa mort prochaine.

Pas elle ! Les mots éclatèrent dans ma tête comme s'ils appartenaient à quelqu'un d'autre. Tout en lisant dans les pensées d'Alices, je vis la vision se transformer soudainement, mais je n'avais pas le temps de regarder ce que ce changement pouvait être.

Je n'élançai à travers la foule, me plaçant entre le van en plein dérapage et la fille tétanisée. Je bougeai si vite que tout devint une vaste tache floue et rayée, à l'exception d'elle. Elle ne me vit pas – aucun œil humain n'aurait pu suivre mon vol – regardant toujours la forme grossière qui était sur le point de la réduire en bouillie contre l'armature de métal de sa camionnette.

Je la pris par la taille, bougeant avec trop de précipitation pour être aussi doux que j'aurais dû l'être. Durant le centième de seconde entre le moment où je tirai d'un coup sec sa silhouette légère hors de danger et le moment où je m'écrasai au sol avec elle dans mes bras, je pris soudain conscience de la fragilité de son corps.

Lorsque j'entendis l'horrible craquement de sa tête contre la glace, je cru me geler à mon tour.

Mais je n'avais même pas une seule seconde pour voir comment elle allait. J'entendis le van derrière nous, râpant et couinant comme s'il tournait autour du fer solide de la camionnette de la jeune fille. Il était en train de changer sa course, se courbant, et revenant dans la direction à nouveau – comme s'il elle était un aimant qui l'attirait vers nous.

Un mot que je n'avais jamais osé prononcer en présence d'une dame sorti de mes dents serrées.

J'en avais déjà trop fait. De la même manière que j'avais presque volé devant tout le monde pour la pousser hors de la trajectoire du fourgon, j'étais pleinement conscient de l'erreur que je faisais. Savoir que c'était une erreur ne m'arrêta pas, mais je n'oubliais pas pour autant le risque que je prenais – que je ne prenais pas seulement pour moi-même, mais pour toute ma famille.

Exposition.

Et cela n'allait certainement pas aider, mais il était tout bonnement hors de question que je permette à se van de réussir dans sa deuxième tentative de prendre sa vie.

Je la lâchai et tendis mes mains devant nous, attrapant le van avant qu'il ne puisse la toucher. Le choc m'envoya contre a voiture garée à côté de la camionnette de la fille, et je pus sentir l'armature de métal derrière mes épaules. Le van frissonna et trembla contre l'obstacle ferme de mes bras immobiles, puis commença alors a se balancer de façon instable sur ses deux pneus arrières.

Si je bougeai mes mains, l'arrière du van allait tomber sur ses jambes.

Oh, pour l'amour de tous les saints, ces catastrophes n'allaient donc jamais finir ? Restait-il quoi que ce soit qui puisse encore tourner mal ? Il aurait été délicat de rester la, à ternir le van en l'air à bout de bras et appeler à l'aide. Je ne pouvais pas non plus lancer le véhicule – je devais aussi penser au conducteur, dont les pensées étaient confuses de panique.

Avec un gémissement interne, je poussai le fourgon pour qu'il bascule et s'éloigne de nous pendant un court instant. Alors qu'il retombait vers nous, je l'attrapai par-dessous avec ma main droite tandis que j'enlaçai à nouveau sa taille de mon bras gauche. Son corps bougea mollement quand je la lâchai pour que ses jambes soient hors d'atteinte – était-elle consciente ? Combien de dégât lui avais-je infligé dans ma tentative de sauvetage improvisée ?

Je laissai tomber le van, maintenant que je savais que ça ne pouvait plus la blesser. Il s'écrasa contre le sol, toutes les fenêtres éclatant à l'unisson.

Je savais que j'étais au milieu d'une crise. Qu'avait-elle vu ? Y'avait-il un seul autre témoin qui' m'eut vu me matérialiser à ses côtés et jongler avec le van tout en la manipulant pour la tirer de là ? Ces questions auraient dû être mes priorités.

Mais j'étais trop anxieux pour réellement me soucier de la menace de l'exposition autant que je le devrais. Trop paniqué à l'idée de l'avoir blessé en essayant de la protéger. Trop effrayé de l'avoir si proche de moi, tout en sachant ce que je sentirais si je me permettais de respirer. Trop conscient de la chaleur de son corps souple, pressé contre le mien – même à travers le double obstacle de nos vertes, je pouvais sentir cette chaleur...

La première peur fut la plus grande. Alors que les hurlements des témoins commencèrent à fuser autour de nous, le baissai les yeux pour examiner son visage, pour voir si elle était consciente – espérant férocement qu'elle ne saignait pas.

Ses yeux étaient grands ouvert, le regard gelé par le choc.

- Bella ? Demandai-je en proie à l'affolement. Ca va ?
- Très bien. Dit-elle automatiquement de sa voix stupéfiée.

Le soulagement, si intense qu'il en était presque douloureux, me pénétra au son de sa voix. Je suçai une bouffée d'air entre mes dents, sans me soucier de la brûlure qui l'accompagnait dans ma gorge. J'étais presque content de la sentir.

Elle frissonna pour s'asseoir, mais je n'étais pas prêt de la lâcher. Je me sentais étrangement...en sécurité ? Du moins, je me sentais mieux, à présent qu'elle était dans mes bras.

- Attention. L'avertis-je. Je crois que tu t'es cogné la tête assez fort.

Il n'y avait aucune trace de sang frais dans son odeur – une indulgence – mais ça ne garantissait pas l'absence d'hémorragie interne. J'étais soudain impatient de l'amener à Carlisle et à tout son équipement de radiologie.

- Ouille ! Dit-elle, son ton choqué était comique, comme si elle venait à peine de s'apercevoir que sa douleur.
- C'est bien ce que je me disais.

Le soulagement me rendit la situation comique, et j'étais presque étourdi.

- Comment diable...

Sa voix se perdit, et ses paupières flottèrent.

- Comment as-tu réussi à t'approcher aussi vite ?

Le soulagement d'assourdit, l'humour disparu. Elle en avait trop vu. Et maintenant que la fille semblait en sécurité et en bonne forme, l'anxiété pour ma famille reprit le dessus.

- J'étais juste à côté de toi, Bella.

Je savais par expérience que si je montrais beaucoup d'assurance lorsque je mentais, cela rendait tout questionneur moins sur de la vérité.

Elle se débâtit à nouveau pour se redresser, et cette fois je la laissai faire. Pour jouer mon rôle correctement, j'avais besoin de respirer. Il fallait que je me tienne à distance de la chaleur de sang brûlant pour que l'odeur ne me fasse pas perdre le fil. Je glissai aussi loin que possible d'elle, du moins autant que le permettait l'espace restreint entre les deux véhicules accidentés.
Elle leva les yeux vers moi, et je soutins son regard. Détourner les yeux le premier serait une erreur que seul un mauvais menteur ferrait, et j'étais loin d'être un mauvais menteur. Mon expression semblait innocente et inquiète...Cela semblait la perturber. Bien.
La scène de l'accident était noire de monde à présent. Des élèves pour la plupart, des enfants qui scrutaient et se poussaient pour voir s'il y avait quelques corps mutilés à voir. Le brouhaha des éclats de voix se mêlait aux pensées hurlantes. Je scannai les esprits aux alentours pour m'assurer qu'il n'y avait pas encore de suspicion parmi les témoins, puis me retourna pour me concentrer uniquement sur la fille.

Elle semblait distraite par le chahut autour d'elle, elle regarda autour d'elle, son expression toujours choquée, et essaya de se lever.

Je posai délicatement ma main sur son épaule pour l'en empêcher.

- Attend encore un peu.

Elle avait l'air d'aller bien, mais peut-être devrait-elle éviter de bouger sa nuque ? Cette fois encore, j'aurais aimé que Carlisle soit là. Mes années d'étude théorique de la médecine ne faisait pas le poids face à ses siècles de pratique médicale.

- J'ai froid ! Objecta-t-elle.
Elle venait de frôler la mort deux fois de suite et avait failli se faire estropier, et tout ce qui la perturbait, c'était le froid. Un petit rire fit trembler mes dents avant que je ne me souvienne que la situation n'avait rien de drôle.
Bella cligna des yeux, puis son regard se verrouilla sur mon visage.

- Tu étais là bas.

Là encore, mon rire disparu aussi rapidement qu'il était venu. Ses yeux se dirigèrent vers le sud, même s'il n'y avait rien d'autre à voir que la tôle chiffonnée du fourgon.

- Près de ta voiture
- Non.
- Je t'ai vu ! Insista-t-elle. Sa voix était enfantine quand elle s'obstinait. Elle leva le menton.
- Bella, j'étais tout près de toi et je t'ai tiré de là, c'est tout.

Je me plongeai profondément dans son regard lointain, essayant de lui faire accepter ma version des faits – la seule version rationnelle possible.
Sa mâchoire se crispa.

- Non

J'essayai de rester calme, de ne pas panique. Si seulement je pouvais la faire taire pendant un moment, ça me donnerait l'occasion de détruire l'évidence...et de discréditer sa version en utilisant sa blessure au crâne.
Pour toi, la fille la plus silencieuse qui soit, ça devrait être facile de te taire, non ? Si seulement elle pouvait me faire confiance, juste pendant un moment...

- S'il te plait, Bella. Dis-je

Ma voix était trop intense, parce que soudain je réalisai combien je voulais qu'elle me croie. Je le voulais tellement, et pas uniquement pour cet accident. Un désire stupide. Qu'est-ce que ça pourrait bien changer pour elle de me faire confiance ?

- Pourquoi ? Demanda-t-elle, toujours sur la défensive.
- Fais-moi confiance. Suppliai-je.
- Jure que tu m'expliqueras plus tard.

Ca m'énervait de devoir à nouveau lui mentir, alors qu'au contraire je désirais plus que tout au monde pouvoir un tant soit peu mériter sa confiance. Alors quand je lui répondis, mon ton était dur

- D'accord !
- Tu as intérêt à tenir parole.

Tandis que les secours arrivaient – les adultes accouraient sur les lieux de l'accident, la police avait été appelée et on entendait déjà les sirènes à quelques centaines de mètres au loin – j'essayai de sortir la fille de ma tête et de remettre mes priorités dans le bon ordre. Je scannai tous les esprits aux alentours, qu'ils aient assistés à toute la scène ou non, mais je ne trouvais rien de dangereux. Bon nombre d'entre eux avaient été surprit de me voir à côté de Bella, mais ils arrivaient tous à la conclusion – la seule conclusion probable – qu'ils ne m'avaient juste pas remarqué avant que ne survienne l'accident.

Elle était la seule qui n'acceptait pas l'explication rationnelle, mais son témoignage ne sera sûrement pas celui qui aurait le plus de poids. Elle avait été terrifiée, traumatisée, sans parler du traumatisme crânien que je lui avais sûrement infligé. Et elle était probablement en état de choc. On pourrait facilement considérer que son histoire était un délire post-traumatique, non ? Personne n'allait donner trop de crédit à sa version, quand on la comparerait à celle de la foule de spectateurs objectifs.

Je grimaçais lorsque j'interceptai les pensées d'Emmett, de Rosalie et de Jasper, qui venait à peine d'arriver sur les lieux. J'allais devoir rendre des comptes cette nuit, je le sentais bien.
Je voulais déformer l'indentation que mes épaules avaient creusée dans l'autre voiture, mais la fille était trop proche. J'allais devoir attendre qu'elle soit distraite par autre chose.

C'était frustrant d'attendre – il y avait tant d'yeux braqués sur moi – que les humains se débrouillent pour dégager le van pour nous libérer. J'aurais sûrement dû les aider, juste pour accélérer le processus, mais j'étais déjà trop impliqué et la fille me fixai de ses yeux perçants. Finalement, ils furent quand même capable de le déplacer assez loin pour permettre aux secouristes d'arriver jusqu'à nous avec leurs brancards.

Un homme grisonnant au visage familier apparut.

- Eh, Edward ! Ca va tu n'as rien ? Dit Brett Warner.

Il était aussi infirmier, et je le connaissais bien de l'hôpital. C'était une chance – le seul évènement chanceux de la journée – qu'il soit le premier à venir vers nous. Dans ses pensées, je ne lu rien d'autre que du calme alerté et attentif.

- Tout va bien, Brett, rien ne m'a touché. Mais j'ai bien peur que Bella ait une contusion. Elle s'est cognée la tête assez fort quand je l'ai tiré de la trajectoire du fourgon...

Brett reporta son attention sur la fille, qui me regardait comme si je venais de me rendre coupable de haute trahison. Oh, c'est vrai. C'était un martyr silencieux – elle préférait souffrir en silence.

Elle ne contredit pas immédiatement ma version, et ça me détendit un peu.

Le deuxième secouriste essaya d'insister pour que je monte sur un de leur brancard, et ce ne fut pas difficile de l'en dissuader. Il me suffit de promettre que je laisserai mon père m'examiner, et il laissa tomber. Avec la plupart des humains, il suffisait généralement de s'exprimer avec assurance. Excepté la fille, évidemment. Est-ce qu'il y avait quoi que ce soit de normal chez elle ?

Dès qu'ils lui mirent une minerve – la faisant rougir d'embarras – j'utilisai ce moment de distraction pour discrètement déformer la marque laissé par mes épaules dans la voiture avec le talon. Il n'y eut que mes frères et sœur pour remarquer ce que je faisais, et j'entendis la promesse mentale d'Emmett de repasser derrière moi si j'avais oublié quoi que ce soit.
Reconnaissant pour son aide – et encore plus reconnaissant qu'Emmett m'ai dors et déjà pardonné mon choix risqué – j'étais un peu plus calme lorsque je m'installai sur le siège avant de l'ambulance.

Le chef de la police arriva avant qu'ils aient pu mettre Bella dans l'ambulance à son tour.
Inutile d'essayer de lire dans ses pensées, tant la panique qui émanait de son esprit refoulait les évènements et conversations des jours passés. Une incroyable anxiété mêlée de culpabilité dénuée de mots l'emplissait tandis qu'il voyait sa fille unique ficelée à un brancard.

Ses sentiments me pénétrèrent de toute part et grandirent en intensités. Quand Alice m'avait prévenu que tuer la fille de Charlie Swan reviendrait à le tuer lui, également, elle n'avait pas exagéré.

Ma tête fut transpercée de cette culpabilité tandis que j'entendais sa voix paniquée ?

- Bella ! Hurla-t-il
- Tout va aussi bien que possible Char...papa, soupira-t-elle. Je suis indemne.

Cette assurance ne le rassura pas pour autant. Il se tourna vers le secouriste le plus proche et demanda plus d'informations.

J'étais en train de l'écouter parler, formant des phrases parfaitement cohérentes malgré sa panique, quand je réalisais soudain que son anxiété et son souci n'étaient pas dénués de mots. C'était juste que...je ne pouvais pas entendre les termes exactes de ses pensées.

Hmm. Charlie Swan n'était pas aussi silencieux que sa fille, mais à présent je savais de qui elle tenait ça. Intéressant.

Je ne m'étais jusqu'alors jamais trop approché du chef de police municipal. Je l'avais toujours prit pour un homme assez lent d'esprit, sans me douter que j'étais celui qui était lent. Ses pensées, loin d'être absentes, étaient en parties cachées. Je pouvais seulement entendre le ténor de ses pensées, rien d'autre que le ton...

Je voulais écouter plus intensément, pour voir si je pouvais par cette découverte percer à jour le secret de la fille. Mais Bella était à présent chargée dans le coffre, et l'ambulance démarra.

C'était difficile de m'arraché à l'idée que je tenais peut-être une solution possible au mystère qui avait commencé à m'obséder. Mais il fallait que je réfléchisse – regarder ce qui avait été fait aujourd'hui sous tous les angles. Il fallait que j'écoute, pour m'assurer que ça n'était pas allé trop loin et que nous n'allions pas devoir partir immédiatement. Il fallait que je me concentre.

Il n'y avait rien d'inquiétant dans les pensées des secouristes. Pour autant qu'ils puissent le dire, la fille allait bien. Et, et aussi étonnant que ça puisse paraître, Bella s'en tenait à ma version des faits.

Ma première priorité, lorsque j'arrivai à l'hôpital, était de voir Carlisle. Je me ruai à travers vers les portes à ouverture automatique, mais j'étais incapable de vraiment arrêter de surveiller Bella ; je gardais un œil sur elle par l'intermédiaire des infirmiers.

Il me fut facile de repérer l'esprit familier de mon père. Il était dans son petit bureau, seul. Une deuxième petite pointe de chance dans ce jour de malchance.

- Carlisle.

Il m'avait entendu approcher, et il s'alarma lorsqu'il vit mon visage. Il se leva d'un bond et devint encore plus pâle que d'habitude. Il me fit face derrière son bureau parfaitement organisé.

Edward...tu n'as pas...
- Non ! non, ce n'est pas ça.

Il prit une profonde inspiration.

Evidemment. Je suis navré d'avoir eu cette pensée. Tes yeux, bien entendu, j'aurais dû m'en douter...Ajouta-t-il en regardant mes yeux d'or solide avec soulagement.
- Mais elle est blessée, Carlisle, ce n'est probablement pas grand-chose, mais...
- Qu'est-il arrivé ?
- Un stupide accident de voiture. Elle était au mauvais endroit au mauvais moment. Mais je ne pouvais pas rester là...à le laisser la percuter...
Attend, attend. Recommence depuis le début. En quoi es-tu impliqué ?
- Un fourgon a dérapé sur la glace. Murmurai-je en regardant le mur derrière lui alors que je parlais – au lieu des diplômes, il n'y avait qu'une peinture à l'huile, sa préférée, un Hassam non répertorié. Elle était en plein dans sa trajectoire. Alice l'a vu arriver, mais je n'avais pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre que courir à travers la foule et la tirer de là. Personne ne l'a remarqué...sauf elle. J'ai aussi dû arrêter le van, mais cette fois encore, personne ne la vu...excepté elle. Je suis désolé Carlisle. Je ne voulais pas nous exposer comme ça.

Il contourna son bureau et posa une main son mon épaule.

Tu as fais ce qu'il fallait. Je sais que ça n'a pas dû être facile pour toi. Je suis fier de toi, Edward.

Je pouvais à présent le regarder dans les yeux.

- Elle sait que quelque chose...ne va pas chez moi.
- Ca n'a pas d'importance. S'il faut que nous partions, nous partirons. Qu'a-t-elle dit ?

Je secouai la tête, un peu frustré.

- Rien, pour l'instant.
Pour l'instant ?
- Elle s'en tien à ma version des faits...mais elle attend une explication.

Il fronça les sourcils, considérant ce que je venais de lui dire.

- Elle s'est cognée la tête...enfin, je lui ai fais ça. Continuai-je précipitamment. Je l'ai cogné assez durement contre le sol. Elle a l'air d'aller bien, mais...je pense que ça devrait être facile de discréditer sa parole...

Rien qu'en disant ces mots, j'avais déjà l'impression d'être un connard. Carlisle entendit le dégoût dans ma voix

Peut-être que ce ne sera pas nécessaire. Regardons ce que ça donne, d'accord ? Je crois que j'ai un patient à examiner.
- Je t'en pris. Dis-je. J'ai tellement peur de lui avoir fait du mal.

Une étincelle traversa l'œil de Carlisle. Il passa sa main dans ses cheveux – qui avaient des reflets un peu plus clairs que ses yeux dorés – et rit.

Ca m'a tout l'air d'être une journée plutôt intéressante pour toi, je me trompe ? Dans son esprit, je pouvais lire l'ironie, et l'humour que la situation lui inspirait. Quel revirement. Quelque part durant la seconde d'inconscience qui m'avait poussé à voler à son secours, le tueur s'était métamorphosé en protecteur.

Je ris avec lui, me souvenant que Bella n'aurait jamais autant besoin d'être protégée que de moi-même. Ca me fit rire parce que, quelque soit ce qui venait de se passer, j'étais toujours aussi dangereux pour elle qu'avant.



J'attendis seul dans le bureau de Carlisle – l'une des heures les plus longues de mon existence – écoutant l'hôpital plein de pensées.

Tyler Crowley, le conducteur du fourgon, avait l'air bien plus atteint que Bella, et toute l'attention était tournée vers lui, alors qu'elle attendait son tour pour faire des radios. Carlisle resta dans l'ombre, croyant sur parole les secouristes qui affirmaient que la fille n'était que légèrement blessée. Ca me stressa, même si je savais qu'il avait raison. Un seul coup d'œil à son visage, et Bella se souviendrait immédiatement de moi, et du fait qu'il y avait quelque chose d'anormal dans ma famille, et ça pourrait risquer de la faire parler.

Une chose était sûre, elle avait bien assez de compagnie avec qui parler. Tyler était consumé par sa culpabilité, du fait qu'il avait bien faillit la tuer – deux fois de suite – et ne semblait pas pouvoir se taire. Je pouvais clairement voir l'expression de son visage à travers ses yeux, et il était clair qu'elle voulait qu'il se taise. Comment pouvait-il ne pas s'en rendre compte ?

Je me tendis lorsque j'entendis Tyler lui demander comment avait pu s'en sortir. J'attendis, sans respirer, alors qu'elle hésitait.

Um...l'entendis-je dire. Puis elle se tut si longtemps que Tyler se demanda si sa question la dérangeait. Enfin, elle dit : Edward m'a tiré de là.

Je soupirai. Et là ma respiration s'accéléra. Je ne l'avais jamais entendu prononcer mon nom avant. J'aimais le son que ça produisait – même si je ne l'entendais que par l'intermédiaire des pensées de Tyler. Je voulais l'entendre moi-même...

Edward Cullen dit-elle, quand Tyler ne savait pas de qui elle parlait. Je me retrouvais devant la porte, une main sur la poignée. Le désire de la voire devenait de plus en plus fort. Je devais me souvenir qu'il me fallait être prudent.

- Il était près de moi
- Cullen ? Je ne l'ai pas vu...Enfin, tout s'est passé si vite. Il va bien ?
- Il me semble. Il traîne dans les parages. Ils ne l'ont pas couché sur un brancard, lui.

Je vis son regard pensif, un éclair de suspicion traverser ses yeux, mais ces petits changements dans son expression passèrent inaperçus pour Tyler.

Elle est jolie, pensa-t-il, presque surprit. Même toute sale. Elle n'est pas vraiment mon type mais...je devrais sortir avec elle. Il suffit d'arranger les choses pour aujourd'hui...

J'étais dans le hall, tout près de la salle des urgences, sans penser ne serait-ce que pendant une seconde à ce que j'étais en train de faire. Par chance, l'infirmière entra dans la salle avant moi – c'était au tour de Bella pour les radios. Je m'adossai contre le mur dans un recoin sombre tout près du tournant, et essaya de me retenir de la suivre alors qu'on l'emmenait.

Qu'est-ce que ça pouvait bien faire que Tyler la trouve jolie ? Tout le monde pouvait s'en rendre compte. Il n'y avait strictement aucune raison pour que je ressente...mais qu'est-ce que je ressentais au juste ? De la gêne ? Ou est-ce que « en colère » était plus proche de la réalité ? Cela n'avait strictement aucun sens.

Je restai là où j'étais aussi longtemps que je le pus, mais mon impatience l'emporta sur tout le reste et je m'en retournai vers la salle de radiologie. On l'avait déjà reconduise aux urgences, mais je pus tout de même jeter un coup d'œil à ses radio quand l'infirmière eut le dos tourné.

Ce que je vis me rassura. Son crâne allait bien. Je ne l'avais pas blessée, pas vraiment.

Carlisle m'appela.

Tu as meilleure mine, commenta-t-il.

Je continuai à regarder droit devant moi. Nous n'étions pas seuls, les corridors étaient pleins d'employés et de visiteurs.

Ah, oui. Il accrocha ses radios au négatoscope, mais je n'avais pas besoin d'un second coup d'œil. Je vois. Elle va parfaitement bien. Bon travail, Edward.

Entendre une telle approbation venant de mon père déclencha en moi une réaction mitigée. Cela aurait dû me faire plaisir, cependant je savais qu'il n'approuverait certainement pas ce que je m'apprêtais à faire à présent. Du moins, il ne l'approuverait pas s'il connaissait mes véritables intentions...

- Je crois que je vais aller lui parler, soufflai-je, avant qu'elle ne te voie. Agir naturellement, prétendre que rien ne s'est passé. Histoire d'arranger ca.

Voilà qui pourrait faire figure d'excuses acceptables. Carlisle hochai la tête d'un air absent, toujours concentré sur ses radios.

- Bonne Idée. Hmm.

Je regardai à mon tour les images pour voir ce qui retenait son attention.

Mais regardez moi toutes ces anciennes contusions ! Combien de fois sa mère l'a-t-elle laissé tomber ? Carlisle rit de sa propre plaisanterie.

- Je commence à croire que cette fille est cernée par la malchance. Elle est toujours au mauvais endroit au mauvais moment.

Il est vrai qu'avec toi dans les parages, Forks est sans aucun doute le « mauvais endroit » pour elle.

Je tressaillis

Vas-y. Arrange les choses. Je te rejoins dans un moment.


Je m'éloignai à grands pas, sentant les remords affluer. J'étais peut-être décidément trop bon menteur, si je pouvais tromper Carlisle.

Quand je pénétrai dans la salle des urgences, Tyler marmonnait dans sa barbe d'énièmes excuses. La jeune fille essayait d'échapper à l'assaut de ses remords en faisant semblant de dormir. Ses yeux étaient clos, mais sa respiration n'était pas tranquille, et je pouvais voir ses doigts bouger avec impatience par moment.

Je contemplai son visage un long moment. C'était la dernière fois que je la verrais. Ce fait déclencha une douleur aigue dans ma poitrine. Etait-ce parce que je détestais laisser derrière moi un mystère non résolu ? Ca ne semblait pas être une raison suffisante.

Finalement, je pris une profonde inspiration et entrai dans la salle des urgences, à la vue de tous.

Quand Tyler me vit arriver, il recommença à parler, mais je mis un doigt sur mes lèves.

- Elle dort ? Murmurai-je.

Les paupières de Bella s'ouvrirent en grand et ses yeux se focalisèrent instantanément sur mon visage. Ils s'écarquillèrent un moment, puis se réduisirent en deux fentes soupçonneuses ou en colère. Je me rappelai qu'il fallait que je joue mon rôle, aussi lui souris-je comme si rien d'anormal ne s'était produit – mis à part un léger choc à la tête et un petit délire post-traumatique.

- Et, Edward, je suis désolé...commença-t-il

D'un geste de la main, je stoppai ses excuses.

- Il n'y a pas mort d'homme. Constatai-je d'un air désabusé en souriant un peu trop largement à ma petite plaisanterie personnelle.

Il était incroyablement facile d'ignorer Tyler, bien qu'il fut à seulement trois mètres de mois, et couvert de sang. Autrefois je n'avais jamais compris comment Carlisle y parvenait – ignorer le sang de ses patients pour les soigner. Après tout, n'était-il pas dangereux d'être en permanence tenté ? Mais à présent, je voyais. Si on se concentre sur quelque chose d'assez puissant, la tentation n'a plus d'atteinte sur vous.
Car même frais et à découvert, le sang de Tyler n'était rien comparé à celui de Bella.
Je restai à une distante sécurisante d'elle, m'asseyant au bord du matelas de Tyler.

- Alors, quel est le verdict ?

Sa lèvre inférieure se retroussa légèrement.

- Je n'ai rien, mais ils refusent de me relâcher. Explique-moi un peu pourquoi tu n'es pas ficelé à une civière comme nous ?

- Question de relation. Répondis-je avec légèreté. Mais ne t'inquiète pas, je me charge de ton évasion.

Je regardai prudemment sa réaction lorsque mon père entra dans la pièce. Ses yeux s'écarquillèrent et se retrouva bouche bée de surprise. Intérieurement, je grognai. Aucun doute possible, elle avait remarqué notre ressemblance.

- Alors, Mademoiselle Swan, demanda Carlisle, comment vous sentez-vous ?

Son charisme et ses manières avaient le don de détendre n'importe quel patient en une demi-seconde. Mais bien sûr, impossible de dire avec certitude si ce pouvoir affecta Bella.

- Je vais bien. Dit-elle calmement.

Carlisle accrocha ses radios au négatoscope près du lit.

- Vos radios sont bonnes. Vous avez mal à la tête ? D'après Edward, vous avez subit un sacré choc
- Tout est en ordre. Répéta-t-elle après un soupir

Une once d'impatience dans sa voix cette fois. Elle me jeta un regard noir. Carlisle s'approcha d'elle et fit courir presque tendrement ses doigts sur son cuir chevelu jusqu'à ce qu'il ait trouvé la bosse au sommet de son crâne.

Toutes mes défenses tombèrent devant la vague d'émotions qui m'assaillait.
Maintes fois j'ai eu l'occasion de voir Carlisle travailler avec des humains. Je lui ai même servis d'assistant, il y a des années – uniquement dans les situations où le sang n'était pas impliqué cependant. Ce n'était donc pas nouveau pour moi de le voir interagir avec cette fille comme s'il était aussi humain qu'elle. J'ai souvent envié sa maîtrise de soi, c'est vrai, mais jamais à ce point là. Cette fois c'était différent. C'était bien plus que son self-control que j'enviais chez lui. Je brûlais de faire disparaître cette différence entre Carlisle et moi – le fait qu'il puisse la toucher si tendrement, sans peur, sans craindre de la blesser...

Elle tressaillit, et je remuai sur le matelas où j'étais assis. Je dus me concentrer pendant un moment pour retrouver ma position décontractée.

- C'est douloureux ? Demanda Carlisle.

Son menton hocha d'un millimètre.

- Pas vraiment. Dit-elle.

Une autre pièce trouva sa place dans le puzzle de sa personnalité : elle était courageuse. Elle n'aimait pas montrer ses faiblesses.

C'était probablement la créature la plus vulnérable qu'il m'ait été donné de rencontrer, et elle ne voulait pas sembler faible. Un léger rire s'échappa de mes lèvres.

Elle me lança un autre regard courroucé.

- Bon, déclara Carlisle, votre père vous attend à côté. Vous pouvez rentrer. Mais n'hésitez pas à revenir si vous avez des vertiges ou des troubles de la vision.

Son père était donc là ? J'avais beau scanner les pensées de la foule qui avait envahit le hall, je n'arrivais pas à trouver sa voix avant que Bella ne se remette à parler, l'air anxieux.

- Je ne peux pas retourner au lycée ?
- Vous feriez mieux de vous reposer, aujourd'hui. Lui suggéra Carlisle.
- Et lui, il y retourne ? Enchaina-t-elle en me désignant du regard.

Agir normalement, arranger les choses...ignorer l'effet que ça fait quand elle me regarde dans les yeux...

- Il faut bien que quelqu'un annonce la bonne nouvelle de notre survie. Déclarai-je.
- En fait, me corrigea Carlisle, la plupart des élèves semblent avoir envahit les urgences.

Cette fois-ci, je pu anticiper sa réaction – son aversion envers les spots braquées sur elle. Je ne fus pas déçu.

- Oh, bon sang ! Grommela-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains

J'étais plutôt content d'avoir enfin réussi à deviner juste. Je commençai à la comprendre...

- Vous préférez rester ici ? Demanda Carlisle.
- Non, non ! S'empressa-t-elle de répliquer

Elle arracha ses jambes aux draps et sauta du lit, puis perdit l'équilibre et trébucha pour atterrir dans les bras de Carlisle qui s'empressa de la rattraper et de la remettre sur ses pieds.

Cette fois encore, un torrent de jalousie me dévora.

- Ca va. Dit elle avant qu'il n'ait pu commenter, et une délicieuse teinte rose colora ses joues.

Bien sûr, qu'elle rougisse ne posa pas le moindre problème à Carlisle. Il s'assura qu'elle avait retrouvé son équilibre et la lâcha.

- Prenez un peu d'aspirine si vous avez mal. Lui conseilla-t-il
- Ce n'est pas si affreux que ça.
- Il semble que vous ayez eu beaucoup de chance. Conclut-il dans un sourire en signant sa feuille de sorti

Elle tourna un peu la tête pour mon toiser

- A mettre sur le compte d'Edward la Chance.
- Ah oui...c'est vrai. Eluda Carlisle, percevant la même chose que moi dans son ton.

Elle n'avait pas encore mit ses soupçons sur le compte de l'imagination. Pas encore.
Je te la laisse. Pensa Carlisle. Fait ce qui te semblera le mieux.

- Merci, ça m'aide énormément. Murmurai-je rapidement.

Aucun humain ne m'entendit. A mon sarcasme, Carlisle étouffa un sourire alors qu'il se tournait vers Tyler.

- J'ai bien peur que vous ne deviez rester avec nous un peu plus longtemps. Dit-il en commençant à ausculter les coupures laissées par les éclats de verre.

Bon, je suppose qu'avec toute la pagaille que j'avais provoquée, il était logique que je dusse régler ça moi-même.
Bella marcha délibérément dans ma direction, ne s'arrêtant que lorsqu'elle était à une distance suffisamment inconfortable et gênante de moi. Je me souvins soudain comme j'avais souhaité avant tout ce grabuge qu'elle agisse ainsi...ce fut comme une parodie de mon vœu.

- Je peux te parler une minute ? Me siffla-t-elle.

Son haleine brûlante incendia mon visage et je dû reculer d'un pas. Son charme n'avait pas le moins du monde diminué, et continuait de faire sans cesse ressurgir en moi les plus viles pulsions, mes instincts les plus primaires lorsque j'étais près d'elle. Le venin inonda ma bouche et mes muscles se bandèrent, près à bondir – à l'emprisonner dans mes bras et à enfoncer mes dents dans sa gorge.

Mon esprit était plus fort que mon corps, mais c'était limite.

- Ton père t'attend. Lui rappelai-je en serrant les mâchoires.

Elle jeta un bref coup d'œil à Tyler et Carlisle. Si Tyler ne nous prêtait plus la moindre attention, Carlisle lui supervisait le moindre de mes soupir.

Prudence, Edward.

- J'aimerais avoir une petite discussion en privé, si tu veux bien. Insista-t-elle à voix basse.

Je voulu lui répondre qu'au contraire, je ne voulais pas du tout, mais je savais que je devais m'y résigner. Mieux valait se débarrasser de ce problème.

J'étais en proie à un véritable conflit intérieur tandis que sortis de la salle, écoutant sa démarche trébuchante, essayant de me calmer.

J'allais devoir jouer la comédie à présent. Je connaissais parfaitement mon rôle : je serais le méchant de l'histoire. J'allais lui mentir, la tourner en ridicule, être cruel.

Cela allait contre tous mes sentiments – des sentiments humains que j'avais refoulé pendant toutes ces années. Jamais de ma vie je n'avais autant désiré mériter la confiance d'autrui qu'à cet instant, et pourtant, j'étais sur le point de ruiner les quelques probabilités que ce fusse le cas qu'il me restait.

Le pire, c'était de savoir que ça risquait fort d'être le tout dernier souvenir qu'elle aurait de moi. C'était ma scène d'adieux.

Je me retournai et lui fis face.

- Alors ? Demandai-je froidement.

Elle eu un léger mouvement de recul devant mon hostilité. Ses yeux gagnèrent en profondeur, le regard ahuri, cette expression qui m'avait tant hantée...

- Tu me dois une explication. Dit-elle d'une petite voix, la peau d'ivoire pâlissant encore plus.

Il me fut difficile de garder un ton dur.

- Je t'ai sauvé la vie, je ne te dois rien du tout.

Elle tressaillit. Voire mes paroles la blesser semblait me brûler comme de l'acide.

- Tu as juré. Chuchota-t-elle.
- Bella, tu as pris un coup sur la tête, tu délires.
- Ma tête va très bien ! Riposta-t-elle en levant le menton.

A présent elle était en colère, bien, ça allait sûrement rendre les choses plus faciles pour moi. Je rencontrai son regard, et essayant de poser sur mon visage le masque le moins avenant.

- Que veux-tu de moi, Bella ?
- La vérité. Comprendre pourquoi tu me force à mentir.

Ce qu'elle me demandait là était totalement loyal et justifié, et ça me tuait de devoir le lui refuser.

- Mais qu'est-ce que tu vas imaginer ?

Ses mots coulèrent comme un torrent.

- Je suis sûre que tu n'étais absolument pas à côté de moi. Tyler ne t'a pas vu non plus, alors arrête de me raconter des bobards. Ce fourgon allait nous écraser tous les deux, et ça ne s'est pas produit. Tes mains ont laissées des marques dedans, et tu as aussi enfoncé l'autre voiture. Tu n'as pas une égratignure, le fourgon aurait dû m'écrabouiller les jambes mais tu l'as soulevé...

Soudain elle s'arrêta de parler et serra les dents en détournant le regard pour cacher ses yeux mouillé de larmes qu'elle refoulait.

Je gardai mes yeux vissés sur elle, le regard moqueur, alors qu'en réalité j'étais pétrifié d'effroi. Elle avait tout vu.

- Tu penses vraiment que j'ai réussi à soulever une voiture ? Demandai-je d'un ton sarcastique.

Elle acquiesça.

- Personne ne te croira, tu sais, continuai-je, la raillerie encore plus évidente dans ma voix.

Elle fit un effort pour contrôler sa colère. Lorsqu'elle me répondit, ce fut en articulant soigneusement chaque mot.

- Je n'ai pas l'intention de le crier sur les toits.

Elle le pensait – je pouvais le lire dans ses yeux. Même trahie et en colère, elle aurait gardé mon secret.

Pourquoi ?

Le choc détruisit en une seconde l'expression soigneusement étudiée que j'avais placée sur mon visage. Je dû reprendre contenance

- Dans ce cas, quelle importance ? Demandai-je, faisant un réel effort pour préserver la sévérité de ma voix.
- Pour moi ça en as. Dit-elle avec ferveur. Je n'aime pas mentir, alors tu as intérêt de me donner une bonne raison de le faire.

Elle me demandait de lui faire confiance. De la même manière que je voulais qu'elle me fasse confiance. Mais c'était malheureusement un chemin sur lequel je ne pouvais me permettre de m'aventurer.

- Pourquoi ne pas te contenter de me remercier et d'oublier tout ça ? Dis-je de la même voix insensible.
- Merci. Dit-elle, avant de fulminer en silence, attendant que je parle.
- Tu n'as pas l'intention de renoncer, hein ?
- Non
- Alors...

Je ne pouvais pas lui dire la vérité, même je le voulais...et je ne le voulais pas, d'ailleurs. Je préférais encore qu'elle s'invente sa propre histoire plutôt qu'elle sache ce que j'étais, car rien ne pouvait être pire que la vérité. J'étais un cauchemar vivant, sortit tout droit des film d'horreurs.

- ...Tu risque d'être déçue.

Nous nous fusillâmes du regard un moment. C'était étrange de voir combien son irritation était charmante. Comme un petit chaton en colère, complètement ignorant de sa propre vulnérabilité.
Ses joues rosirent et elle serra les dents une fois de plus.

- Pourquoi t'es-tu donné la peine de me sauver alors ?

Sa question n'était pas de celles auxquelles je m'étais préparé. Je perdu le fil de mon rôle. Mon masque glissa de mon visage et se brisa à mes pied, et cette fois je lui dis la vérité.

- Je ne sais pas.

Je photographiai mentalement son visage une dernière fois – ses trait reflétaient encore sa colère, et le sang n'avait pas encore fuis ses joues où il s'était réfugié – puis tourna les talons et m'éloigna d'elle. 



 
 
 
Chapitre 4    
 
 
 
Je retournai en cours. C'était la meilleure chose à faire, celle qui attirerait le moins les regards sur moi.    
Vers la fin de la journée, presque tous les autres élèves étaient également de retour au lycée. Seuls Tyler et Bella ainsi que quelques autres – qui avaient certainement dû profiter de l'accident pour sécher – furent notés absents. Il n'aurait pas du être si difficile pour moi d'agir pour le mieux. Pourtant, tout l'après midi, j'en étais à grincer des dents tellement je devais me faire violence pour ne pas sécher à mon tours – pour retrouver la fille.

Comme un traqueur. Un traqueur obsessionnel. Un vampire, traqueur obsessionnel.

Aujourd'hui l'école fut – était-ce possible ? – encore plus ennuyante qu'elle l'avait été il y a tout juste une semaine. Comme si j'étais dans le coma. Comme si les briques, les arbres, ciel et les visages autour de moi avaient perdus toute couleur....je me perdis dans la contemplation des fissures dans les murs.

Il y avait autre chose que j'aurais dû faire...et que je ne faisais pas. Bien sûr, c'était aussi quelque chose de mal. Tout dépendait du point de vue qu'on adoptait.

Du point de vue d'un Cullen – pas juste d'un vampire, mais d'un Cullen, un membre d'une famille, spécimen rare dans notre monde – la meilleure chose à faire aurait sûrement ressemblé à quelque chose de ce genre :

- Je suis étonné de vous voir en classe, Edward. J'ai appris que vous avez été impliqué dans ce terrible accident de ce matin.
- C'est en effet le cas, Mr Banner, mais j'étais le chanceux de l'histoire. (Sourire amical) Je n'ai pas du tout été blessé....j'aimerais pouvoir en dire autant de Tyler et de Bella.
- Comment vont-ils ?
- Je pense que Tyler s'en sortira...il n'a que des blessures superficielles dues aux éclats de verre. Je ne suis pas bien sûr de l'état de Bella. (Froncement de sourcil d'un air inquiet) Il est fort possible qu'elle ait un traumatisme crânien. J'ai entendu dire qu'elle a été plutôt incohérente pendant un moment – il semblerait même qu'elle ait été sujette à des hallucinations. Je sais que les médecins étaient inquiets...

Voilà comment ça aurait du se passer. Voilà mon devoir envers ma famille.

- Je suis étonné de vous voir en classe, Edward. J'ai appris que vous aviez été impliqué dans ce terrible accident de ce matin.
- Je n'ai pas été blessé. Pas de sourire.

M. Banner balança mon poids d'une jambe à l'autre, mal à l'aise.

- Vous avez une idée de l'état de Tyler Crowley et de Bella Swan. J'ai entendu qu'ils étaient blessés.
- Je ne vois pas comment je pourrais le savoir. Rétorquai-je avec un haussement d'épaules

M. Banner s'éclaircit la gorge.

- Heu...bon. Dit-il, et sa tension transparaissait clairement dans sa voix : ma froideur le rendait nerveux.

Il retourna à grand pas au tableau et commença sa lecture.

C'était la mauvaise chose à faire. Sauf si vous voyiez la situation sous un tout autre angle, plus obscure.

Il aurait juste été si...si peu chevaleresque de poignarder cette fille dans ses dos, particulièrement alors qu'elle se montrait bien plus digne de confiance que j'eu pu l'espérer. Elle n'avait absolument rien dit pour me trahir, alors qu'elle avait toute les raisons du monde de le faire. Pourquoi trahirai-je quelqu'un qui n'avais rien faire d'autre que garder mon secret ?

J'eu presque mot pour mot la même conversation avec Mme Goff – en Espagnol cette fois seulement – et Emmett me gratifia d'un long, long regard.

J'espère que tu as une bonne excuse pour ce qu'il s'est passé ce matin. Rose est sur le point de déclarer une guerre.

Je levai les yeux au ciel sans le regarder.

En fait, j'avais l'excuse parfaite pour ça. Supposons juste que je n'avais rien fait pour empêcher le fourgon d'écraser la fille...et cette simple pensée fit frissonner de dégoût. Mais si je n'avais rien fait, si elle avait été blessée, meurtrie, si elle s'était mise à saigner, si son fluide rouge s'était rependu sur le béton, si l'odeur de son sang frais avait envahit l'atmosphère...

Je frissonnai à nouveau, mais pas seulement d'horreur. Un part de moi était transi de désir. Non, je n'aurais pas été capable de la regarder se vider de son sang sans nous exposer d'une manière bien plus flagrante...et choquante.

Cela sonnait comme l'excuse parfaite...mais je n'avais pas l'intention de l'utiliser. J'avais trop honte. Et d'ailleurs, cette n'excuse ne m'était venue que bien longtemps après les faits.

Fait gaffe à Jasper, me prévint Emmett, sans se préoccuper de mes rêveries. Il n'est pas aussi en colère...mais il est bien plus déterminé...

Je vis clairement ce qu'il voulait dire par là, et pendant un moment les contours de la pièce se mirent à danser autour de moi. Ma rage était telle qu'un voile rouge m'obscurcissait la vision. J'étais sur le point d'exploser.

MAIS MERDE EDWARD ! RESSAISIS-TOI ! Hurla Emmett dans sa tête. Sa main s'abattit sur mon épaule, me maintenant sur ma chaise avant que je pus me lever d'un bond. Il n'utilisait que très rarement toutes ses forces – il en avait rarement besoin, étant donné qu'il était bien plus fort que n'importe lequel des vampires qui nous avait été donné de rencontrer – mais c'était pourtant ce qu'il faisait maintenant. Il agrippa mon bras, au lieu de m'enfoncer dans ma chaise. S'il avait agit ainsi...la chaise n'aurait pas résisté.

DU CALME ! M'ordonna-t-il.

J'essayais de me calmer, mais c'était difficile. La rage enfumait mon cerveau.

Jasper ne fera rien sans nous avoir concertés auparavant. Je me suis juste dit qu'il valait mieux pour toi que tu sache dans quel camp il est.

Je me concentrai pour me calmer, et sentit la main d'Emmett relâcher la pression.

Essaye d'arrêter de te donner en spectacle. Tu es déjà dans de sales draps, ce n'est pas la peine d'en rajouter.

Je pris une profonde inspiration et Emmett me lâcha.
Je regardai autour de moi, par habitude, mais notre confrontation avait été si calme et si silencieuse que seulement quelques personnes assises derrière Emmett avaient remarqué. Ils n'en avaient strictement rien à faire, et passèrent outre bien vite. Les Cullen étaient des monstres – ce n'était un scoop pour personne.

Putain, t'es irrécupérable comme gamin, tu le sais ? Ajouta Emmett avec sympathie.

- Va te faire mordre. Grommelai-je à voix basse, et j'entendis un petit rire discret.

Emmett ne supportait pas de faire quelque chose à contrecœur, et je devrais probablement me montrer un peu plus reconnaissant pour son caractère facile à vivre. Mais je pouvais clairement voir ce que les intentions de Jasper signifiaient pour Emmett, et qu'il considérait sans aucun problème que c'était ainsi que les choses devaient finir.

Ma rage bouillonnait en moi, et il était difficile de garder le contrôle. Certes, Emmett était plus fort que moi, mais il ne réussissait toujours pas à me battre à un match de lutte. Il avait beau clamer haut et fort que c'était parce que je trichais, mais lire dans les penser faisait tout autant partit de moi que son immense force faisait partit de lui. Nous nous battions toujours à armes égales.

Un combat ? Etait-ce là que cela devait mener ? Etais-je prêts à me battre contre ma famille pour une humaine que je connaissais à peine ?

Je méditais cela pendant un moment, mettant d'un côté la sensation de fragilité que j'avais ressentit lorsque je tenais son corps fêle dans mes bras, et d'un autre côté Jasper, Rose, Emmett : une force et une rapidité surnaturelle, des machines à tuer par nature.

Oui, je me battrais pour elle. Contre ma famille. Je tressaillis.

De toute façon il n'était pas juste de la laisser sans défense alors que j'étais celui qui l'avait mise en danger.

Mais je ne pouvais pas non plus gagner seul contre eux trois, et je me demandais quels seraient mes alliés.

Carlisle, sans aucun doute. Il ne se battrait peut-être pas, mais il ne serait pas d'accord avec le dessein de Rose et de Jasper. C'était ce dont j'avais le plus besoin. Je pouvais aussi entrevoir...

J'avais des doutes pour Esmée. Elle ne se battrait jamais contre moi, et elle aurait en horreur d'être en désaccord avec Carlisle, mais elle dirait amen à n'importe quel plan pourvu qu'il garde la famille intacte. Sa première priorité ne serait pas la droiture, mais moi. Si Carlisle était l'âme de cette famille, alors Esmée en était certainement le cœur. Il nous avait donné un leader qui méritait allégeance, elle avait fait de cette allégeance un acte d'amour. Nous nous aimions tous les uns les autres – même si pour l'instant tout ce que je ressentais pour Jasper et Rose se résumait à de la fureur, même si je projetais de me battre contre eux pour sauver cette fille, je savais que je les aimais.

Pour ce qui était d'Alice...je n'en avait pas la moindre idée. Tout dépendait probablement de ce qu'elle verrait venir. Je suppose qu'elle se mettrait du côté du vainqueur.

Donc, en définitive, il allait sûrement que je me débrouille tout seul. Je ne ferais surement pas le poids face à eux, mais je n'avais pas l'intention de laisser cette fille souffrir à cause de moi. Il allait sûrement falloir que je l'enlève...

Ma rage s'émoussa un peu par un élan soudain d'humour noir. Je pouvais aisément imaginer comment cette fille réagirait si je la kidnappais. C'est vrai, j'étais bien souvent à côté de la plaque lorsque je faisais des suppositions avec elle, mais pouvait-elle réellement réagir autrement que par la terreur ?

De toute manière, je n'étais même pas certain de pouvoir réussir cela – la kidnapper. Je ne serais sûrement pas capable de rester proche d'elle très longtemps. Peut-être devrais-je juste la rendre à sa mère. Mais même ça restait dangereux. Pour elle.

Dangereux pour moi également, réalisai-je soudainement. Si jamais je la tuais par accident...je n'étais pas certain de la peine que ça me ferait, mais je savais que ça couvrirait de nombreuses facettes tout en étant très intense.

L'heure passa à une vitesse incroyable tandis que je tentais de regarder la situation sous tous les angles : la discussion qui m'attendait à la maison, le conflit avec ma famille, et les mesures que je serais forcé de prendre après tout cela...

Et bien, je ne pouvais désormais plus me plaindre que ma vie était monotone, en dehors de ce lycée du moins. Bella avait changé tout cela.

Emmett et moi nous dirigeâmes silencieusement vers la voiture quand la sonnerie retentit. Il était inquiet à mon sujet, et aussi pour Rosalie. Il savait quel camp il allait devoir prendre dans cette querelle, et cela l'ennuyait.

Les autres attendaient dans la voiture, silencieux eux aussi. Nous formions un groupe très calme. La seule chose que je pouvais entendre était les pensées hurlant.

Espèce d'idiot lunatique ! Débile ! Crétin ! Sale égoïste de con irresponsable ! Rosalie garda tout le long du trajet un constant flot d'injures à la surface de son mental. Ce rendit plus difficile la lecture des autres esprits, mais je fis ce que je pus pour l'ignorer.

Emmett avait raison en ce qui concerne. Il était déterminé.

Alice était troublée, inquiète pour Jasper, à cause de ce qu'elle avait vu. Quelque soit les moyens mis en œuvre par Jasper pour arriver jusqu'à la fille, Alice me voyait toujours là, le bloquant. Intéressant...ni Rosalie ni Emmett n'intervenaient dans ses visions. Alors comme ça Jasper allait faire cavalier seul. Ca changeait tout

Jasper était de loin le meilleur combattant de nous tous. Mon unique avantage consistait en ce que je pouvoir prévoir ses déplacements avant qu'il les exécute.

Je n'ai jamais réellement combattu Jasper, ou Emmett – ce n'était jamais rien d'autre que du chahut. Le simple fait de m'imaginer en train de le blesser me rendait malade.

Non. Non, pas ça. Je le bloquerais. C'était tout.

Je me concentrai sur Alice, mémorisant les différents plans d'attaque de Jasper. Mais à l'instant où je pris cette résolution, ses visions se déplacèrent, s'éloignant de plus en plus de la maison des Swan. Elle prévoyait que je lui couperais la route plus tôt.

Arrête Edward ! Ca ne peut pas se passer ainsi. Je ne le permettrais pas.

Je ne répondis pas, mais continuai à scruter ses visions.

Elle commençait à chercher plus loin, dans le royaume brumeux et incertain des possibilités lointaines. Tout n'était qu'ombres et flou indistinct.

Tout le long du trajet de retour, le silence pesant n'en démordit pas. Je me garai dans le vaste garage familial. On y trouvait la Mercedes de Carlisle, à côté de la grosse Jeep d'Emmett, de la M3 de Rose et de ma Vanquish. J'étais content que Carlisle soit déjà rentré – ce silence risquait fort d'exploser, et je voulais qu'il soit là lorsque ça arriverait.

Nous allâmes directement dans la salle à manger.

Cette pièce n'était, évidemment, jamais utilisée pour son rôle initial. Elle était pourtant meublé avec une longue table en acajou et cernée de chaise. Nous étions très scrupuleux de respecter les usages, que tout soit à sa place pour mieux tromper les évidences. Carlisle aimait utiliser cette pièce comme salle de conférence. Dans un groupe constitué de tant de fortes personnalités, il était nécessaire de poser les choses calmement, de s'asseoir et de discuter.

J'avais pourtant le pressentiment que cette petite réunion n'allait pas aider aujourd'hui.

Carlisle s'assit à sa place habituelle, à l'extrémité est de la pièce. Esmée était à côté de lui, et leur main jointe étaient bien visibles, en bout de table.

Les yeux d'Esmée étaient sur moi, leurs profondeurs dorées pleine de sincère inquiétude.

Reste. Etait sa seule pensée.

Je souhaitais de tout mon cœur pouvoir sourire à cette femme que je considérais depuis des décennies comme ma mère, mais je ne pouvais me permettre de me rassurer pour l'instant.

Je m'assis de l'autre côté de Carlisle. Esmée passa sa main libre autour de lui pour pouvoir la poser sur mon épaule. Elle s'encra dans mon regard, sa jamais le quitter.

Emmett s'assit à côté d'elle ses pensées toutes aussi empreintes d'ironie que son visage.

Jasper hésita, puis alla s'adosser au mur à côté de Rosalie. Il était décidé, quelque soit ce qui sortirait de la discussion qui allait suivre. Mes mâchoires se verrouillèrent.

Alice fut la dernière à entrer, et ses yeux étaient concentrés sur quelque chose loin dans le future, trop indistinct pour qu'elle puisse l'utiliser. Sans sembler y penser, elle s'assit près d'Esmée. Elle massa ses tempes comme si elle avait une migraine. Jasper devint mal à l'aise et se demanda s'il ne devait pas la rejoindre, mais il ne bougea pas.

Je pris une profonde inspiration. C'était à moi de commencer – je devais parler le premier.

- Je suis vraiment désolé. Dis-je, regardant tout d'abord Rose, puis Jasper et enfin Emmett. Je n'avais pas l'intention de vous faire courir le moindre risque. C'était irréfléchi, et je prends l'entière responsabilité de ce qui a été fait.
- Quesque tu veux dire par « que prends l'entière responsabilité » ? Répliqua Rosalie en me toisant d'un œil torve. Tu as l'intention d'arranger les choses ?
- Pas dans le sens où tu l'entends. Répondis-je, faisant un effort pour garder ma voix égale et calme. Je consens à partir sur-le-champ si ça peut aider

Si j'ai la pleine certitude qu'il ne sera fait aucun mal à la fille, si j'ai la pleine certitude qu'aucun d'entre vous ne lèverons la main sur elle. Nuançai-je dans ma tête.

- Non. Murmura Esmée. Non, Edward.
- C'est juste l'histoire de quelques années. La consolai-je en lui tapotant la main.
- Mais Esmée a raison. Dit Emmett. Tu ne peux aller nulle part maintenant. Ca serait le contraire d'aider. Nous avons besoin de savoir ce que les gens pensent, plus que jamais.
- Alice intercepterai tout évènement majeur.

Carlisle secoua sa tête.

- Je pense qu'Emmett a raison, Edward. Cette fille parlera plus facilement si tu n'es plus dans les parages. Soit nous partons tous, soit nous restons tous.
- Elle ne dira rien. Insistai-je vivement.

Rose était sur le point d'exploser, et je voulais qu'avant que ça se produise je puisse mettre en valeur ce fait.

- Tu ne peux pas lire dans ses pensées. Me rappela Carlisle
- Je le sais. Alice, soutient moi !

Alice me lança un regard las.

- Je ne peux pas voir ce qu'il va venir si on se contente de faire comme si rien ne s'était passé. Dit-elle en lançant un regard à Rose et Jasper.

Non, elle ne pouvait voir ce future – pas tant que Rosalie et Jasper ne s'étaient décidés à ignorer l'incident.

La paume de Rosalie s'abattit violement sur la table de bois.

- Nous ne pouvons nous permettre de donner la moindre chance à cette humaine de parler. Carlisle tu dois savoir ça. Même si nous décidons de disparaître, laisser des rumeurs derrières nous n'est pas bon. Nous vivons déjà si différemment du reste de notre race – tu sais qu'il y a ceux qui n'attendent qu'une excuse pour nous montrer du doigt. Nous devons être plus prudent que quiconque d'autre !
- Nous avons déjà laissé des rumeurs derrière nous. Lui rappelai-je
- Juste des rumeurs et des soupçons, Edward. Pas des témoins oculaires et des preuves !
- Des preuves ! Lançai-je d'un ton dubitatif.

Mais Jasper acquiesçai, le regard glacial.

- Rose...
- Laisse-moi finir Carlisle. On n'a pas besoin de faire dans le grand spectacle. Cette fille s'est cognée la tête aujourd'hui. Alors peut-être que son traumatisme était plus grave qu'on le croyait. Continua-t-elle en haussant les épaules. Tous les mortels vont se coucher en prenant le risque de ne jamais se réveiller. Les autres attendent de nous que nous nettoyions ça nous même. Techniquement, c'est le boulot d'Edward, mais c'est manifestement au dessus de ses forces. Tu sais que je suis capable de me contrôler. Je ne laisserai aucun indice derrière moi.
- Oui, grondai-je, Rosalie nous connaissons tous parfaitement tes talents d'assassin.

Elle feula dans ma direction, furieuse.

- Edward, s'il te plait. Dis Carlisle, puis il ajouta, se tournant vers Rosalie : Rosalie, j'ai donné mon accord pour ce qu'il s'est passé à Rochester parce que j'avais le sentiment que tu méritais de te faire justice. L'homme que tu as tué t'avait infligé un traitement monstrueux. Ce n'est pas la même situation. La fille Swan est un innocent.
- Ce n'est pas personnel, Carlisle. Dit Rosalie entre ses dents. C'est pour notre protection à tous.


Il y eu un bref instant de silence durant lequel Carlisle pensa à ce qu'il allait répondre. Lorsqu'il hocha la tête pensivement, les yeux de Rosalie s'allumèrent. Elle n'aurait pas dû s'y laisser tromper. Même si je n'avais pas été capable de lire dans ses pensées, je pouvais d'ors et déjà anticiper ce qu'il allait dire. Carlisle ne faisait jamais de compromis avec ses principes.

- Je sais que tu as de bonnes intentions Rosalie, mais...j'aimerais vraiment que notre famille fonde sa protection sur des principes. Les...accidents occasionnels et les défaillances de notre maitrise de soi est une regrettable partie de ce que nous somme.

C'était tout lui ça : s'inclure dans le pluriel alors que lui-même n'a jamais commis de faux pas.

- Néanmoins, continua-t-il, assassiner un enfant innocent de sang froid me paraît une toute autre chose. Je pense que le risque qu'elle représente, qu'elle fasse part de ses soupçons à un tiers ou non, n'est rien à côté d'un risque encore plus grand. Si nous commençons à faire des concessions pour notre propre protection, nous risquons bien pire que le qu'en-dira-t-on. Nous risquons de perdre de vue ce que nous sommes, qui nous sommes, notre essence.

Je surveillai prudemment mon expression. Je ne voulais pas qu'on me surprenne en train d'afficher un large sourire. Ou en train d'applaudir, puisque c'était ce dont j'avais le plus envie pour le moment.

Rosalie se refrogna

- C'est juste une preuve de responsabilité
- Non, corrigea calmement Carlisle, c'est une preuve d'insensibilité. Chaque vie est précieuse.

Rosalie soupira lourdement et sa lèvre inférieure partit en avant. Emmett lui tapota l'épaule.

- Tout ira bien Rose. L'encouragea-t-il à voix basse.
- La question est donc : continua Carlisle, devons-nous partir ou pas ?
- Non. Gémit Rosalie. On vient à peine de s'installer. Je ne veux pas encore recommencer la Terminale.
- Evidemment, vous n'êtes pas obliger de changer d'âge. Précisa Carlisle.
- Pourquoi partir si vite ?

Carlisle haussa les épaules.

- J'aime cet endroit ! S'écria-t-elle. Avec si peu de soleil, on peu presque vivre normalement !
- Et bien, rien ne nous force à prendre une décision aujourd'hui. Nous pouvons attendre de voir si c'est vraiment nécessaire. Edward semble certain que la fille Swan tiendra sa langue.

Rosalie émit un rire septique.

Mais je ne me préoccupais plus de Rose désormais. Je pouvais clairement voir qu'elle se soumettrait à la décision de Carlisle, peu importait combien cela la rendait furieuse. Ils commencèrent à aborder des points de détails peu importants.

Jasper ne semblait pas ému le moins du monde.

Je comprenais pourquoi. Avant que lui et Alice ne se rencontrent, il avait vécu dans une zone de combats, un théâtre de la guerre. Il savait ce qu'il arrivait lorsqu'on faisait fit des règles. Il avait vu les sinistres conséquences de ses propres yeux.
Cela expliquait pourquoi il n'utilisait pas ses pouvoirs pour calmer Rosalie, ni pour l'exciter encore plus. Il se plaçait au dessus de cette conversation, il la surplombait.

- Jasper. Dis-je.

Il rencontra mon regard, le visage dénué d'expression.

- Elle ne payera pas pour mes erreurs. Je ne le permettrais pas.
- Elle en a bénéficié largement, de cette erreur, non ? Elle aurait dû mourir ce mati, Edward. Je ne ferais rien d'autre que remettre les choses à leurs places.

Je répétai, soulignant chaque mot.

- Je ne le permettrais pas.

Il haussa les sourcils. Il ne s'attendait pas à ça – que je me mette en tête de l'arrêter.

- Je ne laisserais par Alice courir le moindre danger, dit-il en secouant la tête. Même un tout petit danger. Tu ne ressens pour personne ce que je ressens pour elle, Edward, et tu n'as pas eu à endurer ce que j'ai enduré, que tu ai vu mes souvenirs ou pas. Tu ne comprends pas.
- Je ne contredis pas cela, Jasper. Tout ce que je te dis, c'est que je ne te laisserais pas toucher à un seul des cheveux d'Isabella Swan.

Nous nous dévisageâmes mutuellement –sans nous toiser, nous nous contentions de sonder les intentions de l'autre. Je le sentis goûter l'arome de mon humeur autour de moi, pour tester ma détermination.

- Jazz. Nous interrompit Alice.

Il soutint mon regard un instant de plus, avant de tourner les yeux vers elle.

- Ne me dis pas que tu peux te défendre seule, Alice. Je sais déjà cela. Cependant j'ai bien l'intention de...
- Ce n'était pas ce que je voulais te dire. L'interrompit Alice. Je voulais te demander une faveur.

Je vis ce qu'elle avait dans la tête, et ma bouche tomba béante de stupeur avec un halètement parfaitement audible. Je la fixai, choqué, vaguement conscient que tout ce monde en dehors d'Alice et de Jasper me dévisageai prudemment.

- Je sais que tu m'aimes. Merci. Mais j'apprécierais sincèrement que tu n'essaies pas de tuer Bella. Premièrement, parce qu'Edward est sérieux et que je ne veux pas que vous vous battiez. Deuxièmement, elle est mon amie. Du moins, elle va le devenir.

C'était clair comme de l'eau de roche dans son esprit : Alice, tout sourire, avec son bras blanc et glacé autour des épaules frêles et chaudes de la fille. Et Bella, souriante également, son bras glissé autour de la taille d'Alice.

Cette vision était solide comme du roc, ce n'était plus qu'une question de temps.

- Mais...Alice...haleta Jasper.

Je ne réussi pas à tourner ma tête pour voir la tête qu'il faisait. Je ne pouvais tout simplement pas m'arracher cette image dans la tête d'Alice.

- Je vais finir par l'aimer, Jazz. Et je crois que je t'en voudrais vraiment beaucoup si tu empêchais ça.

J'étais toujours verrouillé sur l'esprit d'Alice. Je vis le futur miroiter tandis que les résolutions de Jasper s'amoindrissaient face à sa requête inattendue.

- Ah soupira-t-elle – son indécision éclaircissait un futur nouveau. Tu vois ? Bella ne va rien dire du tout. Il n'y a vraiment aucun souci à se faire.

Cette manière qu'elle avait de prononcer son nom...comme si elles étaient déjà des amies intimes...

- Alice ! M'étranglai-je soudain. Qu'est-ce que...est-ce que... ?
- Je t'ai dis que des changements étaient en train de survenir. Je...je ne sais pas Edward.

Mais elle serra ses mâchoires, et je sus qu'il y avait plus que ça. Elle essayait de ne pas y penser ; elle se concentra soudain de toutes ses forces sur Jasper, alors qu'il était trop choqué pour avoir pu progresser un tant soi peu dans sa prise de décision.

Elle faisait ça parfois...quand elle essayait de me cacher quelque chose.

- Qu'est-ce qu'il y a Alice ? Qu'est-ce que tu caches ?

J'entendis Emmett grogner. Il était toujours frustré lorsqu'Alice et moi avions ce genre de conversation.

Elle secoua sa tête, essayant de toutes ses forces de m'empêcher d'y entrer.

- Est-ce que c'est à propos de la fille ? Demandai-je. Est-ce que c'est à propos de Bella ?

Ses dents grinçaient tant elle était concentrée, mais à l'instant même où je prononçais le nom de Bella, elle baissa sa garde. Un faux pas qui ne dura qu'une fraction de seconde, mais c'était déjà bien assez long.

- NON ! Hurlai-je.

J'entendis ma chaise heurter le sol, et c'est à ce moment là seulement que je réalisai que j'étais débout.

- Edward !

Carlisle avait également bondit de sa chaise, son bras sur mon épaule, c'était à peine si je me rendais compte de sa présence.

- Ca se précise. Chuchota Alice. Tu es plus décidé à chaque minute. Il n'y a que deux chemins qui s'ouvrent à elles. C'est soit d'un soit l'autre Edward.

Je pouvais voire ce qu'elle avait vu...mais je ne pouvais l'accepter.

- Non. Répétai-je ; mais mon dénie était sans consistance. Mes jambes se dérobèrent et je dû me tenir à la table.
- Est-ce que quelqu'un pourrait avoir l'obligeance de nous expliquer ce qu'il se passe ? Se plaignit Emmett.
- Je dois partir. Murmurai-je à Alice, l'ignorant.
- Edward, on en a déjà parlé. Répondit Emmett lourdement. C'est le meilleur moyen de faire parler la fille. Et en plus, si tu te casse, on ne saura jamais avec certitude si elle a parlé ou pas. Il faut que tu reste un point c'est tout.
- Je ne te vois aller nulle par, Edward. Me dit Alice. D'ailleurs je ne pense pas que tu en sois capable. Imagine ce que ce serait. Ajouta-t-elle dans sa tête. Imagine-toi la quitter.

Je compris ce qu'elle voulait dire. Oui, la simple idée de ne jamais revoir cette fille était...douloureux. Mais c'était également nécessaire. Si je restais je la condamnais.

Et puis je ne suis pas bien sûre de Jasper, Edward, continua-t-elle. Si tu t'en va, si jamais il pense qu'elle représente un danger...

- Ce n'est pas ce que j'entends. La contredis-je, seulement à moitié conscient de notre public.

Jasper était hésitant. Il ne ferait rien qui pourrait risquer de blesser Alice.

Pas pour l'instant. Vas-tu risquer sa vie ? Tu veux vraiment la laisser sans défense ?

- Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? Gémis-je, ma tête tombant entre mes mains.

Je ne pouvais pas protéger Bella. J'en étais incapable. Les visions d'Alice n'étaient-elles pas des preuves suffisantes ?

Je l'aime aussi, tu sais. Ou du moins ça va venir. Ce n'est peut-être rien en comparaison de ce que tu ressens pour elle, mais je veux aussi qu'elle s'en sorte.

- Comment ça tu l'aime aussi ? Haletai-je, incrédule.

Elle soupira. Edward, tu es aveugle ou quoi ? Tu ne vois donc pas sur quel chemin tu t'es engagé ? Tu ne vois donc pas dans quel état tu es déjà maintenant ? C'est au moins aussi inévitable que le soleil se lève à l'est ! Regarde un peu ce que je vois...

- Non. Assénai-je en secouant la tête, horrifié.

J'essayai de me fermer aux visions qu'elle m'imposait.

- Rien ne m'y oblige. Je partirai. Je changerai le futur.
- Tu peux toujours essayer. Dit-elle d'un ton septique.
- Bon vous m'expliquez là ?! Mugit Emmett
- Ecoute un peu, lui siffla Rosalie. Alice l'a vu s'éprendre d'une humaine ! Oh, Edward, un grand classique !

Elle fit semblant de s'étouffer.
Je l'entendais à peine.

- Quoi ? S'étrangla Emmett, venant de comprendre, avant d'exploser d'un rire qui ricocha en échos dans toute la pièce. C'est vraiment ce qui va arriver ? (nouveau rire) C'est pas vrai Edward, t'as vraiment besoin de repos.

Je sentis sa main sur mon épaule, et je la dégageai distraitement. J'étais tout simplement incapable de lui prêter attention.

- S'éprendre d'une humaine. Répéta Esmée, abasourdie. De la fille qu'il a sauvée aujourd'hui ? Tomber amoureux d'elle ?
- Alice, dis-nous ce que tu as vu exactement. Demanda Jasper.

Elle se tourna face à lui ; je continuai à fixer son profil, transi de stupeur.

- Tout dépend de s'il est assez fort ou pas. Soit il la tue lui-même (elle se tourna vers moi pour me lancer un regard désapprobateur). Ce qui m'irriterait au plus au point, Edward, sans compter la peine que ça te ferait à toi. Elle se tourna à nouveau vers Jasper et ajouta : soit elle deviendra l'un des nôtres un jour.

Il y eu une exclamation étouffée ; je ne tournai pas la tête pour savoir d'où elle venait.

- Je ne laisserais pas cela arriver ! Hurlai-je à nouveau. Jamais !

Mais Alice semblait ne pas m'entendre.

- Tout dépend de sa force. Répéta-t-elle. Il est peut-être assez fort pour ne pas la tuer – mais ça va être juste. Ca va lui demander une maitrise de soi exemplaire. Elle médita un instant avant de continuer : Peut-être même qu'il lui faudra se montrer encore plus fort que Carlisle. Peut-être qu'il est assez fort...En fait la seule chose dont il n'est pas capable c'est la quitter. Une vraie cause perdue !

J'étais incapable de parler. Comme tout le monde. La pièce était parfaitement immobile.

Je fixais Alice, mais je savais que tous les regards étaient posés sur moi. Je pouvais voir mon air horrifié sous cinq angles différents.

Après un long moment, Carlisle soupira.

- Et bien, voilà qui...complique les choses.
- J'allais le dire. Confirma Emmett

Sa voix était proche du rire. Faites confiance à Emmett pour trouver quelque chose de drôle dans la destruction de ma vie.

- Je suppose que le plan reste le même, de toute manière. Ajouta Carlisle pensivement. Nous restons, et observons. Evidemment, personne ne...fera de mal à la fille.

Je me raidis.

- Je suis d'accord. Dis Jasper calmement. Si Alice ne voit que deux solutions....
- NON ! Criai-je, en ce qui s'apparentait à la fois à un hurlement, un grognement et un gémissement de désespoir. Non...

Il fallait que je m'en aille, que je fuie cette pièce pleine de leurs pensées. Le dégoût de Rosalie, l'humour d'Emmett, L'éternelle patience de Carlisle...

Pire : L'assurance d'Alice. La confiance de Jasper en cette assurance.
Pire que tout : la joie d'Esmée.

Je sortis de la pièce à grands pas. Esmée me toucha le bras quand je passais devant elle, mais je n'eu pas conscience de son geste.

J'étais déjà en train de courir avant même que je sois sorti de la maison. Je traversai la rivière d'un bond, et couru à travers la forêt. La pluie était de retour, tombant à flots si intenses que je fus trempé en quelques minutes. J'aimais les rideaux épais de pluie – ils étaient des murs entre moi et le reste du monde, où je pouvais m'isoler, être seul.

Je courrai en direction de l'est, par et à travers les montagnes sans réfréner ma course, jusqu'à ce que je pus distinguer les lumières de Seattle sur l'autre rive. Je m'arrêtais avant de franchir la frontière de la civilisation humaine.

Fouetté par la pluie, tout seul, je me forçai enfin à voire la réalité en face, combien mon acte avait influencé l'avenir.

Tout d'abord, la vision d'Alice, bras dessus bras dessous avec la fille – la confiance et l'amitié était si évidente dans cette image. Les yeux de Bella d'un chocolat profond n'était plus abasourdis dans cette vision, mais toujours aussi pleins de secrets – d'heureux secrets. Le bras gelé d'Alice ne semblait pas lui poser de problème.

Qu'est-ce que ça signifiait ? Combien en savait-elle ? Dans cet instant immobile venu du futur, que pensait-elle de moi ?

Puis, cette deuxième image, si similaire, et pourtant si horrifiante. Alice et Bella, s'enlaçant encore dans la même amitié intime. Seulement à présent, il n'y avait plus aucune différence entre leurs bras : les deux étaient blancs, lisse comme du marbre, dur comme de l'acier. Les yeux de Bella avaient perdus leur couleur chocolat. Leurs iris arboraient un rouge criard, choquant. Les secrets en eux étaient insondables : résignation ou désolation ? Il était impossible de le dire. Son visage était froid et immortel.

Je frissonnai. Je ne pouvais m'empêcher de me poser les mêmes questions : Qu'est-ce que cela signifiait ? Comment cela a-t-il pu arriver ? Et que pense-t-elle de moi à ce moment là ?

Je pouvais répondre à cette dernière question. Si je la contraignais à me suivre dans cette demi-vie par faiblesse et égoïsme, il était certain qu'elle me haïrait.

Mais il restait une autre image – la pire image qui ne se soit jamais imposée dans ma tête.

Mes propres yeux, d'un écarlate profond à cause du sang humain, les yeux du monstre. Le corps brisé de Bella dans mes bras, blanc comme de la cendre, vidé de son sang, privé de sa vie. C'était si concret, si clair.

Je ne pouvais supporter une telle vision. C'était trop pour moi. J'essayais de la bannir de mon esprit, de voir autre chose, n'importe quoi d'autre. Essayer de revoir son visage, bien vivant, avec cette expression abasourdie qui m'avait obsédée durant le dernier chapitre de mon existence. En vain.

Les visions lugubres d'Alice défilèrent dans ma tête, et je me tordis d'agonie intérieurement. Et durant tout ce temps, le monstre en moi débordait de joie, jubilant d'avance du plaisir de sa satisfaction. Ce me rendait malade.

On ne pouvait pas permettre à cela d'arriver. Il ne devait y avoir un moyen de changer le futur. Je ne laisserais pas les visions d'Alice diriger ma vie. Je pouvais choisir une voie différente. On a toujours le choix.

Il le faut. 



 
 
 
Chapitre 5    
 
 
 
Le lycée.    
Plus question d'appeler cela le purgatoire, à présent c'était carrément l'enfer. Feu et tourments...oui, j'avais droit aux deux. Je faisais exactement tout ce que j'étais supposé faire. J'avais mis tous les points sur tous les « i ». Plus personne ne pouvait s'aventurer à dire que je manquais à mon devoir désormais.
Pour faire plaisir à Esmée et pour protéger les autres, je restai à Forks. Je replongeai dans ma vieille routine. Je ne chassais pas plus que les autres. Chaque jours, je patientais sagement au lycée et faisais semblant d'être humain. Chaque jour, j'étais à l'affut de la moindre nouveauté à propos des Cullen dans les esprits des élèves – et il n'y avait jamais rien de nouveau. La fille n'avait fait part de ses soupçons à personne. Elle se contentait de répéter inlassablement la même histoire – j'étais juste à côté d'elle et je l'ai poussé de la trajectoire du van - jusqu'à lasser ses plus acharné qui finir par tout simplement arrêter de la harceler. Il n'y avait aucun danger. Mon impulsion n'avait fait de mal à personne.

Uniquement à moi-même.

J'étais déterminé à changer le futur. Ce n'était pas une tâche facile à réaliser tout seul, certes, mais je n'avais pas le choix.

Alice soutenait que je ne serais pas assez fort pour m'éloigner d'elle. J'allais lui prouver le contraire.

Je pensais que le premier jour serait le plus dur à passer. A la fin de celui-ci, j'en étais certain. Je me trompais, cependant.

J'étais réticent, sachant que j'allais la blesser. Je me consolai en me disant que la peine qu'elle ressentirait ne serait qu'une chiquenaude – rien d'autre que la légère sensation d'être rejetée – en comparaison de la mienne. Bella était humaine, et elle savait que j'étais quelque chose d'autre, quelque chose de maléfique, quelque chose d'effrayant. Elle allait sûrement se sentir plus soulagée qu'autre chose en me voyant me détourner d'elle et prétendre qu'elle n'existait pas.

- Bonjour, Edward. Me salua-t-elle, ce premier jour en cour de biologie.

Sa voix avait été amicale, agréable, bref à cent quatre-vingts degrés du ton de notre dernière conversation.

Pourquoi ? Pourquoi ce brusque changement ? Avait-elle oublié ? Avait-elle mis l'épisode complet sur le compte de son imagination ? Se pouvait-elle réellement qu'elle m'ait pardonné pour ne pas avoir tenu ma promesse ?

Ces questions m'avaient brulée comme la soif qui m'attaquait à chaque fois que je respirais. Un seul instant, la regarder dans les yeux. Juste histoire de voir si je pouvais y trouver quelques réponses...

Non. Je ne pouvais même pas me permettre cela. Pas si je voulais changer le futur. J'avais tourné le menton d'un millimètre dans sa direction sans quitter le tableau des yeux. J'avais légèrement opiné, avant de reprendre ma position initiale.

Elle ne m'adressa plus jamais la parole.

Le soir, aussitôt que les cours s'étaient terminés, une fois que j'avais joué mon rôle, je couru jusqu'à Seattle comme je l'avais fais la veille. La douleur semblait un peu plus supportable quand je volais à travers les montagnes, que tout autour de moi se fondait en une tâche verte et floue.

Cette course devint mon habitude quotidienne.

Etais-je amoureux d'elle ? Je ne pensais pas. Pas encore. Les visions passagères d'Alice étaient toutes focalisées sur moi, cependant, et je pouvais voir combien il me serait aisé de tomber amoureux de Bella. Exactement comme tomber : sans effort. M'interdire de l'aime était l'opposé d'une chute – c'était comme me hisser jusqu'au sommet d'une falaise, prise après prise, la tâche aussi harassante que si je n'avais eu qu'une force humaine.

Plus d'un mois passa, chaque jour plus dur que le précédent. Cela n'avais d'ailleurs pas le moindre sens pour moi – je m'attendais à voir mes efforts pour m'éloigner d'elle diminuer, je m'attendais à ce que ça devienne plus facile au bout d'un moment. C'était sûrement ce qu'Alice sous-entendait en prédisant que je serais incapable de me tenir éloigné d'elle. Elle avait vu l'escalade de ma douleur. Mais je pouvais supporter la douleur.

Je n'allais pas détruire le futur de Bella. Si mon destin était de l'aimer, alors l'éviter n'était-il pas le moins que je puisse faire ?

Cependant, l'éviter se trouvais à la limite de mes possibilités. Je pouvais faire semblant de l'ignorer, et ne jamais la regarder. Je pouvais prétendre qu'elle ne m'intéressait pas. Mais ça se limitait à ça : des faux-semblants, pas de réalité.

J'étais toujours pendu à ses soupirs, au moindre mot qui s'échappait de ses lèvres.

Je classai mes tourments en quatre catégories.

Les deux premières m'étaient familières. Son parfum et son silence. Ou, plutôt – pour mettre le blâme là où il devait être, c'est-à-dire sur moi – ma soif et ma curiosité.

La soif était de loin le plus primaire de mes tourments. J'étais à présents totalement habitué à ne pas respirer du tout en biologie. Bien évidemment, il y avait toujours des exceptions – quand j'avais à répondre à une question par exemple, et que j'étais à cour d'air pour parler. A chaque fois que je goutais l'air autour de la fille, c'était exactement comme au premier jour – le feu et le besoin aussi brutal que désespéré de me libérer. Il était difficile de rester capable de réfléchir ou de restreindre mes mouvements dans ce cas. Et, tout comme au premier jour, le monstre en moi voulais rugir, si proche de la surface...

La curiosité était le plus constant de ses tourments. La question ne quittait jamais mon esprit : A quoi pense-t-elle maintenant ? Quand je l'entendais pousser un léger soupir. Quand elle enroulait distraitement une mèche de ses cheveux autour de son doigt. Quand elle posait ses livres sur la paillasse avec un peu plus de force que d'habitude. Quand elle se ruait en cours, en retard. Quand elle tapait nerveusement du pied par terre. Chaque petit mouvement perçut par ma vision périphérique étaient des énigmes destinées à me rendre fou. Quand elle parlait aux autres élèves, j'analysais chacun de ses mots et le ton qu'elle utilisait. Disait-elle ce qu'elle pensait ou ce qu'elle pensait devoir dire ? Il me semblait bien souvent qu'elle essayait de dire ce que son interlocuteur voulait entendre, et cela me rappelait l'illusion quotidienne à laquelle ma famille et moi nous nous prêtions – nous étions d'ailleurs bien meilleurs qu'elle à ce petit jeu. A moins que je ne me trompe, peut-être que je m'imaginais juste des choses. Après tout, pourquoi jouerait-elle un rôle ? Elle était l'un des leurs – une adolescente humaine.

Mike Newton était le plus surprenant de mes tourments. Qui aurait pu suspecter qu'un mortel aussi banal qu'ennuyeux puisse se révéler aussi agaçant ? Pour être loyal, il m'aurait fallu montrer un peu de gratitude envers ce garçon : plus que quiconque, il faisait parler la fille. J'en apprenais tant sur elle par le biais de leurs conversations – je composais toujours ma liste – mais au contraire, l'assistance de Mike ne faisait qu'aggraver mon cas. Je ne voulais pas que Mike soit celui qui lui tire ses secrets. Je voulais que ce soit moi.

Ca aidait un peu qu'il ne remarque jamais ses petites révélations, ses légers faux-pas. Il ne savait rien d'elle. Il s'était crée de toutes pièces une Bella qui n'existait pas – une fille aussi banale que lui. Il n'avait pas vu l'altruisme et la bravoure qui la différenciait des autres humains, il ne percevait pas l'incroyable maturité de ses paroles. Il ne voyait pas que lorsqu'elle parlait de sa mère, on dirait un parent parlant de son enfant plutôt que l'inverse – aimante, indulgente, un peu amusée, et férocement protectrice. Il n'entendait pas la patience dans sa voix quand elle faisait semblant de s'intéresser à ses histoires ennuyantes, et n'avait pas la moindre idée de la gentillesse derrière cette patience.

Toutes ces conversations avec Mike me permirent d'ajouter l'élément le plus important de ma liste de ses qualités, le plus révélateur de tous, aussi simple qu'il était rare. Bella était doté d'une grande bonté. Tous les autres éléments rejoignaient parfaitement ce dernier – gentille, modeste, altruiste, adorable, aimante et courageuse. Sa bonté traversait toutes les facettes de sa personnalité.

Ces découvertes encourageantes ne heurtèrent pas l'esprit du garçon, pourtant. Cette vision possessive qu'il avait de Bella – comme si elle était un objet qu'on acquiert – me provoquait presque autant que les fantasmes obscènes qu'il avait à son sujet. Il gagnait en assurance, également, le temps passant, persuadé que Bella le préférait lui à tous ceux qu'il considérait comme ses rivaux – Tyler Crowley, Eric Yorkie, et même, à la rigueur, moi-même. Il avait prit l'habitude de s'assoir sur son côté de notre table avant que le cours ne débute, discutant avec elle, encouragé par ses sourires. Rien que des sourires polis, me persuadais-je. De la même manière, je m'amusais souvent à m'imaginer l'envoyer voler à l'autre bout de la pièce pour qu'il aille s'écraser sur le mur...ça n'allait pas probablement pas le blesser mortellement...

Mike ne pensait pas souvent à moi comme à un rival. Après l'accident, il s'était inquiété que Bella et moi, on ne tisse des liens suite à notre expérience partagée, mais manifestement l'incident avait plutôt eu l'effet opposé. Il avait de toute manière toujours eu peur que j'accapare l'attention de Bella. Mais à présent que je l'ignorais tout autant que les autre, son assurance ne cessait de grandir.

A quoi pensait-elle à présent ? Comment accueillait-elle son attention ?

Enfin, le dernier de mes tourments, le plus douloureux : l'indifférence de Bella. Elle m'ignorait autant que je l'ignorais. Elle n'essaya plus jamais de me reparler. Pour autant que j'en sache, elle ne pensait jamais à moi.

Cela aurait pu me rendre fou – ça aurait même pu détruire mes résolutions pour ce qui était de changer le futur – sauf que parfois, elle me regardait comme elle le faisait avant. Je ne le voyais pas moi-même, car je ne pouvais tout simplement pas me permettre de la regarder, mais Alice nous prévenait toujours à chaque fois qu'elle était sur le point de lever les yeux vers nous ; les autres restaient prudents vis-à-vis de la connaissance problématique de la jeune fille.

Cela soulageait un peu ma douleur, qu'elle me regarde de loin, de temps en temps. Bien sûr, elle devait sans doute se contenter de se demander quelle espèce de monstre je pouvais être.

- Bella va admirer Edward dans une minute. Ayez l'air normal. Chantonna Alice un Mardi de Mars.

Les autres prirent grand soin de gigoter et de balancer leur poids d'une jambe à l'autre comme les humains : l'immobilité absolue était une marque distinctive de notre race.

Je commençai à compter le nombre de fois qu'elle regardait dans ma direction. Cela me faisait plaisir, même si ça n'aurait pas dû, que la fréquence ne déclinait pas avec le temps. Je ne savais pas ce que cela signifiait, mais ça me faisait me sentir mieux.

Alice soupira. J'aimerais tellement...
- Reste en dehors de ça, Alice. Soufflai-je. Ca n'arrivera pas.

Elle fit la moue. Alice avait hâte de fonder cette amitié qu'elle s'était vue avoir avec Bella. D'une étrange manière, cette fille qu'elle ne connaissait pas lui manquait.

Je l'admets, tu es plus fort que ce que je croyais. Tu as rendu le futur aussi flou et insensé qu'autrefois. J'espère que tu es content.

- Au contraire Alice, tout cela a parfaitement un sens pour moi.

Elle gronda doucement.
J'essayai de la faire taire, trop nerveux pour pouvoir supporter une conversation. Je n'étais pas de très bonne humeur – j'étais plus tendu que je ne le laissais paraître. Seul Jasper, avec sa capacité à sentir et à influencer les états d'âmes des autres, était au courant de ma tension et sentait le stress émaner de moi. Il ne comprenait pas les raisons de ces sensations, cependant, et – comme j'étais sans arrêt d'une humeur noire ces derniers jours – il n'y prêtait pas attention.

Aujourd'hui allait être un jour difficile. Plus dur à passer que le précédent, comme le voulais la tradition.

Mike Newton, cet odieux jeune garçon que je ne pouvais me permettre de considérer comme un rival, allait demander à Bella de sortir avec lui.

Le bal de printemps pointait son nez à l'horizon, et c'était aux filles de choisir leur partenaire, et il avait espéré de toutes ses forces que Bella le choisisse, lui. Qu'elle ne l'ait pas encore fait avait ébranlé sa confiance en lui. A présent il était dans une situation délicate – et je savais que je ne devrais pas normalement être aussi amusé par sa gêne – car Jessica Stanley venait tout juste de lui demander d'être son cavalier. Il ne voulait pas dire « oui », espérant toujours que Bella le choisisse (lui permettant ainsi de prouver sa victoire à ses rivaux), mais il ne voulait pas non plus dire « non » et finir sans partenaires. Jessica, blessée par son hésitation et supposant la raison de celle-ci, fulminait contre Bella. Cette fois encore, j'eu le désir impulsif de me placer entre les pensée destructrices de Jessica et Bella. A présent je commençais à mieux comprendre ce désir, mais cela rendait encore plus frustrant le fait de ne pas pouvoir le satisfaire.

Qui l'eu cru ! Me voilà obnubilé, sinon carrément obsédé par de petits feuilletons de lycéens, ces mêmes feuilletons que je méprisais autrefois.

Mike rassembla tout son courage et avança vers Bella en biologie. J'écoutais sa lutte intérieure tandis que j'attendais sa venue, assis à côté d'elle. Ce garçon était faible. Il avait attendu ce bal exprès, car il avait peur que son béguin ne soit connu de tous avant qu'elle n'ait elle-même montré une préférence à son égard. Il ne voulait pas se sentir vulnérable à un possible rejet, et préférait que ce soit elle qui fasse le premier pas.

Lâche.

Il s'assit sur notre table, se mettant à l'aise, comme s'il était chez lui, et j'imaginai le son que cela pourrait produire si son corps percutait le mur d'en face assez violement pour que tous ses os se brisent sous le choc.

- Tu sais, dit-il à la fille, ses yeux vissés au sol, Jessica m'a invité au bal.
- Super ! Répondit immédiatement avec enthousiasme. Vous allez vous éclater.

C'était difficile de ne pas sourire devant la façon dont le ton de sa voix s'encra dans l'esprit de Mike. Il avait espéré qu'elle serait déçue. Il se dépatouilla pour trouver une réponse adéquate.

- C'est que...

Il hésitait, à deux doigts de se dégonfler. Puis il se ressaisit et ajouta

- Je lui ai répondu que j'avais besoin d'y réfléchir.
- Quelle idée ! Plastronna-t-elle.

Son ton était désapprobateur, mais s'y pointait également une touche de soulagement.

Qu'est-ce que cela signifiait ? Une furie aussi intense qu'imprévue transforma mes mains en poings.

Mike n'avait pas perçut la touche de soulagement. Son visage était rouge, le sang affluait – vu la violence qui venait de monter en moi, cela ressemblait fort à une invitation – et il regarda le sol à nouveau pour parler.

- Je me demandai si...euh, si tu comptais m'inviter, toi.

Bella hésita.

A ce moment précis, ce moment d'hésitation, je pu voir le future plus clairement qu'Alice ne l'avait jamais fait.

La fille allait dire oui à la question tacite de Mike, ou peut-être que non, mais de toute manière, un jour, bientôt, elle allait dire oui à quelqu'un. Elle était adorable et intrigante, et ça les hommes allaient le remarquer – ils le remarquaient déjà. Qu'elle jette son dévolu sur quelqu'un parmi cette foule terne, ou qu'elle attende d'être libérée de Forks, un jour viendra ou elle dirait oui.

Je vis sa vie comme je l'avais fais autrefois – université, carrière...amour, mariage. Je la vis au bras de son père, à nouveau, vêtue de soie blanche et de tulle, son visage rouge de bonheur tandis qu'elle se déplaçait lentement au rythme de la marche de Wagner.

La douleur fut plus forte que tout ce que j'avais pu endurer par le passé. Un humain aurait été au bord de l'agonie devant une telle souffrance – un humain ne s'en relèverait pas.

Et ce n'était pas uniquement de la douleur, mais aussi, carrément de la rage.

Ma furie avait désespérément besoin d'un exutoire physique. Même si ce garçon ingrat et insignifiant avait peu de chance d'être celui à qui Bella dirait oui, je mourais d'envie d'écraser son crâne entre mes paumes, de le faire payer, lui, à la place de cette personne.

Je ne comprenais pas cette émotion – c'était un étrange mélange de douleur, de rage, de désir et de désespoir. Je n'avais jamais ressentit cela auparavant, et je ne pouvais pas mettre un nom dessus.

- Mike, je crois que tu devrais accepter. Dis Bella d'une voix douce.

Les espoirs de Mike se cassèrent royalement la figure. En d'autres circonstance, cela m'aurait beaucoup amusé, mais j'étais perdu dans le contrecoup de cette douleur – et dans le remords pour l'effet que cette douleur et cette rage avait eu sur moi.

Alice avait raison. Je n'étais pas assez fort.

En cet instant précis, Alice devait sûrement être en train d'observer le futur changer à nouveau de cap pour se retrouver à nouveau dépendant du choix déchirant entre ces deux destinées. Etait-elle satisfaite ?

- Tu as déjà choisi quelqu'un ? Demanda soudain Mike.

Il me toisa, méfiant envers moi pour la première fois depuis des semaines. Je réalisai trop tard que je m'étais fourvoyé : ma tête était à présent légèrement tournée vers Bella.

L'envie sauvage qui envahit ses pensées – une envie envers quiconque serait préféré de Bella – m'aida soudain à mettre un nom sur mon étrange émotion.

J'étais jaloux.

- Non. Répondit la fille, une trace d'humour dans sa voix. J'ai bien l'intention de sécher le bal.

Parmi mes remords et ma colère, je ressentis du soulagement à ses mots. Soudainement, je m'étais mis à dresser la liste de mes rivaux.

- Pourquoi ? Demanda Mike.

Son ton avait été presque grossier. Qu'il lui parle de cette manière m'offensait. Je retins un grognement.

- Je vais à Seattle, ce samedi là. Répondit-elle.

Ma curiosité ne fut pas aussi vicieuse que d'habitude, cette fois, car je savais que j'étais en mesure de la satisfaire. Je saurais le pourquoi du comment de cette nouvelle révélation en temps et en heures.

Mike prit un ton dragueur qui me déplut fortement.

- Tu ne peux pas choisir un autre weekend ?
- Non, désolée. Dis brusquement Bella. En tout cas, tu ne devrais pas faire attendre Jessica plus longtemps. C'est impoli.

Sa sollicitude pour Jessica éteignit d'un soudain les flammes de ma jalousie. Cette excursion à Seattle était clairement une excuse pour dire non – avait-elle refusé par pure loyauté envers son amie ? Elle était bien assez altruiste pour ça. Désirait-elle en réalité dire oui ? Ou peut-être était-ce totalement différent : était-elle intéressée par quelqu'un d'autre ?

- Ouais, marmonna Mike, tu as raison.

Il était tellement démoralisé que j'avais presque pitié de lui. Presque.

Il détacha son regard de la jeune fille, interrompant mon angle de vue de son visage par ses pensées.

Je n'allais pas tolérer ça.

Je me tournai pour voir son visage de mes propres yeux, pour la première fois depuis plus d'un mois. C'était incroyablement soulageant de me permettre cela, comme une bouffée d'air après une longue apnée.

Ses yeux étaient clos, et ses mains se pressaient de chaque côté de son visage. Ses épaules étaient légèrement courbées en avant, en position défensive. Elle secoua un peu sa tête, comme si elle essayait de chasser une pensée de son esprit.
Frustrant. Fascinant.

La voix de M. Banner la tira de ses rêveries, et ses yeux s'ouvrirent lentement, avant de se poser presque immédiatement sur moi, sentant peut-être mon regard. Elle soutint mon regard avec la même expression abasourdie qui m'avait hantée pendant si longtemps.

En cet instant, il ne restait plus aucune trace de remord, de culpabilité ou de rage en moi. Je savais que tout cela allait revenir, et revenir bientôt, mais pour le moment je subissais une étrange escalade de nervosité. Un sentiment de victoire, plutôt que de défaite.

Elle ne détourna pas les yeux, même si je la fixais avec une intensité inappropriée, essayant vainement de tirer quelque information de son regard de chocolat fondu, un regard plein de question, plutôt de que réponses.

Je pus voir mon propre reflet dans ses yeux, et je vis que les miens étaient noircis par la soif. Cela faisait presque deux semaines que je n'avais pas chassé ; je n'avais pas choisi le bon jour pour laisser ma volonté d'écrouler. Mais cette noirceur ne semblait pas l'effrayer. Elle ne détournait toujours pas le regard, et un rose au pouvoir de séduction purement dévastateur vint colorer sa peau.

A quoi pensait-elle maintenant ?

J'avais presque posé ma question à haute voix, mais à ce moment là, M. Banner m'avait appelé. Je dénichai la bonne réponse dans sa tête pendant de que tournai la tête dans sa direction.

J'inspirai brièvement

- Le Cycle de Krebs.

La soif m'écorcha la gorge, banda mes muscles et remplis ma bouche de venin, et je fermais les yeux, essayant de me concentrer malgré le désir que son sang m'inspirait rageusement.

Le monstre était plus fort qu'avant. Le monstre se réjouissait. Il embrassait pleinement se futur coupé en deux que je lui avais offert sur un plateau, ce « fifty-fifty » auquel il inspirait si vicieusement. Le troisième, ce future incertain que j'avais tenté de construire par la force de ma seule volonté venait de s'effondrer – détruite par une banale jalousie de surcroit – et à présent, le monstre n'avais jamais été aussi près du but.

Le remord et la culpabilité me brulèrent en même temps que la soif, et, s'ils en avaient été capables, mes yeux se seraient remplis de larmes.

Qu'avais-je fait ?

Sachant que le combat était dors et déjà perdu, il ne semblait plus subsister la moindre raison qui puisse m'empêcher de faire ce que je désirais : je me tournai et la regardai à nouveau.

Elle s'était cachée derrière un épais rideau de ses cheveux sombres, mais je pouvais tout de même distinguer entre les mèches que ses joues étaient cramoisie à présent.

Le monstre aimait ça.

Elle ne croisa pas mon regard à nouveau, mais elle tritura nerveusement l'un de ses cheveux entre ses doigts. Ses doigts fins, son poignet délicat, ils étaient si fragiles, comme si je pouvais les casser d'un simple souffle.

Non, non, non. Je ne pouvais pas faire ça. Elle était trop fragile, trop bonne, trop précieuse pour mériter ce sort. Je ne pouvais pas permettre à ma vie d'entrer en collision avec la sienne, et de la détruire.

Mais je ne pouvais pas non plus rester éloigné d'elle. Alice avaient raison depuis le début.

Le monstre en moi feula de frustration tandis que j'hésitais, considérant d'abord une solution, puis l'autre.

Mon heure en sa compagnie passa bien trop vite, alors que je vacillais toujours d'un choix à l'autre. La cloche sonna, et elle commença à rassembler ses affaires sans me regarder. Cela me déçu, mais je ne pouvais rien attendre d'autre de sa part. Mon attitude envers elle depuis l'accident était tout bonnement inexcusable.

- Bella. L'appelai-je, incapable de me retenir.

Ma volonté tombait déjà en lambeaux. Elle hésita avant de me regarder ; lorsqu'elle se retourna, elle était sur ses gardes, méfiante.

Je me rappelai qu'elle avait toutes les raisons du monde de ne pas me faire confiance. Que c'était la meilleures des attitudes qu'elle puisse avoir.

Elle attendait que j'ajoute quelque chose, mais je me contentais de la regarder, de lire dans son visage. J'inspirais régulièrement et à petites bouffées, combattant ma soif.

- Quoi ? Dit-elle finalement. Tu me parles de nouveau ?

Il y avait une pointe de ressentiment dans sa voix qui était, à l'instar de sa colère, attendrissante. Ca me donnait envie de sourire.

Je n'étais pas sur de savoir quelle réponse lui donner. Lui reparlai-je, au sens où elle l'entendait ?

Non. Pas si je pouvais faire autrement. Et j'allais tout faire pour ça.

- Non, pas vraiment. Lui dis-je.

Elle ferma les yeux, ce qui me frustra. Elle coupait mon meilleurs accès à ses sentiments. Elle prit une longue, profonde inspiration sans rouvrit les yeux. Ses mâchoires étaient serrées.

Ses yeux toujours clos, elle parla. Voilà qui n'était certainement pas un moyen de conversation très répandu chez les humains. Pourquoi s'y prenait-elle de cette manière ?

- Alors, qu'est-ce que tu veux, Edward ?

Le son de mon nom sur ses lèvres déclencha une réaction étrange dans mon corps. Si mon cœur battait encore, il se serait affolé.

Mais comment lui répondre ?

Par la vérité, décidai-je. J'allais me montrer aussi fiable que possible avec elle désormais. Je ne voulais pas qu'elle se méfie de moi, même si espérer sa confiance était tout simplement impossible.

- Je te prie de m'excuser. Lui dis-je.

C'était surement la chose la plus vraie qu'elle n'entendrait jamais de ma part. Malheureusement, je pouvais uniquement m'excuser sur mes crimes les moins graves.

- Je ne suis pas très courtois, je sais. Mais c'est mieux comme ça, crois moi.

Ca serait encore mieux si je pouvais continuer de me montrer discourtois. Le pouvais-je ?

Ses yeux s'ouvrirent, toujours aussi prudents.

- Je ne te comprends pas.

J'essayais de la mettre en garde autant que possible.

- Il vaut mieux que nous ne soyons pas amis. (ça elle pouvait le comprendre, c'était une fille intelligente) Fais-moi confiance.

Son expression se durcit, et je me souvins un peu tard que je lui avais déjà demandé sa confiance – juste avant de la trahir. Je tressaillis quand ses dents grincèrent – elle s'en souvenais parfaitement, elle aussi.

- Dommage que tu ne t'en sois pas aperçu plus tôt. Dit-elle avec colère. Tu te serais épargné tous ces regrets.

Sous le choc, je la fixai. Que savait-elle de mes regrets ?

- Des regrets ? De quoi ?
- De ne pas avoir laissé cet imbécile de fourgon me réduire en bouillie ! Asséna-t-elle.

Je me figeai, abasourdi.

Comment pouvait-elle penser cela ? Lui sauver la vie était la seule chose acceptable que j'avais faite depuis que je l'avais rencontrée. La seule chose dont je n'avais pas honte. La seule et unique chose qui me rendait fier d'exister ! Depuis la seconde où j'avais humé son odeur pour la première fois, je m'étais littéralement battu pour la garder en vie. Comment pouvait-elle penser cela de moi ? Comment osait-elle remettre en question mon unique bonne action dans tout ce foutoir ?

- Tu penses vraiment que je regrette de t'avoir sauvée ?
- Je ne sais ! Rétorqua-t-elle.

Son interprétation de mes intentions me laissait pantois

- Tu ne sais rien du tout.

Combien le fonctionnement de son esprit était incompréhensible ! Elle ne devait pas raisonner comme les autres humains. Cela pourrait expliquer son silence énigmatique. Elle était entièrement autre.

Elle tourna brusquement la tête, ses dents grinçant à nouveau. Ses joues étaient rouges, de colère cette fois. Elle emplira violement ses livres et les tira d'un coup sec vers elle avant de partir en direction de la porte sans m'accorder un regard.

Tout aussi irrité que je fusse, je ne pus m'empêcher de trouver sa colère un tantinet divertissante. Elle marchait d'un pas chancelant, sans regarder où elle allait, et se prit le pied dans la chambranle. Elle trébucha, et toutes ses affaires s'étalèrent sur le sol. Au lieu de se pencher immédiatement pour les ramasser, elle resta droite comme un I, sans même regarder par terre, comme si elle n'était pas certaine que ses livres en valaient la peine.

Je me démenai pour ne pas rire.

Personne ne me regardait : je volai à ses côté et tenais ses livres empilé dans l'ordre avant qu'elle n'eu le temps de regarder par terre.

Elle se baissa à moitié, m'aperçut, et se figea. Je lui rendis ses livres, m'assurant qu'aucune parcelle de ma peau glaciale n'entre en contact avec la sienne.

- Merci. Dit-elle d'une voix froide, sévère

Ce ton fit revenir mon irritation.

- De rien.

Elle se redressa et partit à grands pas vers son prochain cours.

Je la suivi des yeux jusqu'à ce que je ne pus plus voir son visage en colère.

Je passai le cours d'Espagnol dans les nuages. Mme Goff ne me reprocha jamais mon inattention – consciente du fait que mon Espagnol était bien supérieur au sien – et me laissa tout loisir de rêver

Donc, je ne pouvais ignorer la fille. C'était évident. Mais cela voulait-il forcément dire que je n'avais pas d'autre choix que de la détruire ? Ca ne pouvait pas être le seul avenir possible. Il devait y avoir une autre solution. J'essayai de penser à un moyen de...

Je ne prêtai attention à Emmett que vers la fin de l'heure. Il était curieux – Emmett n'était peut-être pas doué pour voir clairement les changements d'humeur chez les autres, lui, mais cela ne l'avait pas empêché de remarquer un changement manifeste chez moi. Il se demandait ce qui avait bien pu ôter mon habituelle humeur massacrante de mon visage. Il chercha à définir ce changement, et décréta finalement que j'avais l'air plein d'espoir

Plein d'espoir? C'était donc cela que l'on voyait en me regardant ?

Je méditai sur l'idée que je me faisais de l'espoir tandis que nous nous dirigions vers la Volvo, me demandant ce que je pouvais bien espérer.

Mais je n'eu pas le temps de méditer à ce sujet. Sensible que j'étais à toute pensée se rapportant à la fille, le son du nom de Bella dans la tête de...de mes rivaux, je suppose que je devais l'admettre, attira mon attention. Eric et Tyler, ayant apprit – à leur grande satisfaction – l'échec de Mike, se préparaient à tenter leur chance.

Eric était déjà en place, placé près de sa camionnette, là où elle ne pourrait pas le louper. La classe de Tyler était retenue un peu plus longtemps pour recevoir une consigne, et il se dépêchait pour la rattraper avant qu'elle ne s'échappe.

Je devais absolument voir ça.

- Attend les autres ici, d'accord ? Murmurai-je à Emmett.

Il me dévisagea d'un air soupçonneux, puis haussa les épaules et acquiesça.

Ce gosse a perdu la tête. Pensa-t-il, amusé par mon étrange requête.

Je vis Bella arriver du gymnase, et attendis là où elle ne pourrait pas me voir. Alors qu'elle s'approchait de l'embuscade d'Eric, je m'approchai à grands pas, calculant mes pas pour pouvoir arriver à leur niveau pile au bon moment.

Je vis son corps se raidir à la vue du garçon qui l'attendait. Elle se figea un moment, puis se détendit et s'approcha.

- Salut ! L'entendis-je le saluer d'une voix amicale.

Je ressentis alors une soudaine anxiété totalement imprévue. Et si cet adolescent dégingandé et boutonneux lui plaisait ?

Eric déglutit bruyamment, faisant rebondir sa pomme d'Adam.

- Salut, Bella.

Elle ne semblait pas consciente de sa nervosité.

- Quoi de neuf ? Demanda-t-elle, déverrouillant sa camionnette sans regarder son air effrayé.
- Euh, je me demandais juste...si tu accepterais d'aller au bal avec moi ?

Sa voix se brisa.

Elle leva enfin les yeux. Etait-elle décontenancée, ou flattée ? Eric ne pouvait pas la regarder dans les yeux, alors je ne pu voir son visage dans son esprit.

- Je croyais que c'était aux filles de choisir leur cavalier ? Dit-elle d'une vois troublée.
- Euh, ouais. Admit-t-il lamentablement.

Ce pitoyable garçon ne m'irrita pas autant que Mike Newton, mais je ne pus pas me résoudre à ressentir la moindre compassion à son angoisse jusqu'à ce que Bella ne lui réponde d'une voix douce.

- Je serais à Seattle ce jour là, mais merci quand même.

Il avait déjà entendu cela ; pourtant, il était déçu.

- Oh, marmonna-t-il, réussissant à peine à lever ses yeux jusqu'au niveau de son nez. Une autre fois peut-être.
- C'est ça. Dit-elle.

Aussitôt elle se mordit la lèvre inférieure, comme si elle regrettait de lui donner de faux espoirs. Cela me plu beaucoup.

Eric baissa les bras et partit – dans la mauvaise direction.

Je passai devant elle à ce moment précis, et l'entendis pousser un soupir de soulagement. Je ris.
Elle tourna la tête à droite à gauche pour identifier la source du son, mais je me contentai de regarder droit devant moi, essayant de me retenir de sourire d'amusement.

Tyler était derrière moi, courant presque pour l'attraper avant qu'elle ne prenne la route pour rentrer chez elle. Il était plus audacieux et plus serein que les deux autres ; la seule raison pour laquelle il n'avait pas approché Bella plus tôt était qu'il avait laissé Mike tenter d'abord sa chance, par respect pour lui.

Je voulais qu'il réussisse à parler à Bella pour deux raison. Si – comme je le soupçonnais déjà – son attention n'allais faire que gêner Bella, je voulais avoir le plaisir de regarder sa réaction. Mais, si c'était l'inverse – si l'invitation de Tyler était précisément celle qu'elle espérait – alors je voulais le savoir, également.

Je considérais Tyler Crowley comme un rival, tout en sachant que c'était mal. Il me semblait assez transparent et quelconque, mais que savais-je des goûts de Bella ? Peut-être qu'elle aime les garçons transparents...

Je tressaillis à cette pensée. Je ne pourrais jamais être un garçon transparent. Qu'il était idiot de me placer moi-même en compétition pour obtenir son affection. Comment pourrait-elle ne serait-ce que de se soucier de quelqu'un qui était, selon toute vraisemblance, un monstre ?

Elle était bien trop bonne pour un monstre.

J'aurais dû la laisser s'échapper, mais mon inexcusable curiosité eu le dessus. Une fois de plus. En effet, et si Tyler loupait sa chance maintenant, et la contactait plus tard, quand il ne me serait plus possible de connaître le fin mot de l'histoire ? Je fis sortir ma Volvo de la place de parking pour la placer sur l'allée étroite, empêchant Bella de sortir.

Emmett et les autres arrivèrent, mais il leur avait décrit mon étrange attitude, et ils marchaient lentement, tout en me regardant, essayant de savoir ce que je faisais.

Je regardais la fille dans le rétroviseur. Elle lançait des regards mauvais à l'arrière de ma voiture sans me regarder, comme si elle aurait souhaité être aux volants d'un tank plutôt que d'une Chevrolet rouillée.

Tyler se précipita dans sa voiture, et se plaça dans l'embouteillage juste derrière elle, reconnaissant pour mon inexplicable attitude. Il essaya d'attirer son attention, mais elle ne le remarqua pas. Il attendit un moment, puis sortit de sa voiture, et alla taper légèrement sur la fenêtre du côté passager.

Elle sursauta, et le regarda avec étonnement. Après une seconde, elle baissa manuellement la vitre, semblant d'ailleurs rencontrer quelques problèmes avec.

- Excuse-moi Tyler, dit-elle d'une voix agacée, je suis coincée derrière Cullen.

Elle prononça mon nom de famille d'une voix dure – elle était toujours fâché.

- Oh, je sais. Dit Tyler, pas perturbé le moins du monde par son humeur, je voulais juste te proposer quelque chose pendant qu'on est bloqué ici.

Son sourire était bien trop sur de lui.

Je fus content de la voir pâlir devant ses évidentes intentions.

- Tu veux bien m'inviter au bal ? Demanda-t-il, persuader d'aller au devant d'une victoire.
- Je ne serais pas là Tyler. Répondit-elle, l'irritation perçant toujours dans sa voix.
- Ouais, Mike me l'a dit.
- Alors pourquoi... ?
- J'espérais seulement que c'était une façon sympa de l'éconduire. Dit-il en haussant les épaules.

Ses yeux s'écarquillèrent, puis se refroidirent.

- Désolée Tyler (elle ne semblait pas désolée du tout), je serais effectivement absente.

Il accepta son excuse, son assurance intacte.

- Pas grave. Il nous restera toujours le bal de promo.

Il retourna dans sa voiture.

J'avais eu raison d'attendre.

L'expression horrifiée qui s'étalait sur son visage n'avait pas de prix. Ce qui répondit à une question dont je ne devrais pas vouloir à ce point la réponse : permis tous les hommes humains qui la courtisaient, aucun d'eux n'avaient droit à un traitement de faveur. Elle ne ressentait rien pour eux.

Il y avait aussi que cette expression était certainement la chose la plus hilarante qu'il m'ait été donné de voir.

C'est alors que ma famille arriva, étonné de me voir secoué de rire plutôt qu'en train de fixer avec des envies de meurtre tout ce sur quoi mon regard se posait.

Qui a-t-il de si drôle ? Demanda Emmett, curieux.

Je secouai ma tête, à nouveau pris d'un fou-rire tandis que Bella faisait rugir son engin à grands bruits. On aurait à nouveau dit qu'elle désirait un tank.

- Démarre ! Siffla Rosalie impatiemment. Arrête de faire l'idiot. Si tu en es capable.

Ses mots n'eurent aucun effets sur moi – je m'amusais trop. Mais je fis quand même ce qu'elle me dit.

Personne ne me parla sur le chemin du retour. Je continuais de pouffer de temps à autre, rependant à la tête qu'avait faite Bella.

Alors que l'on sortait de la ville – accélérant maintenant qu'il n'y avait plus de témoins – Alice ruina ma bonne humeur.

- Alors, j'ai le droit de parler à Bella maintenant ? Demanda-t-il soudainement, sans m'avertir par une pensée.
- Non. Assénai-je.
- Ce n'est pas du jeu ! Qu'est-ce que je dois attendre ?
- Je n'ai rien décidé, Alice.
- C'est inutile, Edward.

Dans sa tête, les deux destinées de Bella étaient à nouveau claires comme du cristal.

- A quoi ça t'avancerait de la connaître ? Marmonnai-je, soudain morose. Si je vais la tuer ?

Alice hésita pendant une seconde.

- Tu marques un point, là. Admit-elle.

Je pris de dernier virage à cent quarante quatre kilomète heure et pillai pour m'arrêter à un millimètre du mur du garage.

- Bon jogging. Dit Rosalie d'un don grinçant alors que je m'extirpais hors de la voiture.

Mais je n'allais pas courir cette nuit. J'allais chasser.

Les autres s'étaient habitués à aller chasser demain, mais je ne pouvais pas me permettre d'être assoiffé maintenant. J'en fis trop, buvant plus que de raison, m'empiffrant à nouveau – un petit troupeau de cerf et un ours que je fus chanceux de trouver aussi tôt dans l'année. J'étais si plein que c'en était inconfortable. Pourquoi n'était-ce pas assez ? Pourquoi son odeur devait être plus forte que tout le reste ?

Je devais chasser pour me préparer au jour suivant, mais, alors que j'étais trop plein pour chasser à nouveau et que le soleil menaçait à chaque heure de percer, je sus que le jour suivant était trop loin.

Mes nerfs s'affolèrent lorsque je me rendis compte que j'étais partit rejoindre la fille.

Je me disputai avec moi-même tout le long du trajet de retour à Forks, mais ce fut mes moins bons côtés qui l'emportèrent, et je suivis mon plan indéfendable. Le monstre était là, mais bien nourrit. Je savais que je resterais à une distance raisonnable d'elle. Je voulais juste savoir où elle était. Je voulais juste voir son visage.

Il était minuit passé, et la maison de Bella était sombre et calme. Sa camionnette était garée à côté de la voiture d fonction de son père sur la place de parking. Il n'y avait pas de pensée éveillée dans les environs. Je regardais la maison pendant un moment depuis la pénombre de la forêt qui longeait la façade est. L'entrée principale devrait probablement être fermée – cela ne poserait aucun problème, excepté qu'il valait mieux que je ne laisse pas de trace de mon passage. Je décidai d'essayer la fenêtre en premier. Presque personne ne se donnait la peine d'y installer des sécurités.

Je traversai la route déserte et escaladai la façade en une demi-seconde. Pendu d'une main à l'avant-toit de la fenêtre, je regardais à travers la vitre, et là mon souffle se coupa.

C'était sa chambre. Je pouvais la voir dans le petit lit une place, ses couvertures sur le sol et ses draps ondulants autours de ses jambes. Alors que je regardais, elle s'agita et mit un bras sur sa tête. Elle ne ronflait pas, en tout cas pas cette nuit. Avait-elle sentit le danger près d'elle ?

La voyant se retourner à nouveau, je me dégoûtais. En cet instant, je ne valais pas mieux qu'un pervers voyeur. Je n'étais rien d'autre. J'étais pire, bien pire.

Je détendis mes phalanges, sur le point de me laisser tomber, mais avant cela je m'autorisai un long regard sur son visage.

Il n'était pas calme. Le petit creux était à nouveau entre ses sourcils et les coins de ses lèvres étaient tournés vers le bas. Ses lèvres tremblèrent, puis se séparèrent.

- Ok, Maman. Murmura-t-elle.

Bella parlait dans son sommeil.

Ma curiosité bondit, dépassant de loin ma répugnance pour ce que j'étais en train de faire. Cette petite lucarne vers des pensées inconscientes et sans défenses étaient incroyablement tentante.

Je testai la fenêtre, elle n'était pas verrouillée, mais elle grinçait, surement qu'elle n'avait pas été ouverte depuis longtemps. Je la fis glisser lentement, terrorisé à chaque petit grincement de la charpente de métal. La prochaine fois, j'amènerai de l'huile...

La prochaine fois ? Je secouais ma tête, dégoûté à nouveau.

Je me glissai lentement à l'intérieur.

Sa chambre était petite – désorganisée mais propre. Il y avait des livres empilés sur le sol à côté de son lit, leur reliure me tournant le dos, et des CD s'étalaient près de son modeste lecteur – le disque du dessus n'était qu'un boité vide. Des piles de papiers entouraient un ordinateur qui mériterait d'avoir sa place dans un musée réservé aux technologies obsolètes. Des chaussures parsemaient le parquet.

Je désirais ardemment aller lire les titres de ses livres et de ces disques, mais je m'étais promis de rester à bonnes distances, alors à la place, j'allai m'installer dans un rocking-chair dans un coin de la pièce.

L'avais-je vraiment un jour trouvé banale ? Je pensais à ce premier jour, et à mon dégoût pour tous ces garçons immédiatement intrigués par elle. Mais à présent que je me souvenais de la manière dont son visage avait été représenté dans leur esprit, je ne pouvais comprendre pourquoi je ne l'avais pas immédiatement trouvé belle. Ca semblait si évident.

A présent que je la regardais – avec ses cheveux sombres ondulants sauvagement autour de son visage pâle, vêtue de son t-shirt élimé et plein de trous et de son vieux pantalon de jogging, ses membres détendu, ses lèvres pleines légèrement entrouvertes – elle me coupais le souffle. Du moins l'aurait-elle fais, pensai-je avec humour, si je respirais.

Elle ne parla plus. Peut-être que son rêve était terminé.

J'admirais son visage tout en essayant de penser à un moyen de rendre l'avenir supportable.

La blesser n'était pas supportable. Cela voulait-il dire que mon seul choix était d'essayer de partir à nouveau ?

Les autres ne m'en blâmeraient pas à présent. Mon absence ne mettrait personne en danger. Personne n'aurait de soupçons, personne ne ferait le lien avec l'accident.

J''hésitai comme j'avais hésité cet après midi, et rien ne semblait possible.

Je ne pouvais pas espérer rivaliser avec les jeunes humains, que ces humains là l'attirent où pas. J'étais un monstre. Comment pourrait-elle me voir autrement ? Si jamais elle venait à savoir la vérité à mon sujet, cela l'effraierait et l'écœurerait. Comme les victimes présumées dans les films d'horreur, elle s'enfuirait en hurlant.

Je me souvins de ce premier jour en biologie...oui, elle s'enfuirait ; et elle aurait bien raison.

Il était complètement débile d'imaginer que si je l'avais invité à ce bal ridicule, elle aurait annulé ses plans et accepté ma proposition.

Je n'étais pas celui à qui elle allait dire oui. C'était quelqu'un d'autre, quelqu'un d'humain et de chaud. Et je ne pourrais même pas me permettre – ce jour là, lorsqu'elle aura dit oui – de le traquer et de le tuer, parce qu'elle le mériterait, qui ce que soit. Elle méritait le bonheur et l'amour plus que quiconque.

Je lui devais d'agir pour le mieux à présent. A présent que je ne pouvais plus prétendre être sur le point de l'aimer.

Après tout, cela importait peu, si je partais, parce que Bella ne pourrais jamais me voir comme je désirerais qu'elle me vît. Elle ne me verrait jamais comme quelqu'un dont elle pourrait tomber amoureuse.

Jamais.

Est-ce qu'un cœur mort et gelé pouvait encore se briser ? Le mien en semblait capable.

- Edward. Dit Bella.

Je me figeai, regardant ses yeux clos.

M'avait-elle vu, était-elle éveillée ? Elle semblait endormie, mais sa voix avait été si claire...

Elle soupira calmement, et bougeant à nouveau, se roulant sur le côté.

- Edward...Répéta-t-elle doucement.

Elle rêvait de moi.

Est-ce qu'un cœur mort et gelé pouvait battre à nouveau. Le mien en semblait capable.

- Reste. Soupira-t-elle. Ne pars pas. Je t'en prie...ne pars pas.

Elle rêvait de moi, et ce n'était même pas un cauchemar. Elle voulait que je reste avec elle, là dans son rêve.

Je débattis pour trouver des mots pour nommer les sensations qui se déversèrent en moi, mais aucun mot n'était assez fort pour les contenir. Pendant un long moment, je m'y noyai.

Quand je refis surface, je n'étais pas le même homme qu'avant.

Ma vie était un minuit éternel et immuable. Pour moi, c'était innévitable, il sera toujours minuit. Alors comment était-il possible que le soleil se lève, là maintenant, au milieu de ce minuit ?

A l'instant où je suis devenu vampire, échangeant mon âme et ma mortalité pour l'immortalité la douleur brûlante de la transformation, j'avais été littéralement gelé. Mon corps s'était transformé en quelque chose qui s'apparentait plus à de la pierre qu'à de la chaire, dure et immobile. Ma conscience, aussi, s'était gelée – ma personnalité, mes goûts et mes dégoûts, mes désirs et mes répugnances ; tout c'était figé.

C'était la même chose pour chacun de nous. Nous étions tous figés. Des pierres vivantes.

Quand un changement survint en nous, c'est une chose rare et permanente. Je l'ai vu chez Carlisle, puis plus tard chez Rosalie. L'amour les changea d'une façon permanente, éternelle. Plus de quatre-vingts ans s'étaient écoulés depuis que Carlisle avait trouvé Esmée, et il continuait à la regarder avec les yeux incrédules du premier amour. Il en sera ainsi pour l'éternité.

De même que pour moi. J'allais aimer cette humaine, si fragile et délicate, pour le restant de mon existence sans limite.

J'admirais son visage, sentant cet amour pour elle s'encrer dans chaque portion de mon corps de pierre.

Elle dormait calmement à présent, un petit sourire aux lèvres.

Tout en la regardant, je commençai à comploter.

Je l'aimais, alors j'allais essayer d'être assez fort pour la quitter. Je savais que je n'étais pas assez fort pour le moment. J'allais travailler ce point. Mais peut-être étais-je assez fort pour faire changer le futur de cap.

Alice avait vu deux avenirs pour Bella, et à présent je comprenais les deux.

L'aimer ne m'empêcherais pas de la tuer, si je me laissais faire des erreurs.

Je ne pouvais plus sentir le monstre à présent, je ne le trouvais plus, nulle part en moi. Peut-être que l'amour l'avait réduit au silence. A présent, si je la tuais, ce ne serait pas intentionnel, seulement un effroyable accident.

J'allais devoir être extrêmement prudent. Je ne devrais jamais, jamais baisser ma garde. J'allais devoir contrôler chacune de mes inspirations, chacun de mes mouvements. J'allais devoir respecter une permanente distance de sécurité.

Je n'allais pas faire d'erreur.

Je compris enfin le second futur. J'avais été dérouté par cette vision – que pouvait-il bien se passer pour que Bella se retrouve prisonnière de cette demi-vie immortelle ? Mais à présent – dévasté de désir pour cette fille – je pouvais comprendre comment je pourrais, dans un élan d'impardonnable égoïsme, implorer mon père de me faire cette faveur. L'implorer de lui prendre et sa vie et son âme pour que je puisse la garder près de moi pour toujours.

Elle méritait mieux.

Mais je vis un autre avenir, un fil extrêmement fin et fragile sur lequel je pourrais peut-être marcher, si je savais garder l'équilibre.

Pouvais-je faire cela ? Etre avec elle et la garder humaine ?

Délibérément, je pris une profonde inspiration, puis une autre, laissant son arôme de déchirer comme un feu sauvage. Sa chambre débordait de son parfum, sa fragrance restait accrochée à chaque objet. Ma tête me tournait mais je combattis le vertige. Je devais m'y habituer, si je voulais essayer d'avoir une quelconque relation avec elle. Je pris une autre bouffée d'air brûlant.

Je la regardais dormir jusqu'à ce que le soleil se lève derrière les nuages à l'est, complotant contre moi.



***


Je rentrai à la maison juste après le départ des autres pour le lycée. Je me changeai rapidement, ignorant le regard interrogateur d'Esmée. Elle avait vu comme mon visage rayonnait, et cela l'avait rendue tant soulagée qu'inquiète. Ma longue mélancolie lui avait fait de la peine, et elle était heureuse de voir que ma douleur semblait s'en être allée.

Je couru jusqu'au lycée, arrivant quelque secondes après mes semblables. Ils ne se retournèrent pas, alors qu'Alice savait au minimum que je me tenais dans le bois qui longeait la chaussée. J'attendis que personne ne regarde, puis sortit du bois comme si de rien n'était pour arriver au milieu des nombreuses voitures garées.

J'entendis la camionnette de Bella gronder près du virage, et m'arrêtais derrière une Suburban, d'où je pouvais voir sans être vu.

Elle roula en direction du parking, fixant ma Volvo un long moment avant de se garer à l'une des places les plus éloignées de ma voiture, en fronçant les sourcils.

Il était étrange de se rappeler qu'elle était probablement toujours fâchée contre moi, et avec de bonne raisons.

J'avais envie de me moquer de moi – ou de me gifler. Tout mon complot ainsi que mes plans étaient entièrement caduc si de son côté elle n'éprouvait rien pour moi, n'est-ce pas ? Son rêve avait sûrement dû porter sur quelque chose que complètement banal. Je n'étais qu'un crétin arrogant.

De toute façon, il valait mieux pour elle qu'elle ne ressente rien pour moi. Cela ne m'empêcherait pas de la harceler, mais ça l'avertirait en tout cas que je la harcelai. Je lui devais bien ça.

J'avançais dans sa direction silencieusement, me demandant quel était le meilleur moyen de l'approcher.

Elle ma facilita la tâche. Les clés de sa voiture glissèrent de ses doigts alors qu'elle sortait de sa camionnette, et tombèrent dans une flaque d'eau.

Elle se pencha, mais j'arrivai le premier, les attrapant avant qu'elle n'eu a plonger ses doigts délicats dans l'eau froide.

Je m'adossai à sa camionnette pendant qu'elle se redressait avant de se raidir.

- Pour quelle raison as-tu fait ça ? Brailla-t-elle.

Oui, elle était toujours fâchée.

- Fait quoi ? Demandai-je en lui tendant ses clés.

Elle tendit sa main, et je laissai tomber les clés dans sa paume. Je pris une profonde inspiration, engloutissant son odeur.

- Surgi à l'improviste. Précisa-t-elle
- Bella, je ne suis quand même pas responsable si tu es particulièrement inattentive.

Mes paroles étaient humoristiques, c'était presque une blague. Y'avait-il quelque chose qu'elle ne remarquait pas ?

Avait-elle remarqué, par exemple, comme ma voix avait enveloppé son nom, comme une caresse ?

Elle me regarda, n'appréciant pas mon humour. Son rythme cardiaque s'emballa – de colère ? De peur ? Après un moment, elle regarda le sol.

- Pourquoi ce bouchon, hier soir ? Demanda-t-elle, sans me regarder. Je croyais que tu étais censé te comporter comme si je n'existais pas, pas t'arranger pour m'embêter jusqu'à ce que mort s'ensuive.


Très fâchée. J'allais faire un effort pour arranger les choses avec elle. Je me souvins avoir résolu d'être digne de confiance...

- Je rendais service à Tyler, histoire de lui donner sa chance.

Puis je ris. Je ne pus m'en empêcher, repensant à la tête qu'elle avait faite.

- Espèce de...haleta-t-elle, puis elle s'interrompit, apparemment trop furieuse pour finir.

La voilà : cette expression, exactement la même. Je me retins un nouveau rire. Elle était déjà assez hors d'elle comme ça.

- Et je ne prétends pas que tu n'existes pas. Finis-je.

C'était ainsi que je devais m'y prendre : rester sur le ton de la conversation, la taquiner. Elle ne comprendrait pas si je lui montrais mes véritables sentiments. Ca l'effraierait. Je devais maîtriser mes sentiments, garder les choses au clair.

- C'est donc bien ma mort que tu souhaites, puisque le fourgon de Tyler n'y a pas suffit !

Un éclair de colère me traversa. Pouvait-elle réellement penser une chose pareille ? Il était irrationnel de ma part d'être si offensé – elle ne savait rien de la transformation qui s'était opéré en moi durant la nuit. Mais j'étais tout de même en colère.

- Bella, tu es complètement absurde. Assénai-je.

Elle rougit et me tourna le dos. Elle commença à s'éloigner.
Remords. Je n'avais pas le droit de lui en vouloir.

- Attends ! suppliai-je.

Elle ne s'arrêta pas, alors je la rattrapai.

- Désolé pour ces paroles désagréables. Non qu'elles soient fausse (parce qu'il était bel et bien absurde de penser que je puisse vouloir sa mort) mais je n'étais pas obligé de les dire.
- Et si tu me fichais la paix, hein ?

Crois moi, voulais-je lui répondre, j'ai essayé.
Et, à propos, je suis désespérément amoureux de toi.

Reste clair.

- Je voulais juste te poser une question, c'est toi qui m'as fais perdre le fil. Dis-je en riant.

Je venais d'avoir une idée lumineuse.

- Souffrirais-tu d'un dédoublement de la personnalité ? Demanda-t-elle.

Cela y ressemblait fort, en effet. J'étais plutôt lunatique, à cause de toutes ces nouvelles émotions qui me traversaient.

- Voilà que tu recommences. Lui fis-je remarquer.
- Très bien, soupira-t-elle. Vas-y, pose-la, ta question.
- Je me demandais si, samedi de la semaine prochaine... (je vis je choc traverser son visage, et retint un autre rire), tu sais, le jour du bal...

Elle m'interrompit, me regardant enfin dans les yeux.

- Essaierais-tu d'être drôle, par hasard ?

Oui !

- Et si tu me laissais terminer ?

Elle attendit en silence, ses dents mordant doucement sa lèvre inférieure.

Cette vue attira mon attention pendant une seconde. Cela provoqua d'étranges réactions au plus profond de mon enveloppe charnelle jusqu'alors oubliée. Je tentai de les mettre de côté pour pouvoir me concentrer sur mon rôle.

-J'ai appris que tu allais à Seattle, ce jour là, et j'ai pensé que tu avais peut-être besoin d'un chauffeur. Lui proposais-je.

Je réalisai que, mieux que de l'interroger sur ses projets, je lui demandais de m'inclure dedans.

Elle me regarda, choquée.

- Quoi ?
- As-tu envie qu'on t'accompagne là bas ?

Seul dans une voiture avec elle...ma gorge me brûla à cette seule pensée. Je pris une longue inspiration. Prend en l'habitude...

- Qui donc ? Me demanda-t-elle, ses yeux montrant nouveau cette expression abasourdie.
- Moi, évidemment. Dis-je lentement.
- Pourquoi ?

Etait-il vraiment aussi étonnant que je veuille passer du temps avec elle ? Elle avait vraiment dû interpréter mon ancienne attitude de la pire manière qu'il soit.

- Disons, dis-je aussi naturellement que possible, que j'avais l'intention de me rendre à Seattle dans les semaines à venir et, pour être honnête, je ne suis pas persuadé que ta camionnette tiendra le coup.

Il semblait plus prudent de continuer à la taquiner plutôt que de me permettre d'être sérieux.

- Ma camionnette marche très bien, merci beaucoup. Dit-elle de la même voix surprise.

Elle recommença à marcher. Je ne la lâchai pas d'une semelle.

Elle n'avait pas vraiment dit non, alors j'insistai.

Dirait-elle non ? Que ferais-je si elle refusait ?

- Mais un seul réservoir te suffira-t-il ?
- Je ne vois pas en quoi ça te concerne.

Ce n'était toujours pas un non. Et son cœur recommençait à s'emballer, sa respiration à s'accélérer.

- Le gaspillage des ressources naturelles devrait être l'affaire de tous.
- Franchement, Edward ! Ton comportement m'échappe. Je croyais que tu ne désirais pas être mon ami.

Un frisson de ravissement de prit quand elle prononça mon nom.

Comment pouvais-je répondre clairement à cela tout en restant honnête ? Bon, il était plus important que je sois honnête. Au moins en ce qui concerne ce sujet.

- J'ai dis que ce serait mieux que nous ne le soyons pas, pas que je n'en avais pas envie.
- Ben tiens ! Voilà qui éclaire ma lanterne ! railla-t-elle.

Elle s'arrêta, sous l'auvent de la cantine, et rencontra mon regard à nouveau. Son cœur d'affola. Avait-elle peur ?

Je pris un grand soin à choisir mes mots. Non, je ne pouvais la quitter, mais peut-être serait-elle assez intelligente pour me quitter, elle, avant qu'il ne soit trop tard.

- Il serait plus...prudent pour toi de ne pas être mon amie.

Puis, en plongeant dans les profondeurs de chocolat fondu de ses yeux, je perdis ma désinvolture. Les mots que je prononçai en suite brûlèrent d'une trop grande ferveur.

- Mais j'en ai assez d'essayer de t'éviter, Bella.

Elle arrêta de respirer et, vu le temps qu'elle mit avant de recommencer, cela m'inquiéta. Combien l'avais-je effrayée ? Eh bien, j'allais avoir la réponse.

- Viendras-tu à Seattle avec moi ? Demandais-je sans cérémonie.

Elle acquiesça, son cœur battant la chamade.

Oui. Elle m'avait dit oui. A moi !

Puis ma conscience refit surface. Combien cela allai-t-il lui coûter ?

- Tu devrais vraiment garder tes distances. La prévins-je.

M'avait-elle entendu ? Echappera-t-elle au futur qui la menaçait ? Pouvais-je faire quoi que ce soit pour la protéger de moi-même ?

Reste clair. M'ordonnai-je.

- On se voit en cours.

Je dû me concentrer pour m'empêcher de courir alors que je m'enfuyais. 





Chapitre 6  

 
Toute la matinée, je la suivis au travers des yeux des autres, à peine conscient de mon propre entourage.
Pas les yeux de Mike Newton, parce que je ne pouvais plus supporter ses fantasmes offensants, si ceux de Jessica Stanley, parce que son ressentiment envers Bella m'agaçait tellement que cela devenait dangereux pour cette pauvre fillette. Angela Weber était un bon choix quand ses yeux étaient disponibles : elle était gentille – c'était agréable d'être dans sa tête. Et puis parfois c'était les professeurs qui avaient le meilleur angle de vue.

Je fus surpris, en la regardant trébucher durant la matinée – en se prenant le pied dans une fissure d'un couloir, dans des livres, et le plus souvent, dans ses propres pieds – que la plupart des gens considérais Bella comme étant maladroite.

Je pensai à cela. Il était vrai qu'elle avait du mal à garder l'équilibre. Je me souvins comment elle s'était cognée dans un bureau ce premier jour, comment elle avait glissé sur la glace le jour de l'accident, comment elle s'était prit les pieds dans la chambranle hier...Comme c'était bizarre, ils avaient raison. Elle était bel et bien maladroite.

Je ne voyais pas ce qu'il y avait de drôle là dedans, mais je ris si fort alors que je parcourais le chemin entre le cours d'Histoire et le cours d'Anglais que plusieurs personne me dévisagèrent. Comment avais-je fais pour ne pas remarquer cela ? Peut-être était-ce à cause du fait que j'avais trouvé quelque chose de gracieux dans son immobilité, dans le maintient de sa tête, dans la courbe de sa nuque...

A présent il n'y avait absolument rien de gracieux en elle. M. Varner la regardait s'emmêler les bottes dans la moquette et tomber littéralement sur sa chaise.

Je ris à nouveau.

Le temps passa avec une incroyable lenteur pendant que j'attendais une chance de la voir de mes propres yeux. Enfin, la cloche sonna. Je partir rapidement à la cantine pour mettre mon plan à exécution. Je fus l'un des premiers sur les lieux. Je choisis une table qui était habituellement vide, pour être sur de me faire remarquer en m'asseyant là.

Quand les membres de ma famille entrèrent à leur tour et qu'ils me virent assis seul à une place inhabituelle, ils ne furent pas surpris. Alice avait dû les prévenir.

Rosalie me passa devant sans même m'accorder un regard.

Crétin

Mes relations avec Rosalie n'avaient jamais été très bonnes – je l'avais offensée dès l'instant où j'avais ouvert la bouche en sa présence, et depuis cela ne cessait d'empirer – mais il semblait bien ces derniers temps qu'elle était encore plus remontée contre moi que d'habitude. Je soupirai. Il fallait toujours que Rosalie ramène tout à elle-même.

Jasper m'accorda un petit sourire en passant.

Bonne chance. Pensa-t-il d'un ton dubitatif.

Emmett leva les yeux au ciel et secoua sa tête.

Il a perdu l'esprit, pauvre gosse.

Alice était aux anges, ses dents brillant un peu trop.

Je peux parler à Bella maintenant ?

- Reste en dehors de ça. Rétorquai-je à vois basse.

Elle fit la moue, puis retrouva sa béatitude.

Pas grave. Tu peux t'obstiner autant que tu veux. Ce n'est plus qu'une question de temps.

Je soupirai à nouveau.

N'oublie pas l'expérience de biologie d'aujourd'hui. Me rappela-t-elle

J'opinai. Non, je n'avais pas oublié cela.

Pendant que j'attendais la venue de Bella, je la suivis par les yeux du première année qui marchait derrière Jessica sur le chemin de la cantine. Jessica tenait un long discours à propos du bal, mais Bella ne disait rien, elle. Il faut dire que Jessica ne lui donnait pas le temps d'en placer une.

Dès l'instant où Bella passa la porte, ses yeux allèrent directement vers la table où mes frères et sœurs étaient. Elle resta un moment à la fixer, puis son visage se décomposa et ses yeux tombèrent au sol. Elle ne m'avait pas vu.

Elle avait l'air si...triste. Je ressentis le besoin urgent de me lever et de la rejoindre, d'essayer de la consoler, seulement je ne savais pas de ce qu'elle pourrait trouver réconfortant. Je n'avais pas la moindre idée ce qui avait bien pu lui faire de la peine. Jessica continuai son monologue enflammé sur le bal. Est-ce que Bella était triste parce qu'elle n'allait pas y aller ? Cela semblait peu vraisemblable...

Mais on pourrait y remédier, si elle le souhaitait.

Elle n'acheta rien d'autre qu'une boisson. Etait-ce normal ? N'avait-elle pas besoin d'un peu plus de nourriture ? Je n'avais jamais vraiment prêté attention au régime alimentaire humain auparavant.

Les humains étaient d'une fragilité si exaspérante ! Il y avait un bon million de raison de s'inquiéter à leur sujet...

- Edward Cullen te mate une fois de plus, entendis-je Jessica dire. Je voudrais bien savoir pourquoi il s'est isolé, aujourd'hui.

Je ressentis un élan de gratitude envers Jessica – même si son ressentiment pour Bella était encore plus fort à présent – en voyant la tête de Bella se redresser brusquement et ses yeux chercher dans la foule jusqu'à rencontrer les miens.

Il ne restait plus la moindre trace de peine sur son visage maintenant. Je me permis d'espérer que si elle avait été triste, c'était parce qu'elle avait cru que j'étais partis, et cet espoir me fit sourire.

Avec mon index, je lui fis signe de me rejoindre. Elle sembla alors si ahurie que j'eu envie de continuer à la taquiner.

Alors je lui lançai un clin d'œil, et elle fut bouche bée.

- C'est à toi qu'il s'adresse ? Demanda Jessica d'un ton insultant.
- Il a peut-être besoin d'un coup de main pour son devoir de science nat, dit-elle d'une petite voix incertaine. Il vaut mieux que j'y aille.

C'était un autre oui.

Elle trébucha deux fois sur le chemin entre la fille d'attente et ma table, alors qu'il n'y avait absolument rien en travers de sa route à part du lino parfaitement plat. Sérieusement, comment avais-je fait pour ne pas remarquer ça avant ? Peut-être que je m'étais trop focalisé sur son silence mental...Qu'avais-je loupé d'autre ?

Reste honnête, reste clair, me chantais-je.

Elle s'arrêta derrière la chaise face à moi, hésitante. J'inhalai profondément, par le nez cette fois, plutôt que par la bouche.

Ressens la brûlure Pensai-je sèchement.

- Et si tu t'asseyais avec moi ? Lui proposai-je.

Elle tira la chaise et s'y assit, sans pour autant me lâcher des yeux. Elle semblait peut-être nerveuse, mais son obtempération restait un autre oui.

J'attendais qu'elle parle.

Cela prit un moment, puis, finalement, elle dit :

- Quel revirement.
- Disons que...

J'hésitai.

- J'ai décidé, puisque je suis voué aux Enfers, de me damner avec application.

Mais par tous les diables qu'est-ce qui m'avait prit de lui dire ça ? C'était honnête, pas de doute là-dessus. Peut-être qu'en lisant entre les lignes elle comprendrait la signification de mes paroles. Peut-être qu'elle réaliserait qu'elle ferait mieux de se lever et de promptement mettre autant de distance que possible entre nous...

Elle ne se leva pas. Elle me regardait, interrogative, comme si je n'avais pas fini ma phrase.

- Tu sais, dit-elle puisque je conservais le silence, je n'ai pas la moindre idée de ce que tu entends par là.

Et j'en fus soulagé. Je souris

- Ca ne m'étonne pas.

Impossible d'ignorer les pensées qui me criaient dessus dans son dos – cela tombait bien, je désirais changer de sujet de conversation, moi aussi.

- Je crois que tes amis m'en veulent de t'avoir enlevée.
- Ils s'en remettront, répondit-elle, apparemment indifférente à la réaction que pourrait avoir ses camarades.
- Sauf si je ne te relâche pas.

Je ne savais plus trop si j'essayais d'être le plus honnête possible avec elle où si j'avais juste envie de la continuer à la taquiner. Sa proximité me rendait tout simplement incapable de mettre de l'ordre dans mes propres pensés.

Bella déglutit bruyamment. Son expression me fit rire.

- Ca a l'air de t'inquiéter.

Ca ne devrait normalement pas être drôle...elle avait toutes les raisons du monde d'être inquiète.

- Non.

C'était une menteuse pitoyable, elle n'avait pas été capable de retenir les trémolos dans sa voix.

- Ca m'étonne, ajouta-t-elle, pourquoi cette volte-face ?
- Je te l'ai dit. Lui rappelai-je. Je suis las de m'acharner à garder mes distances avec toi. J'abandonne.

Je gardais mon sourire en place, non sans efforts. Ca ne fonctionnait pas – essayer d'être à la fois honnête et désinvolte.

- Tu abandonnes ? Répéta-t-elle, déconcerté.
- Oui. Je renonce à être sage. (et, apparemment, je renonçai dans le même temps à ma désinvolture) Désormais, je ferais ce que je veux, et tant pis pour les conséquences.

Cela avait le mérite d'être honnête. Ca l'avertissait tout en lui montrant toute l'étendue de mon égoïsme.

- Encore une fois, je ne te comprends pas.

Et j'étais assez égoïste pour en être heureux.

- Je parle trop, en ta compagnie. C'est l'un des problèmes que tu me poses, d'ailleurs.

Un problème plutôt insignifiant, si on le compare au reste.

- Ne te tracasse pas, me rassura-t-elle, tous m'échappe.

Bien. Dans ce cas elle pouvait rester.

- J'y compte bien.
- Alors, en bon anglais, ça signifie que nous sommes de nouveau amis ?

Je méditai là dessus une seconde.

- Amis...

Il y avait quelque chose dans le terme utilisé qui me déplaisait. Ce n'était pas assez.

- Ou ennemis, marmotta-t-elle, semblant embarrassée.

Pensait-elle que je ne l'appréciais pas ?
Je souris.

- Eh bien, on peut toujours essayer. Mais je te préviens d'ores et déjà que je ne suis pas l'ami qu'il te faut.

J'attendis sa réponse, déchiré en deux – souhaitant d'un côté qu'elle comprenne enfin ce que je m'échinais à lui dire, et sentant d'un autre côté que je pourrais en mourir. C'était d'un mélodramatique. Me voilà qui redevenais humain.

Son cœur d'affola.

- Tu te répète. Dit-elle.
- Oui, parce que tu ne m'écoutes pas. Répondis-je avec beaucoup trop de ferveur. Je continue d'espérer que tu me croiras. Si tu es un tant soit peu intelligente, tu m'éviteras.

Oui mais, serais-je capable de lui permettre de m'éviter, si elle essayait ?

Ses yeux se durcirent.

- Il me semble que tu m'as déjà signifié ce que tu pensais de mon intellect.

Je n'étais pas exactement sur de ce qu'elle entendait par là, mais je lui adressai un sourire d'excuse, craignant de l'avoir un jour offensé par accident.

- Alors, dit-elle posément, tant que je suis...idiote, on essaie d'être amis
- Ca me paraît correct.

Elle baissa ses yeux et fixa intensément la bouteille qu'elle tenait dans ses mains.

Ma vieille curiosité revint me tourmenter.

- A quoi penses-tu ? Demandais-je

Quel soulagement c'était de pouvoir enfin dire ces mots à hautes voix.

Elle croisa mon regard, et sa respiration s'accéléra tandis que ses joues se colorèrent d'un rose pâle. J'inspirai, goûtant cela dans l'air environnant.

- Je m'efforçais de deviner qui tu es.

Je figeai mes traits pour parvenir à maintenir mon sourire en place, alors que la panique tordait tout mon corps.

Evidemment qu'elle demandait ce que j'étais. Elle n'était pas stupide. Je ne pouvais quand même pas espérer qu'elle oublie quelque chose de si évident.

- Ca donne des résultats ? Demandai-je avec le peu de légèreté qui me restait.
- Pas vraiment.

Je fus si soudainement soulagé que je ne pu retenir un petit rire.

- Tu as des théories ?

Elles ne pouvaient pas être pires que la réalité, quoi qu'elle me sorte.

Ses joues tournèrent du rose pâle au rouge vif, mais elle garda le silence. Je pouvais sentir la chaleur de son fard dans l'air.

Je tentai d'utiliser avec elle mon ton le plus avenant. Il fonctionnait à merveille avec la plupart des humains.

- Tu ne veux rien dire ?
- Trop embarrassant. Refusa-t-elle en secouant sa tête.

Ah. Ne pas savoir était pire que tout. En quoi ses spéculations pouvaient l'embarrasser, elle ? Je ne pouvais pas supporter de rester sur le carreau.

- C'est très frustrant, tu sais.

Ma plainte la piqua au vif. Ses yeux lancèrent des éclairs et elle déversa un flot de parole avec une rapidité inhabituelle.

- Non. J'ignore complètement ce qu'il peut y avoir de frustrant dans le fait qu'une personne refuse d'avouer ce à quoi elle pense, alors qu'une personne passe son temps à lancer des remarques sibyllines spécifiquement destinées à flanquer des insomnies à la première en la forçant à chercher leur sens caché...voyons ! en quoi pourrait-il être frustrant ?

Face à elle, je fronçai les sourcils, attristé de réaliser qu'elle avait raison. Je n'étais pas juste.

- Autre exemple, continua-t-elle, admettons que cette même personne ait commis tout un tas d'actes étranges, comme sauver la vie de la première dans des circonstances improbables un jour pour la traiter en paria le lendemain sans prendre jamais la peine de l'expliquer, bien qu'elle l'ait promis, ça non plus ne serait pas du tout frustrant.

C'était le plus long discours que je ne l'avais jamais entendu prononcer, et cela me permit de compléter ma liste.

- Tu as vraiment sale caractère, hein ?
- Je n'apprécie guère qu'il y ait deux poids deux mesures.

Son irritation était totalement justifiée, évidemment.

Je dévisageai Bella, me demandant comme je pourrais faire quoi que ce soit de bien vis-à-vis d'elle, jusqu'à ce que je fusse distrait par des éclats de voix venant de la tête de Mike Newton.

Il était si agacé qu'il me fit rire.

- Quoi ? Lança-t-elle.
- Ton petit copain a l'air de penser que je suis désagréable avec toi. Il se demande s'il doit venir séparer les duellistes.

J'adorerais le voir essayer. Je m'esclaffai de plus belle.

- Bien que j'ignore de qui tu parles, Dit-elle de d'une voix glaciale, je suis certaine que tu te trompes.

La façon dont elle le reniait avec sa phrase aux accents dédaigneux me plu énormément.

- Oh que non ! Je te l'ai déjà dit, la plupart des gens sont faciles à déchiffrer.
- Sauf moi.
- En effet.

Pourquoi devait-elle être sans arrêt une exception à tout ? N'aurait-il pas été un peu plus loyal – considéré la masse de choses auxquelles je devais faire face – si j'avais pu entendre au moins quelque chose venant de son esprit ? Etait-ce trop demander ?

- Je voudrais bien savoir pourquoi. Ajoutai-je.

Je regardai fixement ses yeux, essayant à nouveau...

Elle détourna le regard. Elle ouvrit sa bouteille et avala une gorgée de soda, ses yeux sur la table.

- Tu ne manges pas ? Demandai-je
- Non, dit-elle, puis elle montra du regard notre table vide et ajouta : Et toi ?
- Je n'ai pas faim. Répondis-je.

Ca c'était sûr.

Elle regarda la table, lèvres pincées. J'attendis.

- Tu me rendrais un service ? Demanda-t-elle, levant soudain les yeux vers moi.

Qu'attendait-elle de moi ? Allait-elle me demander de lui dire la vérité, une vérité que je n'étais pas autorisé à divulguer, une vérité que je ne voulais jamais, oh grand jamais, qu'elle sache un jour ?

- Ca dépend.
- Ce n'est pas grand-chose. Me promit-elle

J'attendis, ma curiosité de retour.

- C'est seulement que...dit-elle lentement, les yeux vissés à sa bouteille, son petit doigts traçant les contours du goulot, pourrais-tu m'avertir à l'avance de la prochaine fois que tu décideras de m'ignorer pour mon bien ? Histoire que je me prépare.

Elle voulait que je la prévienne ? Alors être ignorée de moi devait lui être désagréable...je souris.

- C'est une requête qui me paraît fondée.
- Merci. Dit-elle en relevant la tête.

Le soulagement se lisait clairement sur son visage et je me sentis si léger que j'eu envie de rire.

- A mon tour d'obtenir une faveur. Demandai-je avec espoir.
- Juste une, alors. Permit-elle.
- Confie-moi une de tes théories

Elle piqua un fard.

- Pas ça.
- Trop tard ! Tiens parole.
- C'est toi qui as tendance à trahir la tienne. Me rappela-t-elle.

Elle marquait un point là.

- Allez, rien qu'une. Je te promets de ne pas me moquer.
- Je suis persuadée du contraire.

Elle semblait bien sur de ce qu'elle disait, alors que pour ma part je ne pouvais rien imaginer de drôle à ce sujet.

J'essayai à nouveau la persuasion. Je plongeai dans son regard – ses yeux étaient si profond que ce fut un jeu d'enfant – et soupirai :

- Je t'en prie.

Elle battit des paupières, et son visage perdit toute expression, pâlissant à vu d'œil.

Et bien, ce n'était pas exactement la réaction escomptée.

- Euh...pardon ? Bredouilla-t-elle.

Elle semblait prise de vertiges. Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez elle ?

Mais je n'avais pas dit mon dernier mot.

- S'il te plait, une de tes théories. Plaidai-je, usant de ma voix la plus douce et enfermant ses yeux dans les miens.

A ma plus grande surprise – et satisfaction, ça marcha enfin.

- Eh bien, disons...mordu par une araignée radioactive ?

Des bandes dessinées ? Maintenant je voyais parfaitement pourquoi elle pensait que j'allais rire.

- Pas très original. La grondai-je, essayant de cacher mon soulagement.
- Désolé, je n'ai que ça en réserve. Dit-elle, offensée.

Ce qui me soulagea encore plus. Je pouvais recommencer à la taquiner.

- En tout cas, tu es à des kilomètres de la vérité.
- Pas d'araignée ?
- Non.
- Ni de radioactivité ?
- Non plus.
- Flûte ! soupira-t-elle.
- Et je suis insensible à la kryptonite. M'empressai-je d'ajouter avant que l'on s'étende sur le thème des morsures en tout genre.

L'idée qu'elle puisse me voir comme un super-héro me fit rire malgré moi.

- Tu n'es pas censé rire.

Je pressai mes lèvres l'une contre l'autre.

- Je finirai par deviner. Promit-elle.

Et quand ce moment arrivera, elle s'en ira loin de moi.

- Je préférerais que tu n'essaie pas. Dis-je, toute trace de plaisanterie désormais évacuée.
- Pourquoi ?

Je lui devais d'être honnête. Je lui souris et tâchai toutefois de rendre mes paroles aussi peu menaçantes que possible.

- Et si je n'étais pas un super héro, mais juste un méchant ?

Ses yeux s'agrandirent de quelques millimètres et ses lèvres s'entrouvrirent

- J'y suis ! S'exclama-t-elle

Ca y'est, elle m'avait enfin compris.

- Vraiment ? Demandai-je, essayant tant bien que mal de ne pas laisser mon agonie transparaître.
- Tu es dangereux...devina-t-elle.

Sa respiration s'accéléra brutalement et son cœur s'affola.

Je ne pouvais répondre. Etait-ce là mes derniers instants en sa compagnie ? Allait-elle s'enfuir en courant, maintenant ? Si oui, pourrais-je lui déclarer ma flamme avant qu'elle ne me quitte, ou est-ce que cela ne ferait qu'empirer les choses ?

- Mais pas méchant. Chuchota-t-elle en secouant la tête, et je ne vis aucune trace de peur dans ses yeux. Non, je ne crois pas que tu sois méchant.
- Tu te trompes. Dis-je en un souffle.

Evidemment que j'étais méchant. N'étais-je pas heureux, maintenant que je savais qu'elle m'estimait plus que je ne le méritais ? Si j'étais vraiment quelqu'un de bien, j'aurais trouvé un moyen de garder mes distances avec elle.

Je tendis la main, sous prétexte de m'emparer du bouchon de sa bouteille de soda. Elle n'eu pas le moindre mouvement de recul devant la soudaine proximité de ma main. Elle n'avait vraiment pas peur de moi. Pas encore.

Je fis tourner le bouchon comme une toupie, le regardant au lieu de la regarder, elle. Mes pensées étaient confuses.

Cour, Bella, cour. Je ne pouvais me résoudre à prononcer ces mots à haute voix.

Elle bondit de sa chaise.

- On va être en retard.

Elle dit cela alors que je commençais à craindre qu'elle ait réussi à percevoir mon avertissement tu.

- Je ne vais pas en science nat aujourd'hui.
- Pourquoi ?

Parce que je ne veux pas te tuer.

- Un peu d'école buissonnière de temps en temps est bon pour la santé.

Ou, plus exactement, que les vampires s'abstiennent d'assister aux cours où le sang allait couler était bon pour la santé des humains. M. Banner avait prévu le TP sur les groupes sanguins aujourd'hui. Alice avait déjà séché son cour ce matin.

- Eh bien, moi, j'y vais. Déclara-t-elle.

Cela ne me surprit pas le moins du monde. C'était quelqu'un de responsable – elle faisait toujours ce qu'il fallait.

Mon opposé.

- A plus tard, alors. Dis-je, essayant de retrouver ma désinvolture, baissant les yeux pour regarder le bouchon qui tournoyait. Et, pendant que j'y suis, sache que je t'adore...à un point que c'en devient effrayant et dangereux.

Elle hésita, et je me pris à espérer qu'elle allait finalement décider de rester avec moi. Mais la cloche sonna et elle se précipita vers la sortie.

J'attendis qu'elle fut sortie, puis je mis le bouchon dans ma poche – en souvenir de cette discussion capital – et sorti sous la pluie rejoindre ma voiture.

Je mis dans le lecteur le CD le plus relaxant que j'avais – le même que j'avais écouté ce premier jour – mais je n'écoutai pas les accords de Debussy bien longtemps. Dans ma tête se jouaient d'autres notes, un fragment d'un air qui me plaisait et m'intriguait. Je baissai le son de la stéréo et écoutai la musique dans ma tête, jouant avec le fragment jusqu'à le faire évoluer en une harmonie plus complète. Instinctivement, mes doigts bougèrent en rythme comme s'ils parcouraient les touches d'un piano.

Cette nouvelle composition était presque finie quand une vague d'angoisse mentale attira mon attention.

Je regardai en direction de ces cris de détresse.

Est-ce qu'elle va s'évanouir ? Je fais quoi moi, si elle s'évanouie, je fais quoi ? Paniquait Mike.

A cent mètre de là, Mike Newton trainait le corps mou de Bella dans l'allée. Elle s'effondra sur le béton humide, les yeux clos, son teint d'une pâleur de craie, telle un cadavre.

Je failli arracher la portière de la voiture.

- Bella ! Hurlai-je.

Je ne vis aucun changement d'expression sur son visage sans vie.

Tout mon corps se gela.

Je fus averti de la surprise de Mike lorsque je passai au crible ses pensées. Il ne pensait qu'à sa haine pour moi, ce qui ne me permit pas de savoir ce qui avait mit Bella dans cet état. S'il s'avérait qu'il ait fait quoi que ce soit pour la blesser, je l'anéantirais.

- Que se passe-t-il ? Elle est blessée ? l'interrogeai-je, essayant de concentrer ses pensées.

Devoir marcher à une vitesse humaine à un moment pareil – c'était à vous rendre fou. Je n'aurais pas dû signaler ma venue.

Je pu bientôt entendre son pouls et même sa respiration. Tandis que je la regardais, je la vis serrer un peu plus fort ses paupières. Cela me calma un peu.

Je vis un sursaut de mémoire dans la tête de Mike, un éclaboussement d'images venant de la salle de sciences nat. La tête de Bella appuyée sur notre table, sa peau déjà pâle virant au vert. Des écoulements de liquide rouge sur des cartes blanches...

Le TP sur les groupes sanguins.

Je m'arrêtai là où j'étais, retenant ma respiration. Son odeur était une chose, une hémorragie de son sang à elle en était une autre, bien différente.

- Je crois qu'elle a perdu connaissance. Dis Mike, à la fois plein de ressentiment à mon égard et anxieux. Je ne sais pas pourquoi, elle n'a même pas eu le temps de se piquer le doigt.

Je fus comme lavé par le soulagement, et m'autorisai à respirer à nouveau, pour goûter l'air. Ah, je pouvais sentir la petite goutte de sang sur le doigt de Mike Newton. Jadis, cela m'aurait tenté.

Je m'agenouillai près d'elle, Mike rodant autour de moi, furieux de mon intervention.

- Bella, tu m'entends ?
- Non, gémit-elle. Fiche le camp.

Le soulagement était si exquis que j'en ris. Elle allait bien.

- Je l'emmenais à l'infirmerie, dit Mike, mais elle n'a pas réussi à aller plus loin.
- Je m'en occupe. Toi, retourne en classe. Le congédiai-je.
- Non ! Protesta-t-il en serrant les dents, on me l'a confiée.

Je n'allais certainement pas souffrir un débat avec le pauvre petit malheureux de service. Frissonnant de plaisir et de terreur, tout aussi ravi qu'affligé par cette épreuve qui m'obligeait à la toucher, je soulevai Bella tendrement et la pris dans me bras, veillant à ne toucher que ses vêtements, gardant autant de distance que possible entre nos deux corps, tout en marchant à grandes enjambées, pressé de la mettre en lieu sûrs, en d'autres termes le plus loi de moi possible.

Ses yeux s'ouvrirent en grand, stupéfaits.

- Lâche-moi ! Ordonna-t-elle d'une voix faible

Je jugeai à son expression qu'elle était embarrassée. Elle n'aimait pas montrer sa faiblesse aux autres.
J'entendis à peine Mike protester, derrière nous.

- Tu as une mine affreuse. Lui dis-je avec un grand sourire.

A part une petite nausée et un vertige, elle allait bien.

- Repose-moi par terre. Dit-elle, ses lèvres blanchâtres.
- Alors, comme ça, tu t'évanouis à la vue du sang ?

Y'avait-il au monde chose plus ironique ?

Elle ferma les yeux et pinça les lèvres.

- Et il ne s'agit même pas du tien, ajoutai-je, toujours aussi euphorique.

Nous étions devant l'acceuil. La porte était entrouverte et je donnais un coup de pied dedans pour l'écarter de mon chemin.

Mme Cope bondit de sa chaise.

- Oh mon dieu ! S'écria-t-elle en voyant la fille quasiment inconsciente dans mes bras.
- Elle est tombée dans les pommes pendant le cours de biologie. Expliquai-je, avant que son imagination n'aille trop loin.

Mme Cope se dépêcha d'aller ouvrir la porte de l'infirmerie. Les yeux de Bella étaient à nouveau ouverts, fixant la secrétaire. J'entendis les pensées stupéfaites de l'infirmière – une femme d'un certain âge – lorsque qu'elle me vit allonger précautionneusement la jeune fille sur le lit miteux. Dès que j'eu déposé Bella, je m'éloignai d'elle autant que la salle le permettait. Mon corps était en proie à une telle vague de désir et d'excitation que c'en était dangereux, mes muscles étaient tendus et le venin inondait ma bouche. Elle était chaude...son parfum était si enivrant...

- Rien qu'une petite perte de connaissance, rassurai-je Mme Hammond. On pratiquait un test sanguin en science nat.
- Ca ne rate jamais, acquiesça-elle.

J'étouffai un rire. Comptez sur Bella pour être « celle qui ».

- Reste allongée un moment, petite, ça va passer.
- Je sais. Soupira Bella.
- Ca t'arrive souvent ? Demanda l'infirmière.
- Parfois. Admit-elle.

Je tentai de maquiller mon rire en toussotement. Cela attira l'attention de l'infirmière.

- Tu peux retourner en cours, dit-elle.

Je la regardai droit dans les yeux et lui mentit avec la plus ferme assurance qu'il soit.

- Je suis censé rester avec elle.

Hmm. Je me demande si...oh et puis bon. Mme Hammond opina.

Ca avait parfaitement marché. Pourquoi fallait-il que Bella pose autant de problème ?

- Je vais te chercher un peu de glace pour ton front, petite.

Ma présence rendait la veille dame légèrement mal à l'aise. Elle n'osa pas me regarder dans les yeux – réaction classique pour les humains normaux – et quitta la pièce.

- Tu avais raison, marmonna Bella, fermant les yeux.

Que voulait-elle dire ? Je sautai directement sur la pire conclusion : elle acceptait mes mises en gardes.

- C'est souvent le cas. Dis-je, essayant de la charrier cependant que ma voix semblait sourde. A propos de quoi, cette fois ?
- Sécher est bon pour la santé.

Ah, encore un soulagement.

Elle garda le silence. Elle se contentait d'inspirer et d'expirer lentement. Ses lèvres commencèrent à retrouver une teinte rose. Sa bouche était légèrement asymétrique, sa lèvre inférieure un petit peu trop pleine comparée à sa lèvre supérieure. Observer ainsi sa bouche me fit une impression étrange. J'avais envie de m'en approcher, même si ce n'était pas une très bonne idée.

- Tu m'as flaqué une sacrée frousse, dis-je pour relancer la conversation – et entendre sa voix à nouveau. J'ai cru que Mike Newton s'apprêtait à aller enterrer ta dépouille dans la forêt.
- Ha, ha.
- Franchement, j'ai vu des cadavres qui avaient meilleure mine. (Véridique) J'ai craint un instant de devoir venger ton assassinat.

Ce que j'aurais fait, aucun doute là-dessus.

- Pauvre Mike, soupira-t-elle. Je parie qu'il est furax.

Une pulsion de fureur me traversa, mais je me contrôlai. Son apparente implication à son égard n'était sûrement que de la pitié. Elle était gentille. Ca n'allait pas au-delà.

- Il me déteste. Dis-je, égayé par cette simple idée.
- Tu n'en sais rien.
- J'en suis sûr, je l'ai lu sur son visage.

Son expression faciale aurait, en effet, pu m'amener aux même conclusions. L'expérience que j'avais acquise en m'entrainant à interpréter les expressions de Bella m'avait sûrement donné le talent de lire sur les visages.

- Comment se fait-il que tu nous aies aperçus ? Je croyais que tu avais quitté le lycée...

Elle avait meilleure mine – plus aucune trace de vert sous sa peau translucide.

- J'écoutai un CD dans ma voiture.

Ses traits s'affaissèrent, comme si ma réponse pour le moins banale l'avait surprise.
Elle ouvrit les yeux quand Mme Hammond revint avec la compresse froide

- Tiens, dit l'infirmière en étalant la compresse sur son front. Tu as repris des couleurs.
- Je crois que ça va. Dit Bella en s'asseyant et en écartant la compresse.

Evidemment. Elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle.

Les mains ridées de Mme Hammond s'avancèrent vers elle, comme si elle allait la forcer à se rallonger, mais à ce moment là Mme Cope ouvrit la porte de l'infirmerie et passa la tête par l'entrebâillement. Avec son arrivée vint l'odeur du sang frais, à petite dose cependant.

Invisible, derrière la secrétaire, Mike Newton était toujours aussi en colère, souhaitant que le garçon qu'il trainait lourdement fût Bella.

- Nous en avons un deuxième, annonça Mme Cope.

Bella bondit sur ses pieds, impatience de ne plus avoir les feux braqués sur elle.

- Tenez, dit-elle en rendant sa compresse à Mme Hammond, je n'en ai pas besoin.

Mike grogna en soutenant tant bien que mal Lee Stevens pour entrer dans l'infirmerie. Du sans coulait encore de la main que Lee portait à son visage, dégoulinant sur son poignet.

- Flûte.

Il fallait que je m'en aille rapidement – tout comme Bella, semblait-t-il.

- Va dans le bureau, Bella.

Décontenancée, elle me regarda avec sa fameuse expression abasourdie.

- Fais-moi confiance et file.

Elle tourna les talons et attrapa la porte avant qu'elle ne se referme complètement, se précipitant hors de l'infirmerie. J'étais à quelques millimètres d'elle. Sa chevelure fluide caressait ma main...

Elle se retourna pour me regarder, ses yeux marquant toujours sa confusion.

- Tu m'as obéis, pour une fois. M'étonnai-je.
- J'ai détecté l'odeur du sang. Expliqua-t-elle en fronçant le nez.

Je la regardai fixement, surpris.

- Pour la plupart des gens, le sang n'a pas d'odeur.
- Pour moi si. Un mélange de rouille...et de sel. Qui me rend malade.

Mes traits se figèrent.

Etait-elle vraiment humaine ? Elle ressemblait à un être humain. Elle était aussi douce qu'eux. Elle sentait comme eux – bien meilleur qu'eux en fait. Elle agissait comme eux ...à quelques exceptions près. Mais elle ne pensait pas comme un être humain, ne réagissait pas comme eux.

Que pouvait-elle être d'autre ?

- Quoi ?
- Rien.

Mike Newton nous interrompit en pénétrant dans la pièce avec sa charge de pensées violente et de ressentiments.

- Tu as l'air d'aller beaucoup mieux. Lui dit-il d'un ton accusateur qui frôlait la grossièreté.

Ma main frémit, désirant lui apprendre les bonnes manières. Il allait falloir que je me surveille, sinon j'allais finir par vraiment tuer cette espèce d'insupportable morveux.

- Contente-toi de garder tes mains dans tes poches. Dit-elle.

Pendant un instant de délire, je cru qu'elle s'adressait à moi.

- Le test est fini, dit-il d'un ton maussade. Tu reviens en cours ?
- Tu plaisantes ? Je me retrouverais ici aussi sec.

Parfait. Moi qui croyais au départ que j'allais manquer une heure complète en sa compagnie, et maintenant j'avais droit à du temps supplémentaire. Je sentis l'avidité monter en moi, comptant chaque minute.

- Mouais...Au fait, tu es partante, pour ce weekend ? La balade à la mer ?

Ah, ils avaient des projets ensemble. La colère me figea là où j'étais. C'était une sortie de groupe. J'en avais entendu parler – dans la tête de certains élèves. Il n'empêche que j'étais furieux. Je m'adossais au comptoir, essayant de me calmer.

- Bien sûr, lui promit-elle, c'était entendu, non ?

Alors comme ça elle lui avait dit oui, à lui aussi. La jalousie me brûlait, plus douloureuse que la soif.

Non, ce n'était qu'une sortie de groupe, essayai-je de me convaincre. Elle passait la journée avec ses amis, point barre.

- Rendez-vous au magasin de mon père, alors. A dix heures. Et Cullen n'est PAS invité.
- J'y serai
- On se voit en gym
- C'est ça.

Il retourna en cours, ses pensées fulminant contre moi. Qu'est-ce qu'elle lui trouve, à ce monstre ? Bon, il est riche, c'est sûr. Les poulettes le trouvent hot, mais je ne vois vraiment pas en quoi. Il est trop...trop parfait. Je parie que le père fait ses expériences de chirurgie plastique sur eux. C'est pour ça qu'ils sont tous si beau et pâles. Ce n'est pas naturel tout ça. Et puis aussi il est un peu...effrayant. Parfois quand il me regarde, je jurerais qu'il pense à la meilleure manière de m'assassiner...Sale monstre...

Mike ne manquait pas totalement de discernement.

- Ah, la gym ! Répéta Bella. Un gémissement.

Je la regardai, et vis que quelque chose la chagrinait. Je n'étais pas sûr de savoir quoi, mais il était évident qu'elle ne voulait pas retrouver Mike dans son prochain cours, et cela m'allais parfaitement.

Je vins à ses côtés et me penchais si près de son visage que je pouvais sentir la chaleur que sa peau irradiait sur mes lèvres. Je n'osai pas respirer.

- Je peux arranger ça. Murmurai-je à son oreille. Va t'assoir et tâche d'avoir l'air malade.

Elle s'exécuta, s'asseyant sur une chaise pliante et appuya son dos sur le mur tandis que, derrière moi, Mme Cope revint s'assoir à son comptoir. Avec ses yeux fermés, Bella semblait bel et bien évanouie. Toutes ses couleurs ne lui étaient pas encore revenues.

Je me tournais vers la secrétaire. Une chance que Bella nous écoute, pensais-je ironiquement. Ainsi elle saurait comment un humain était censé réagir face à moi.

- Mme Cope ? L'appelai-je, usant de ma voix la plus persuasive.

Ses yeux papillonnèrent et son cœur s'affola. Trop jeune, contrôle toi !
- Oui ?

Intéressant. Si le pouls de Shelly Cope s'accélérait, c'était parce qu'elle me trouvait physiquement attirant, pas parce qu'elle avait peur de moi. Je m'étais depuis longtemps habitué à cette réaction des humaines que je rencontrais...mais je n'avais jusqu'à présent jamais envisagé cette explication pour ce qui était du pouls de Bella.

Cela me plaisait. Beaucoup trop, à vrai dire. Je souris, et la respiration de Mme Cope devint plus bruyante.

-Bella a cours de gym, après, et je ne pense pas qu'elle soit assez bien. Elle fait, je me demande si je ne devrais pas la ramener chez elle. Vous croyez que vous pourriez lui épargner cette épreuve ?

Je la regardais droit dans ses yeux, hilare face au bug qui ralentissait son processus de pensée – et dont j'étais sans aucun doute à l'origine. Etait-il possible que Bella... ?

Mme Cope dû déglutir bruyamment avant de pouvoir répondre.

- Et toi, Edward, tu as aussi besoin d'un mot d'excuse ?
- Non, j'ai Mme Goff, elle comprendra.

Je ne lui accordais plus la même attention à présent, tant je m'abîmais dans cette nouvelle possibilité qu'il me fallait explorer. Hmm. J'aimerais croire que Bella puisse me trouver attirant, comme c'était le cas des autres humaines, mais y avait-il une seule occasion où Bella réagissait comme les autres ? Je ne devais pas me faire d'illusions.

- Bon, c'est d'accord. Tu te sens mieux, Bella ?

L'intéressée opina faiblement – sur-jouant un peu.

- Tu es en état de marcher où il faut que je te porte ? Demandai-je, amusé par son mauvais jeu d'actrice.

Elle allait dire qu'elle allait se débrouiller. Elle ne voulait pas sembler faible.

- Je me débrouillerai

Encore gagné. Je devenais bon à ce petit jeu.

Elle se leva, hésita pendant une seconde, comme pour tester son équilibre. Je lui tins la porte, et nous sortîmes sous la pluie.

Alors que je la regardais, elle leva le visage vers la pluie, les yeux clos, un léger sourire aux lèvres. Mais à quoi pensait-elle ? Quelque chose dans son attitude clochait, et je sus vite pourquoi cette posture ne m'était pas familière. Les filles humaines normale ne font jamais ça, parce qu'elles mettent du maquillage, même ici, dans cette ville dégoulinante d'humidité.

Bella ne se maquillait jamais, et elle avait bien raison. L'industrie des cosmétiques recevaient des milliards de dollars de la part de femmes qui tentent par tous les moyens d'avoir une peau comme la sienne.

- Ca vaudrait presque le coup d'être malade, ne serait-ce que pour manquer la gym, me dit-elle en me souriant. Merci.

Je balayai le campus du regard, cherchant un moyen la garder un peu plus longtemps près de moi.
- De rien. Répondis-je.
- Tu viendras ? Samedi ? Demanda-t-elle, pleine d'espoir.

Ah, comme son espoir était apaisant. Elle me voulait auprès d'elle, moi, pas Mike Newton. Et je désirais dire oui. Mais il y avait tellement de choses à prendre en considération. Premièrement, ce Samedi, le temps serait dégagé, il y aurait du soleil...

- Où allez-vous, exactement ? Demandai-je en essayant de prendre une voix distante, comme si cela m'importait peu.

Mike avait parlé de plage. Mes chances de me cacher du soleil étaient minces.

- A La Push. First Beach pour être exacte.

Zut! Et bien, c'était impossible.

De toute façon, Emmett m'en aurait voulu si j'avais décidé d'annuler nos plans.

Je lui jetai un regard en biais, souriant d'un air ironique

- Je ne crois pas avoir été invité.
- Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Soupira-t-elle, déjà résignée.
- Soyons sympa avec ce pauvre Mike, toi et moi. Ne le provoquons pas plus que nécessaire. Nous ne voudrions pas qu'il morde.

Je m'imaginais mordre le pauvre Mike moi-même, image qui me provoqua un intense plaisir.

- Maudit Mike. Dit-elle, dédaigneuse cette fois encore. Je souris de toutes mes dents.

Puis, elle commença à s'éloigner de moi.

Sans réfléchir, je la rattrapai par le dos de son coupe-vent. Elle sursauta et s'arrêta.

- Où crois-tu aller, comme ça ?

J'étais presque en colère de la voir me quitter ainsi. Je n'avais pas encore eu mon compte. Elle ne pouvait pas partir, pas encore.

- Ben...à la maison. Dit-elle, comme si c'était évident.
- J'ai promis de te ramener saine et sauve chez toi. Tu t'imagines que je vais te laisser conduire dans cet état.

Je savais pertinemment qu'elle n'allait pas apprécier ça – que je me sente personnellement concerné par sa faiblesse. Mais il fallait que je m'entraîne pour le voyage à Seattle, de toute manière. Voir si je pouvais supporter d'être seul avec elle dans un espace clos.

- Quel état ? s'indigna-t-elle. Et ma voiture ?
- Alice te la déposera après les cours.

Je la dirigeai vers ma voiture précautionneusement, comme je savais que le simple fait de faire un pas devant l'autre lui posait problème.

- Lâche-moi ! Cria-t-elle en trébuchant sur le trottoir, tombant presque.

Je voulu la rattraper, mais elle s'était déjà redressée. Je ne devrais pas être sans arrêt en quête de prétexte pour la toucher. Cela me fit repenser à l'attitude qu'avait eue Mme Cope à mon égard, mais je reportai cela à plus tard. J'avais autre chose en tête pour le moment.

Je la lâchai près de ma voiture, et elle s'affala contre la portière. J'aurais dû être encore plus prudent, faire plus attention à son manque d'équilibre...

- Quelle délicatesse !
- C'est ouvert.

Je m'installai au volant et démarrai la voiture. Elle se tenait droite comme un I, toujours à l'extérieur, alors que la pluie redoublait d'intensité et que je savais qu'elle n'aimait ni le froid, ni l'humidité. L'eau trempa ses cheveux épais, les assombrissant jusqu'à ce qu'ils semblent être noirs.

- Je suis parfaitement capable de rentrer chez moi toute seule !

Bien entendu. Le seul problème était que je n'étais pas capable de la laisser partir.
Je baissai la fenêtre et me penchai vers elle.

- Monte, Bella.

Ses yeux se rétrécirent, et je devinai qu'elle était en train de se demander si elle devait s'enfuir ou pas.

- Je te jure que je te trainerais là-bas par la tignasse s'il le faut. Lui promis-je.

L'expression chagrine qu'elle aborda lorsqu'elle se rendit compte que je pensais chaque mot que j'avais dit me donna envie de rire.

Le menton en l'air, elle ouvrit la portière et s'installa. Ses cheveux dégoulinèrent sur le cuir et ses bottes couinèrent.

- Tout cela est inutile. Dit-elle d'un ton glacial.

En vérité, j'étais sûr qu'elle était extrêmement embarrassée. Je montai le chauffage pour la mettre à l'aise et mis la musique en sourdine. Je me dirigeai vers la sortie, l'épiant tout de même du coin de l'œil. Sa lèvre inférieure dépassait d'un air opiniâtre. Je continuai à contempler sa bouche, essayant d'analyser l'effet que cela me faisait...repensant à la réaction de la secrétaire...

Soudain, elle regarda la stéréo et sourit, ses yeux écarquillés par l'étonnement.

- Clair de Lune ? Reconnu-t-elle.

Une fan de classiques ?

- Tu connais Debussy ?
- Pas bien, dit-elle. Ma mère est une fan de classique. Je ne reconnais que mes morceaux préférés.
- C'est également l'un de mes favoris.

Je m'abîmai dans la contemplation de la pluie, méditant. Alors ainsi j'avais au moins un point commun avec cette fille. J'avais commencé à penser que tout nous opposait.

Elle sembla plus détendue maintenant, regardant également la pluie tomber, les yeux perdus dans le vide. Je mis à profit ce moment d'inattention pour essayer de respirer à nouveau.

J'inspirai prudemment par le nez

Puissant

Je m'agrippai au volant. La pluie la faisait sentir encore meilleur. Je n'aurais jamais cru cela possible. Stupidement, je m'imaginais soudain le goût que cela pourrait avoir.

J'essayai de ravaler ma soif, d'ignorer la brûlure dans ma gorge, de penser à quelque chose d'autre.

- De quoi ta mère a l'air ? Demandai-je, en quête de distraction.
- Elle me ressemble beaucoup, en plus jolie. Dit-elle avec un sourire.

J'en doutais.

- Je tiens pas mal de Charlie. Continua-t-elle. Elle est plus extravertie que moi, plus courageuse.

J'en doutais également.

- Irresponsable, un peu excentrique. Sa cuisine est imprévisible. Je l'adore.

Il y avait de la mélancolie dans sa voix à présent ; son front se plissa.

Cette fois encore, on aurait cru entendre un parent plutôt qu'un enfant.

Je m'arrêtai devant chez elle, me rappelant un peu tard que je n'étais pas supposé savoir où elle habitait. Mais bon, avec un père plutôt connu dans les environ, ça n'allait sûrement pas la choquer...

- Quel âge as-tu, Bella ?

Elle devait être plus âgée que ses pairs. Peut-être avait-elle commencé l'école plus tard que les autres, où qu'elle avait redoublé...ce serait surprenant, cependant.

- Dix-sept ans.
- Tu fais plus.

Elle rit.

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?
- Ma mère passe son temps à répéter que j'avais trente-cinq ans à la naissance et je suis un peu plus dans la force de l'âge chaque année, dit-elle en riant avant de pousser un soupir. Il faut bien que quelqu'un soit adulte.

Cela clarifiait pas mal de chose. Je pouvais voir maintenant...comment l'irresponsabilité de la mère expliquait l'extraordinaire maturité de Bella. Elle avait du mûrir très vite, pour devenir l'adulte de la maison. C'était pourquoi elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle – elle avait l'impression que c'était son travail.

- Toi non plus, tu n'as pas beaucoup l'allure d'un lycéen. Dit-elle, me sortant de ma rêverie.

Je grimaçai. A chaque fois que je perçais un de ses secrets, elle perçait l'un des miens. Je changeai de sujet.

- Pourquoi ta mère a-t-elle épousé Phil ?

Elle hésita une minute avant de répondre.

- Elle...elle n'est pas très mûre, pour son âge. Je crois que Phil lui donne l'impression d'être plus jeune. Et puis, elle est folle de lui.

Elle secoua sa tête avec indulgence

- Tu approuves ? Demandai-je.
- Quelle importance ? Je veux qu'elle soit heureuse...et il est ce dont elle a envie.

L'altruisme de ce commentaire aurait dû me choquer, sauf qu'il correspondait parfaitement à tout ce que j'avais appris de sa personnalité.

- C'est très généreux...Je me demande...
- Oui ?
- Pousserait-elle la courtoisie à te rendre la pareille ? Quel que soit le garçon que tu choisisses ?

C'était une question stupide, et en plus j'avais été infichu de garder ma voix désinvolte en posant cette question. Qu'il était idiot ne serai-ce que de penser que quelqu'un pourrait me trouver m'accepter comme gendre. D'ailleurs, avant toute chose, il était stupide de penser que Bella puisse me choisir.

- Je...je crois. Balbutia-t-elle, en réaction au regard intense que je lui avais lancé.

Peur...ou attirance ?

- Mais c'est elle la mère, après tout. Dit-elle. C'est un peu différent.
- Alors, pas un type trop effrayant, j'imagine.
- Qu'entends-tu par là ? Plaisanta-t-elle. Des piercings sur toute la figure et une collection de tatouages ?
- C'est une des définitions possibles du mot.

Une définition plutôt réductrice, pour ma part.

- Quelle est la tienne ?

Elle posait toujours les mauvaises questions. Ou exactement les bonnes, peut-être. Celles auxquels je ne voulais pas répondre, en tout cas.

- Penses-tu que je pourrais passer pour effrayant ? Lui demandai-je, essayant tout de même de sourire un peu.

Elle médita un moment avant de dire d'une voix calme et sérieuse :

- Euh...oui. Si tu le voulais.
- As-tu peur de moi, là, maintenant ?

J'étais aussi sérieux qu'elle à présent.
Elle répondit trop vite.

- Non.

Je souris plus facilement. Je ne pensais pas qu'elle était entièrement honnête, mais je ne percevais pas là un réel mensonge. Elle n'avait pas assez peur de moi pour vouloir partir, au moins. Je me demandais soudain comment elle se sentirait si je lui disais qu'elle tenait une conversation avec un vampire. J'eu mentalement un mouvement de recul lorsque j'imaginai sa réaction.

- Et toi ? Vas-tu me parler de ta famille ? Elle doit être bien plus intéressante que la mienne.

Plus effrayante serait le mot juste.

- Que veux-tu savoir ? Demandai-je d'un air interdit.
- Les Cullen t'ont adopté ?
- Oui.

Elle hésita, puis dit d'une petite voix.

- Qu'est-il arrivé à tes parents ?

Ce n'était pas très difficile, je n'avais même pas besoin de lui mentir.

- Ils sont morts il y a des années.
- Désolée. Murmura-t-elle, craignant de m'avoir blessé.

Elle s'inquiétait pour moi.

- Je ne m'en souviens pas bien. Lui assurai-je. Carlisle et Esmée les ont remplacés depuis si longtemps.
- Et tu les aimes, en déduit-elle.
- Oui, répondis-je en souriant. Je doute qu'il y ait meilleures personnes au monde.
- Tu as beaucoup de chance.
- J'en suis conscient.

Oui, pour ce qui était de mes parents, ma chance ne pouvait être niée.

- Et ton frère et ta sœur ?

Si je la laissais demander plus de détails, j'allais devoir lui mentir. Je regardai l'horloge, constatant à contrecœur que mon temps avec elle était totalement écoulé.

- Mon frère et ma sœur, sans parler de Jasper et Rosalie, vont être furieux si je les fais languir sous l'averse.
- Désolée. Il faut que tu y ailles.

Pourtant, elle ne bougea pas. Elle non plus ne voulait pas que notre entretien se finisse déjà. Cela le plaisait vraiment, vraiment beaucoup trop.

- De ton côté, tu préfères sûrement récupérer ta camionnette avant que le Chef Swan rentre, histoire de ne pas avoir à mentionner le petit incident de tout à l'heure.

J'eu un grand sourire en me remémorant son expression embarrassée tandis que je la tenais dans mes bras.

- Je suis sûre qu'il est déjà au courant. Il n'y a pas de place pour les secrets, à Forks.

Elle avait dit le nom de la ville avec un dégoût prononcé.

Je ris. Pas de secrets, en effet.

- Amuse-toi bien à la mer

Je regardais l'averse, sachant qu'elle ne serait que de courte durée, mais espérant de toutes mes forces qu'elle reste.

- Joli temps pour bronzer. Ajoutai-je.

Bon, au moins Samedi il fera beau. Ca lui fera plaisir.

- Je te vois, demain ?

L'inquiétude dans sa voix me fit du bien.

- Non. Emmett et moi avons décidé de nous octroyer un weekend précoce.

J'étais en colère contre moi-même d'avoir eu cette idée. Je pouvais toujours changer mon emploi du temps...mais il n'y avait rien de tel que de chasser à outrance là bas, et ma famille se faisaient déjà assez de soucis comme ça à cause de mon attitude envers Bella, inutile de leur révéler combien j'étais devenu obnubilé par elle.

- Qu'est-ce que vous avez prévu ? Demanda-t-elle, déçue par ma révélation.

Bien.

- Une randonnée du côté de Goat Rocks, au sud du mont Rainier.

Emmett avait attendu avec impatience la saison des ours.

- Ah bon. Profites-en bien. Dit-elle à contrecœur.

Une fois n'est pas coutume, son manque d'enthousiasme me fit extrêmement plaisir.

Tandis que je la regardai, je commençai à me sentir au bord de l'agonie à la simple idée de devoir lui dire au revoir, même si j'allais la revoir dans quelques jours. Seulement, elle était si douce, si vulnérable. Il semblait imprudent de la quitter des yeux, alors qu'il pouvait lui arriver n'importe quoi, même si paradoxalement, je savais que ce qui pouvais lui arriver de pire résulterait de ma proximité.

- Accepterais-tu de me rendre un service, ce weekend ? Lui demandai-je très sérieusement.

Elle acquiesça, ses yeux agrandis et étonnés par l'intensité de ma voix.

Reste clair.

- Ne le prends pas mal, mais j'ai l'impression que tu es de ces gens qui attirent les accidents comme un aimant. Alors...tâche de ne pas tomber dans l'eau ni de te faire écraser par quoi que ce soit, d'accord ?

Je lui souris tristement, espérant de tout mon cœur qu'elle ne pouvait pas voir la tristesse dans mes yeux. Combien j'espérais qu'elle ne serait pas trop joyeuse en mon absence, quoi qu'il puisse lui arriver.

Cours, Bella, cours. Je t'aime beaucoup trop, et cela fera ton bonheur...ou le mien.

Elle fut offensée par ma plaisanterie. Elle me toisa.

- On verra ! Répliqua-t-elle, bondissant hors de ma voiture et claquant la portière aussi fort qu'elle le pouvait.

Exactement comme un petit chat furieux persuadé d'être un tigre.

J'enroulai mes doigts autour de la clé que je venais de piocher dans la poche de sa veste, et souris alors que je faisais demi-tour.



Chapitre 7  
 
Lorsque je retournai au lycée, je dû attendre un moment. La dernière heure n'était pas encore totalement terminée. Cela n'était pas pour me déplaire, car j'avais grand besoin d'un moment de solitude pour réfléchir. Son odeur s'attardait dans la voiture. Je gardais volontairement la fenêtre fermée, laissant les effluves m'attaquer, essayant de m'accoutumer à l'impression que j'avais de m'automutiler ainsi.

Attirance.

C'était là quelque chose d'assez problématique à envisager. Ce sentiment avait tellement de facettes, tellement de significations différentes et de degrés d'intensité. C'était différent de l'amour, mais ça s'en approchait.

J'ignorais totalement si Bella se sentait attirée par moi ou pas. (Son silence mental avait-il l'intention de devenir de plus en plus frustrant jusqu'à m'en rendre fou, où me rapprochai-je de la limite ?)

J'essayai de comparer ses réactions physiques à celles des autres, comme la secrétaire ou Jessica Stanley, sans résultat. Les mêmes symptômes – évolution du rythme cardiaque et de la respiration – pouvaient très bien s'appliquer tout aussi bien s'appliquer à l'intérêt qu'à la peur, au choc ou à l'anxiété. Par ailleurs, il semblait très peu probable que Bella puisse avoir les mêmes pensées que Jessica Stanley. Après tout, Bella savait parfaitement qu'il y avait quelque chose de monstrueux en moi, même si elle ne savait pas exactement ce que c'était. Elle avait touché ma peau de glace, et l'instant suivant avait dégagé sa main.

Pourtant...maintenant que je repensais à ces fantasmes qui m'avaient tant écœurés, si j'imaginais Bella à la place de Jessica...

Ma respiration s'accéléra, faisant monter et descendre le feu dans ma gorge écorchée.

Et si ça avait été Bella qui m'avait imaginé avec mes bras enlaçant son corps fragile ? Me sentant la serrer étroitement contre mon torse, puis mettre ma main sous son menton ? Ecarter d'une caresse une mèche sombre de son visage rougissant ? Dessiner les contours de ses lèvres avec le bout de mes doigts ? Approcher mon visage du sien, jusqu'à être en mesure de sentir son haleine brûlante sur ma bouche ? M'approcher encore...

Mais à ce moment là je m'arrachai à ce rêve éveillé, sachant pertinemment, tout comme je l'avais su lorsque Jessica avait imaginé cette scène, ce qu'il se passerait si je m'approchais encore plus d'elle.

Ce problème était insoluble, car pour ma part, je ressentais pour Bella une attirance de la pire espèce.

Voulais je que Bella ressente de l'attirance à mon égard, comme une femme envers un homme ?

Ce n'était pas la bonne question. La bonne question aurait été : Devrais-je vouloir que Bella ressente cela, et la réponse était non. Parce que je n'étais pas humain, et que ce ne serait pas juste pour elle.

De tout mon être, je désirais ardemment être un homme normal, pour pouvoir la serrer contre moi sans risquer de la tuer. Pour pouvoir laisser libre cour à mes propres fantasmes, fantasmes qui ne se termineraient pas avec son sang sur mes mains, avec son sang dans mes yeux.

Avoir des vues sur elle était proprement inexcusable. Quel genre de relation pouvais-je lui offrir, si je ne pouvais même pas prendre le risque de la toucher ?

Je plongeai mon visage sans mes mains.

Ma confusion était d'autant plus grande que de toute ma vie jamais je ne m'étais sentis aussi humain – pas même lorsque j'étais humain, pour autant que je pouvais m'en souvenir. Lorsque j'étais humain, toutes mes pensées étaient tournées vers la gloire militaire. La Grande Guerre avait fait rage durant une grande partie de mon adolescence, et j'étais à peine à neuf mois de mon dix-huitième anniversaire que la grippe espagnole me prit...il ne me reste plus que de vagues impressions de ces années d'humanité, des souvenirs troubles qui s'étaient affadis un peu plus à chaque décennie. Je me souvins plus précisément de ma mère et une ancienne douleur me prit lorsque je revis son visage. Je me rappelai combien elle haïssait ce future auquel je me destinais, priant chaque soir lorsqu'elle disait les grâce à table pour que cette « horrible guerre » prenne fin...je ne me souvenais pas avoir connu une autre forme de tendresse. En dehors de l'amour de ma mère, aucun autre amour ne me retenait là où j'étais...

C'était totalement nouveau pour moi. Aucune comparaison possible, aucun parallèle.

L'amour que je ressentais pour Bella était venu en toute chasteté, mais à présent cette pureté était souillée. Je désirais la toucher. Ressentait-elle la même chose ?

Cela n'avait pas d'importance, essayai-je de me convaincre.

Je regardai mes mains blanches, haïssant leur dureté, leur froideur, leur force inhumaine...

Lorsque la portière côté passager s'ouvrit, je sursautai.

Haha ! Prit par surprise : une première ! Pensa Emmett en se glissant sur le siège.

- Je parie que Mme Goff pense que tu es drogué, tu as été si irrégulier ces derniers temps. Où étais-tu aujourd'hui ?
- Je...faisais une bonne action.

Hein ?

- Défendre la veuve et l'opprimé, riais-je. Ce genre de choses.

Cela aggrava sa confusion, puis il inhala l'odeur dans la voiture.

- Oh. Encore elle ?

Je grimaçai.

Ca devient vraiment bizarre.

- Je ne t'ai pas demandé ton avis. Grommelai-je.

Il prit une nouvelle inspiration.

- Hmm, elle sent vachement bon, pas vrai ?

Il n'avait même pas fini sa phrase qu'un grognement s'échappa déjà de mes lèvres, une réponse instinctive.

- Doucement, gamin ! Je constate, c'est tout.

A ce moment là, les autres arrivèrent. Rosalie remarqua l'odeur et me lança un regard mauvais, toujours aussi irrité. Je me demandai quel était son problème, mais tout ce que je pouvais entendre venant d'elle étaient des insultes.

Je n'appréciai pas non plus la réaction de Jasper. A l'instar d'Emmett, il aima l'odeur de Bella. Non pas que l'arôme eut sur eux le millième de l'effet qu'il me fit, mais il n'empêchait qu'ils le trouvaient à leur goût et cela ne me plaisait pas. Jasper ne savait pas se contrôler...

Alice bondit à côté de moi et tendit la main, dans l'attente des clés de la camionnette de Bella.

- J'ai seulement vu que je le faisais. Dis-elle, obscure comme à son habitude. Mais il va falloir que tu m'explique.
- Cela ne veut pas dire que...
- Je sais, je sais. J'attendrais. Ce ne sera plus très long.

Je soupirai et lui tendis les clés.

Je la suivis chez Bella. La pluie tombait comme des gouttes de plomb, si bruyamment que les oreilles humaines de Bella ne purent peut-être pas entendre le vacarme que produisait son engin. Je regardai la fenêtre, mais elle ne se montra pas. Peut-être n'était elle pas là. Il n'y avait aucunes pensées à entendre.

Cela me rendait triste que je ne puisse même pas en entendre assez pour vérifier qu'elle était là – qu'elle était heureuse, ou au moins qu'elle était saine et sauve.

Alice entama le chemin de retour et nous courûmes jusque chez nous. La route était vide, alors ça ne prit que quelques minutes. Tous rassemblés à la maison, nous nous adonnâmes à nos passe-temps favoris.

Emmett et Jasper était au milieu d'une partie d'échec élaborée, utilisant huit échiquiers mis les uns à côté des autres – sur toute la longueur du mur du fond – ainsi que leur propres règles des plus compliquées. Ils ne me laisseraient pas jouer ; seule Alice acceptait de jouer avec moi désormais.

Alice s'installa à son ordinateur dans un coin et j'entendis l'interface musicale indiquant que ses moniteurs s'allumaient. Alice travaillait sur un projet de design pour la garde-robe de Rosalie, mais cette dernière ne vint pas la rejoindre aujourd'hui, elle ne vint pas se poster derrière elle pour effectuer elle-même des retouches tandis que la main d'Alice dessinait sur les écrans tactiles (Carlisle et moi avions dû un peu trafiquer le système, étant donné que la plupart des écrans de ce genre répondaient à des stimulations thermiques. Non, aujourd'hui Rosalie s'étala d'un air maussade sur le canapé et commença à faire défiler sur l'écran plat vingt chaines par secondes, sans s'arrêter. Je pouvais l'entendre se demander si elle devait aller dans le garage pour régler une fois de plus sa BMW.

Esmée était à l'étage, fredonnant tout en s'attaquant à une nouvelle série de patrons.

Alice dressa la tête pendant un moment en regardant l'échiquier et informa silencieusement Jasper du prochain coup d'Emmett – qui était assit par terre, lui tournant le dos. C'est en gardant son expression parfaitement calme et détendue que Jasper prit le cavalier fétiche d'Emmett.

Quant à moi je m'avançai, pour la première fois depuis si longtemps que j'en avais honte, du sublime piano positionné juste devant le hall d'entré. Je fis courir ma main sur la bascule, testant le ton. Il était toujours aussi parfaitement accordé.

A l'étage, Esmée arrêta ce qu'elle était en train de faire et dressa l'oreille.

Je débutai le premier thème de l'air qui s'était imposé à mon esprit dans la voiture cet après-midi, heureux de constater que ça sonnait encore mieux que je ne l'avais imaginé.

Edward s'est remit à jouer, pensa joyeusement Esmée, un sourire traversant son visage. Elle se leva de son bureau et fila silencieusement vers le palier.

J'ajoutai un thème d'harmonie, laissant la mélodie principale se faufiler dedans.

Esmée laissa échapper un soupir d'aise, s'assit en haut des marches, et appuya sa tête contre la rampe.

Une nouvelle chanson. Ca faisait si longtemps. Quel adorable morceau.Je laissai la mélodie se diriger dans une nouvelle direction, la suivant avec la clef de fa.

Edward se remet à composer ? Pensa Rosalie, et ses dents grincèrent de ressentiment.

A ce moment là, elle céda, et je pu voir ce qui se tramait derrière sa colère. Je vis pourquoi elle était si énervée contre moi ces derniers temps. Et pourquoi assassiner Isabella Swan n'aurait pas du tout troublé sa conscience, bien au contraire.

Avec Rosalie, c'était toujours une affaire d'orgueil.

La musique s'arrêta soudain, et j'éclatai de rire avant de pouvoir ne serait-ce que songer à me retenir, un rire que je métrisai vite en plaquant ma main sur ma bouche.

Rosalie se tourna pour me fixer, ses yeux brillant d'un chagrin furieux.

Emmett et Jasper se tournèrent aussi pour regarder, et je pu entendre la confusion d'Esmée. Elle fut au rez-de-chaussée en un éclair, s'arrêtant pour nous regarder alternativement, Rosalie et moi.

- Ne t'arrête pas, Edward. M'encouragea Esmée après un moment tendu.

Je recommençai à jouer, tournant le dos à Rosalie tout en essayant à grand peine de maîtriser le large sourire fixé à ma figure. Rosalie sauta sur ses pieds et sortit à grand pas de la pièce, plus en colère que gênée. Mais certainement assez gênée.

Dis un mot à propos de ça et je te jure que je te chasse comme un chien.

J'étouffai un nouveau rire.

- Qu'est-ce qu'il y a Rose ? L'appela Emmett. Rosalie ne se retourna pas. Elle continua son chemin, raide comme un piquet, jusqu'au garage où elle se glissa sous sa voiture comme pour s'y enterrer.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Me demanda Emmett.

- Je n'en ai pas la moindre idée, mentis-je.

Emmett ronchonna, frustré.

- Continue à jouer. Exigea Esmée alors que mes mains s'étaient à nouveau arrêtées.

J'obéis, et elle vint se tenir derrière moi, posant ses mains sur mes épaules.

La chanson se complétait sans s'achever. Je jouai avec un pont, mais quelque part cela ne me semblait pas juste.

- Est-ce que cet air charmant a un nom ? Demanda Esmée.
- Pas encore.
- Est-ce qu'il a une histoire ? Demanda-t-elle, un sourire dans la voix.

Ca lui faisait vraiment plaisir de m'entendre jouer, et je me sentais coupable d'avoir négligé la musique si longtemps. Ca avait été égoïste.

- C'est...une berceuse, je suppose.

Je trouvai le bon pont. Il se dirigea aisément vers le prochain mouvement, prenant vie.

- Une berceuse, se répéta-t-elle.

Le fait était que cette mélodie avait bel et bien une histoire, et une fois que je la vis, les morceaux s'enchainèrent sans effort. L'histoire d'une jeune fille endormie dans un lit étroit, ses cheveux sombres, épais et désordonnés ondulant comme les vagues de la mer sur l'oreiller...

Alice quitta Jasper de son propre chef et vint s'assoir près de moi sur le banc. De sa voix saisissante et carillonnant, elle esquissa un accompagnement en soprano deux octave au dessus de la mélodie.

- Ca me plait. Murmurai-je. Que penses-tu de cela ?

J'ajoutai son thème à l'harmonie – mes mains volaient à travers les clefs à présent pour travailler tous les morceaux simultanément – modifiant un peu, l'emmenant dans une nouvelle direction...

Elle saisit l'humeur de la musique, puis chanta à nouveau.

- Oui. Parfait. Approuvai-je.

Esmée pressa mes épaules.

Mais je pouvais pressentir la fin à présent, avec la voix d'Alice s'élevant au dessus de la musique et l'emmenant ailleurs. Je pouvais voir comment la chanson allait finir, parce que cette jeune fille endormie était parfaite telle qu'elle était, et le moindre changement aurait été mal, triste. Face à cette révélation, la musique dériva pour devenir plus lente et plus basse. La voix d'Alice suivit le mouvement, baissant de plusieurs tons elle aussi, et devenant grave, un ton qui appartenait aux échos des arches d'une cathédrale pleine de cierge.

Je jouais la note finale, puis saluait les clefs de la tête.

Esmée caressa ma tête.

Ca va aller, Edward. Ca va marcher, et tout ira pour le mieux. Tu mérites le bonheur, mon fils. Le destin te doit bien ça.

- Merci, chuchotai-je, souhaitant pouvoir le croire.

L'amour n'arrive jamais dans un paquet cadeau, tu sais.

J'eu un petit rire sans joie.

Toi, parmi tous les habitants de cette terre, est sûrement le mieux équipé pour t'escrimer contre ce genre de dilemme. Tu es le meilleur et le plus brillant d'entre nous.

Je soupirai. Toutes les mères disent cela.

Esmée débordait toujours de joie à la pensée qu'après tout ce temps, quelqu'un avait fini par toucher mon cœur, et se fichait totalement du potentiel tragique de la situation. Elle avait tant pensé que je resterais à jamais seul...

Elle t'aimera, j'en suis sûre, pensa-t-elle soudainement, me prenant de court. Si c'est une jeune fille intelligente. Elle sourit. Mais j'ai peine à imaginer que quelqu'un puisse être assez stupide pour ne pas voir quel homme tu es.

- Arrête, Maman, tu me fais rougir. Plaisantai-je.
Ses mots, quoiqu'improbables, m'encourageaient.

Alice rit et commença à jouer la main droite de « Cœur et Ame ». Je souris et compléta le morceau avec elle. Puis je lui fis plaisir en lui accordant une performance de « Baguettes ».

Elle gloussa, puis soupira.

- J'espérais que tu me dirais pourquoi tu t'es moqué de Rose tout à l'heure. Dit-elle. Mais je peux clairement voir que tu ne le feras pas.
- En effet.

Elle lança une pichenette à mon oreille.

- Soit gentille Alice, la réprimanda Esmée. Edward est un vrai gentleman.
- Mais je veux savoir

Je ris devant son ton plaintif. Puis je dis à Esmée de s'approcher et commença sa chanson favorite, un hommage anonyme à l'amour que j'avais longtemps observé entre Carlisle et Esmée.

- Merci, trésor. Dit-elle en pressant à nouveau mes épaules.

Je n'avais pas besoin de me concentrer pour jouer ce morceau si familier. Alors à la place, je pensai à Rosalie, toujours terrée dans sa mortification dans le garage, et cette vision m'arracha un sourire.

Venant à peine de découvrir quel potentiel de jalousie je renfermais en moi, j'eu un peu de pitié pour elle. C'était un sentiment très douloureux. Evidemment, sa jalousie à elle était négligeable comparée à la mienne, mille fois plus forte. Comme un simple figurant dans un très long film.

J'en vins à me demander en quoi la vie et la personnalité de Rosalie aurait été différente si elle n'avait pas été si belle. Aurait-elle été plus heureuse si sa propre beauté n'avait pas tout le temps eu la priorité dans sa vie ? Bon, je supposais qu'il était inutile de se poser la question, puisque le passé était ce qu'il était, et qu'elle avait toujours été la plus belle. Même lorsqu'elle était humaine, elle avait toujours vécu sous les feux des projecteurs à cause de son charme. Non pas qu'elle s'en plaignait, c'était plutôt l'inverse – elle avait toujours aimé être admirée plus que quiconque. Trait de caractère qui n'avait pas changé avec la perte de sa mortalité.

En prenant cela en compte, ce n'était donc pas une surprise qu'elle se soit offensée quand, depuis le début de notre relation, je n'avait pas loué sa beauté comme tous les autres hommes qu'elle avait jusqu'alors rencontré. Non pas qu'elle me désirait de son côté – loin de là. Mais que moi, je ne la désire pas, l'avait vexé. Elle s'était habituée à être l'objet de fantasme de tous les hommes.

C'était différent avec Jasper et Carlisle – les deux étaient déjà amoureux. Pour ma part, j'étais totalement sans attaches, et restait pourtant totalement indifférent face à elle.

J'avais longtemps cru ce vieux ressentiment enterré. C'était il y a longtemps.

Et il est vrai que pendant longtemps, elle avait oublié tout cela...jusqu'au jour où, enfin, je rencontrai quelqu'un dont la beauté me toucha.

Rosalie s'était persuadée que si sa beauté m'avait laissé de marbre, cela signifiait qu'aucune autre beauté au monde ne pourrait jamais m'émouvoir. Sa colère contre moi s'était échauffée depuis le jour où j'avais sauvé Bella, devinant, avec son instinct de mégère, mon intérêt encore inconscient.

J'avais porté le coup de grâce à Rosalie en trouvant une humaine insignifiante plus attirante qu'elle.

Je réprimai une autre envie de rire.

Cela dit, cela m'ennuyait un peu, sa manière de voir Bella. Rosalie la trouvait quelconque. Comment pouvait-elle penser une chose pareille ? Cela me paraissait incompréhensible. C'était de la simple jalousie, certainement.

- Oh ! Dit soudain Alice. Jasper, tu sais quoi ?

Je vis à mon tour ce qu'elle venait de voir, et mes mains s'immobilisèrent

- Non, quoi ? Répondit-il.
- Peter et Charlotte vienne nous voir la semaine prochaine ! Ils seront dans les parages, n'est-ce pas merveilleux ?
- Qu'y a-t-il, Edward ? Demanda Esmée, sentant la tension dans mes épaules.
- Peter et Charlotte viennent à Forks ? Sifflai-je à Alice.

Elle tourna les yeux dans ma direction.

- Du calme Edward. Ce n'est pas leur première visite.

Mes dents se serrèrent. Si, c'était leur première visite depuis que Bella était là, et je ne suis pas le seul que son sang attire.

- Ils ne chassent jamais ici. Dit-elle en fronçant les sourcils. Tu le sais.

C'était un fait, seulement le frère de Jasper et le petit vampire qu'il aimait n'était pas comme nous, ils avaient un régime alimentaire traditionnel. Pour ce qui était de Bella, on ne pouvait pas leur faire confiance.

- Quand ? Exigeai-je.

Elle fit une moue mécontente, mais répondit Lundi matin. Personne ne va toucher à Bella, rassure-toi.

- Non. Approuvai-je, puis lui tourna le dos. Tu es prêts Emmett ?
- Je croyais qu'on ne partait que ce matin ?
- On sera de retour dans la nuit du Dimanche. On part quand tu veux.
- Très bien. Laisse-moi dire au revoir à Rose d'abord.
- Bien sûr.

Vu l'état dans lequel était Rosalie en ce moment, ça ne risquait pas de prendre une heure.

Tu as vraiment perdu l'esprit, Edward. Pensa-t-il en se dirigeant vers la porte du fond.

- Tu as probablement raison.
- Joue encore une fois la nouvelle chanson, demanda Esmée.
- Si ça peut te faire plaisir. Cédai-je.

J'étais pourtant retissant à jouer à nouveau cette mélodie avec cette fin inévitable – une fin qui me faisait souffrir d'une manière qui m'était peu familière. Je restais un moment dans mes pensées, puis sortit le bouchon de la bouteille resté dans ma poche et le déposai sur le pupitre vide. Cela me soulagea un peu – un petit rappel de son oui.

J'acquiesçai pour moi-même, et commençai à jouer.

Esmée et Alice échangèrent un regard, mais aucune d'elle ne posa de question.



* * *




- On ne t'a jamais dit de ne pas jouer avec la nourriture ? Rappelai-je à Emmett.
- Oh, hey, Edward ! Riposta-t-il, souriant et tournant la tête vers moi.

L'ours tira avantage de ce soudain manque d'attention pour envoyer sa patte puissante dans la poitrine d'Emmett. Les griffe acérées comme des lames de rasoir déchirèrent en lambeaux sa chemise, et crissèrent sur sa peau.

Le grincement aigue fit beugler l'ours.

Nom de dieu ! Rose m'avait offert cette chemise !

Emmett rendit son feulement à l'animal enragé.

Je soupirai et m'assis à un rocher parfaitement commode pour cet emploi. Ca risquait de prendre un moment.

Mais Emmett en avait presque fini. Il laissa l'ours essayer de lui arracher la tête d'un nouveau coup de patte, riant en voyant l'ours s'étonner que ses coups restent inefficaces. L'ours grogna et Emmett y répondit par un autre grognement. Puis il s'élança sur l'animal, qui faisait quand même une tête de plus que lui une fois dressé sur ses pattes arrière et leurs corps s'entrechoquèrent et s'écroulèrent, entrainant dans leur chute un vieil épicéa. Les plaintes de l'ours s'arrêtèrent avec un gargouillement.

Quelques minutes plus tard, Emmett arriva au petit trop là où je l'attendais. Sa chemise était explosée, déchirée, ensanglantée, couverte de sève collante et de poils. Ses cheveux sombres et ondulé n'étaient pas en meilleur état. Il arborait un large sourire sur son visage.

- Il était fort celui là. Je pouvais presque le sentir quand il me griffait.
- Ce que tu es gamin, Emmett.

Il regarda ma chemine immaculée.

- Tu n'as pas été capable de pourchasser ce puma ?
- Bien sur que si. C'est juste que contrairement à toi, je ne mange pas comme un sauvage

Emmett éclata de son fameux rire.

- J'aimerais tant qu'ils soient plus forts. Ce serait plus drôle.
- Personne ne t'a demandé de te battre avec ton plat.
- Ouais, mais sinon avec qui je me battrais ? Alice et toi vous trichez, Rose ne veut pas être décoiffé, et Esmée devient folle quand avec Jasper on se fritte pour de bon.
- Oui, c'est dur la vie...

Emmett fit la grimace, courbant l'échine comme sous l'effet d'une charge très lourde.

- Allez, Edward. Mets ta télépathie en veilleuse une minute et viens te battre à la loyale.
- Je ne peux pas la mettre en veilleuse. Lui rappelai-je.
- Je me demande comment cette humaine arrive à te garder dehors ! Fit Emmet. Peut-être qu'elle pourrait me filer quelques tuyaux...
- Je t'interdis de t'approcher d'elle! Grognai-je entre mes dents, toute trace de bonne humeur évaporée.
- Oh, on dirait que j'ai touché un point sensible.

Je soupirai. Emmett vint s'asseoir à côté de moi.

- Désolé. Je sais que tu traverses une mauvaise passe en se moment. Tu sais j'essaye vraiment de ne pas trop agir comme un crétin insensible, mais bon, comme c'est un peu on état naturel...

Il attendit que je rigole à sa blague, puis, fit la tête.

Sérieux, toujours sérieux. Qu'est-ce qui te préoccupe maintenant ?

- Je pense à elle. Enfin, disons plutôt que je m'inquiète pour elle.
- Mais qu'est-ce qu'elle risque ? Dit-il avec un grand rire. Tu es là !!!

Une fois de plus, sa plaisanterie me laissa de marbre, mais je répondis à sa question.

- Tu n'as jamais remarqué à quel point ils sont fragiles ? Te rends-tu compte du nombre de choses horribles qu'il peut arriver à un humain ?
- Pas vraiment. Mais je suppose que je vois ce que tu veux dire. La première fois je n'en menais pas large face à l'ours, non ?
- Des ours ! Marmonnai-je, ajoutant une nouvelle crainte au dessus de la pile. Ce serait tout elle ça, connaissant sa chance. Un ours qui s'aventure en ville. Et bien sûr il foncera droit sur Bella !
- Tu sais que là on croirait vraiment entendre un déséquilibré ? S'esclaffa Emmett.
- Imagine une seconde que Rosalie serait humaine, Emmett ! Et qu'elle pourrait à tout moment tomber sur un ours...ou pâlir...ou maigrir...ou tomber dans les escaliers...ou tomber malade...et même gravement malade !

Une tempête de mots sortait de moi. C'était soulageant de les laisser sortir – eux qui était resté couvés en moi tout le weekend.

- Les incendies, les tremblements de terres, les tornades ! Oh mon dieu ! A quand remonte la dernière fois où tu as regardé les informations ? As-tu vu le genre de choses qui leur arrivent ? Des cambriolages, et des meurtres !

Mes dents se serrèrent, soudain si furieux à la simple idée qu'un autre humain puisse la blesser que j'en devins incapable de respirer.

- Houlà ! Eh calme-toi, gamin ! Elle vit à Forks, tu te souviens ? Alors elle va juste se faire....pleuvoir dessus. Dit-il avec un haussement d'épaules.
- Je commence vraiment à penser qu'elle est frappée de malchance, Emmett. Regarde les choses en face : parmi tous les endroits au monde où elle pouvait aller, elle a finit par atterrir dans une ville peuplée entre autres de vampires.
- Ouais, mais nous sommes végétariens. C'est plutôt un coup de bol, non ?
- Avec l'odeur qu'elle a ? Non, c'est assurément de la malchance. Pire même, vu l'effet que me fait son parfum. Dis-je en regardant mes mains, les détestant une fois de plus.
- Sauf que, à part Carlisle, aucun vampire ne se contrôle mieux que toi. Encore un coup de bol.
- Le fourgon ?
- C'était juste un accident.
- Mais tu aurais dû le voir arriver droit sur elle, Em', encore et encore. Je te le jure, c'était comme si cette fille avait une force magnétique en elle, un véritable aimant !
- Mais tu étais là. Une chance.
- Ah bon, vraiment ? N'est-ce pas là la pire espèce de chance qu'une humaine puisse avoir – qu'un vampire tombe amoureux d'elle ?

Emmett médita calmement cela un moment. Il se représenta la fille, et trouva l'image inintéressante. Honnêtement, je ne vois vraiment pas ce que tu lui trouves.

- Et bien, pour ma part je ne vois vraiment pas le charme de Rosalie. Répondis-je grossièrement. Honnêtement, elle a l'air de vraiment penser que toutes les autres beautés ne lui arrivent pas à la cheville !
- Je suppose que tu ne me diras pas...tenta Emmett avec un petit rire
- Je ne sais pas quel est son problème, Emmett. Mentis-je avec un sourire machiavélique.

J'avais vu ses intentions assez tôt pour pouvoir m'y préparer. Il tenta de m'éjecter du rocher, et il y eu un craquement sonore lorsque qu'une fissure fendit la pierre entre nous.

- Tricheur. Marmonna-t-il.

Je m'attendis à ce qu'il essayer une deuxième fois, mais ses pensées prirent une autre direction. Il imaginait Bella à présent, mais cette fois il se la figura plus blanche, avec ses yeux d'un rouge brillant.

- Non. M'étranglais-je.
- Ca t'enlèverait toutes tes craintes à propos de sa mortalité, non ? Et tu n'aurais plus envie de la tuer, non plus. C'est la solution idéale, non ?
- Pour moi ? Ou pour elle ?
- Pour toi. Répondit-il facilement, un « bien sûr » clairement perceptible dans sa voix.

J'eu un rire sans joie.

- Mauvaise réponse. Dis-je sombrement.
- Etre un vampire ne me dérange pas tant. Me rappela-t-il.
- Rosalie si.

Il soupira. Lui et moi savions parfaitement que pour retrouver son humanité, Rosalie serait prête à tout faire, à tout abandonner. Même Emmett.

- Oui, ça tu peux le dire. Admit-il calmement.
- Je ne peux pas...je ne dois pas...je ne vais pas ruiner la vie de Bella. Ne ressentirais-tu pas la même chose s'il s'agissait de Rosalie ?

Emmett pensa un moment.

Alors...tu l'aimes vraiment ?

- Je ne peux même pas le décrire, Emmett ! Soudain cette fille est devenue le centre de l'univers pour moi. Je ne vois plus l'intérêt du reste du monde sans elle.

Mais tu ne la transformeras pas ? Elle ne restera pas éternellement, Edward.

- Je le sais bien ! Gémis-je.

Et, comme tu l'as dis, elle est assez fragile.

- Crois-moi, je sais cela aussi.

Emmett manquait cruellement de tact, et les sujets délicats n'étaient pas son fort. Il tremblait un peu, désirant réellement ne pas se montrer offensant.

Mais est-ce que tu peux au moins la toucher ? Je veux dire, si tu l'aimes...tu ne voudrais pas, et bien, la toucher ?

Emmett et Rosalie partageaient un amour très physique. Il était dur pour lui de comprendre qu'on pouvait aimer, sans que cet aspect n'entre en compte.

- Je ne peux même pas y penser, Emmett. Soupirai-je.

Wow. Alors, il te reste quoi comme option ?

- Je n'en sais rien. Murmurai-je. J'essaye de trouver un moyen...de la quitter. Pour l'instant je ne sais même pas comment faire pour m'obliger à rester éloigné d'elle...

Avec un immense sentiment de gratitude, je réalisai soudain que je ne faisais rien de mal en restant – pour l'instant du moins, avec Peter et Charlotte dans les parages. Elle était temporairement plus en sécurité avec moi près d'elle plutôt que si je m'enfuyais au loin. Pour le moment, je serais paradoxalement son protecteur.

Cette pensée me rendit anxieux ; je mourrai d'envie de revenir pour jouer mon rôle aussi longtemps que possible.

Emmett remarqua ce changement d'expression. A quoi tu penses ?

- Là, maintenant, admis-je d'un air un peu penaud, je meure d'impatience de retourner à Forks pour vérifier si elle va bien. Je ne sais pas si j'arriverais à tenir jusqu'à Dimanche soir.
- Non, non, tu ne rentreras pas plus tôt à la maison. Laisse à Rosalie le temps de se calmer. Je t'en prie ! Pour moi !
- J'essaierai, dis-je d'un air dubitatif.

Emmett donna une tape dans sur la poche qui contenait mon téléphone.

- Alice aurait appelé si ta crise d'angoisse avait le moindre fondement. Elle est aussi dingue de cette fille que toi.

Je grimaçai.

- Bon, très bien. Mais on rentre Dimanche, pas plus.
- Pourquoi se presse ? En plus le soleil sera au rendez-vous. Alice a prédit que nous devrons sécher jusqu'à Mercredi.

Je secouai vivement la tête.

- Peter et Charlotte savent se tenir.
- Je m'en fiche, Emmett. Avec la chance qu'à Bella, elle va sûrement se promener dans la forêt pile au mauvais moment et...

Je tressaillis.

- Peter n'est pas réputé pour son self-control. Terminai-je. Je rentre Dimanche.

Emmett soupira. Exactement comme un déséquilibré.



* * *



Bella dormait paisiblement lorsque je grimpai à sa fenêtre, Lundi très tôt dans la matinée. Je m'étais rappelé d'amener de l'huile cette fois, et la fenêtre coulissa sans un bruit.

En regardant la façon dont ses cheveux s'emmêlaient sur l'oreiller, je pus dire qu'elle avait moins bien dormis que la dernière fois que j'étais venu. Ses mains étaient repliées sous sa joue comme chez un petit enfant, et sa bouche était légèrement entrouverte. Je pouvais entendre le va et viens de sa respiration lente entre ses lèvres.

C'était un incroyable soulagement que d'être là, de pouvoir la regarder à nouveau. Je compris alors ce que je n'avais pas vraiment réalisé avant d'être confronté directement au problème : dès que j'étais loin d'elle, rien n'allait plus.

Cependant, ce n'étais pas mieux quand j'étais près d'elle. Je soupirai, laissant le feu s'insinuer dans ma gorge. Je m'étais éloigné trop longtemps. Le temps passé à ne pas ressentir cette douleur et ce désir rendait ces émotions encore plus intenses maintenant que je les ressentais à nouveau. C'était si dangereux que j'avais même peur d'aller m'agenouiller près de son lit pour lire les titres de ses livres. Je voulais tout savoir des histoires qui remplissaient sa tête, mais j'avais peur de ma soif, effrayé du fait que si je m'autorisais à m'approcher un peu, je voudrais être de plus en plus proche d'elle...

Comme ses lèvres semblaient douces, et chaudes! Je pouvais m'imaginer les caresser du bout du doigt. Très légèrement...

C'était exactement le type d'erreur à ne pas faire.

Mes yeux parcoururent son visage, encore et encore, en quête du moindre changement. Les humains changeaient tout le temps...

Je vis qu'elle semblait...fatiguée. Comme si elle n'avait pas assez dormis. Etait-elle sortie ?

Je ris silencieusement et ironiquement de ma peine. Et alors, qu'est-ce que ça faisait si elle était sortie ? Elle n'était pas ma chose. Elle ne m'appartenait pas.

Non, elle ne m'appartenait pas – et cela m'attristait terriblement.

Une de ses mains se retourna, et je pus voir que sa paume était égratignée. Elle s'est blessée ? Même si ce n'était rien de grave, cela me troubla. Vu l'endroit où se trouvait la marque, elle avait du trébucher. Toutes choses considérées, cela semblait être une bonne explication.

C'était réconfortant de penser que je n'aurais pas à toujours enquêter sur elle pour percer ses secrets. On était amis maintenant – ou du moins, on essayait. Je pouvais très bien la questionner sur son weekend – à propos de la plage, et même de ce qu'elle avait fait hier soir pour paraître si exténuée. Je pouvais lui demander ce qui était arrivé à ses mains. Et je pouvais même rire un peu si elle confirmait ma théorie.

Je souris tendrement en me demandant si elle était ou non tombée dans l'eau de l'océan. En me demandant si elle avait passé un bon moment durant cette sortie. En me demandant si elle avait pensé à moi. Si je lui avais manqué, même si ce n'était que mille fois moins qu'elle m'avait manquée.

J'essayais de l'imaginer au soleil, sur la plage. L'image était incomplète, bien sûr, puisque je n'avais vu First Beach qu'en photo...

Je me sentis un peu mal à l'aise en repensant à la raison pour laquelle je n'étais jamais allé à la jolie plage qui ne se trouvait qu'à quelque minute de chez moi, en courant. Bella avait passé la journée à La Push – un endroit où m'était interdit, par traité, d'aller. Un endroit où quelques vieillards se souvenaient toujours des légendes sur les Cullen, s'en souvenaient et y croyaient. Un endroit où notre secret était connu...

Je secouai la tête. Je n'avais rien à craindre. Les Quileutes aussi étaient liés à ce traité. Même si Bella tombait sur l'un de ces vieux sages, ils ne pourraient rien dire. Et pourquoi le sujet serait-il abordé ? Pourquoi Bella parlerait de ses soupçons là bas ? Non...les Quileutes étaient probablement la seule chose dont je n'avais pas à me soucier.

Le soleil qui se leva me contraria. Je me souvins que je devrais attendre plusieurs jours avant de pouvoir satisfaire ma curiosité. Pourquoi diable avait-il choisi de briller aujourd'hui ?

Avec un soupir, je me faufilai hors de chez elle avant que qui que ce soit ne puisse m'y voir. J'avais l'intention de rester caché dans la forêt dense qui bordait sa maison et d'observer depuis là, mais une fois arrivé dans les bois, je fus surpris de trouver une ombre de son odeur à travers le chemin de la forêt.

Je suivis la piste rapidement, avec curiosité, m'inquiétant de plus en plus tandis que les traces s'enfonçaient dans les ténèbres. Que faisait Bella aussi loin ?

Le chemin s'arrêta net, au milieu de nulle part. La fragrance continua juste quelques pas hors du sentier, dans les fougères, et toucha le tronc d'un arbre déraciné. Elle s'était peut-être assise là...

Pourquoi Bella s'assiérait seule – et elle était seule, aucun doute la dessus – au milieu d'une forêt humide et pleine de mousse ?

Cela n'avait pas de sens, et, contrairement aux autres choses, je ne pouvais pas vraiment aborder le sujet.

Tu sais, Bella, j'étais justement en train de te flairer dans les bois – après avoir quitté ta chambre où je t'avais longuement observée dormir...Oui, voilà parfaitement de quoi briser la glace.

Je ne saurais probablement jamais ce à quoi elle pensait et faisait là, et cela fit grincer mes dents de frustration. Le pire, c'était que cela ne ressemblait que trop au scénario que j'avais imaginé avec Emmett – Bella se promenant seule dans les bois, avec son odeur qui attirerait quiconque pourrait la suivre...

Je gémis. Non seulement elle était malchanceuse, mais en plus elle flirtait avec le danger.

Et bien, pour le moment, elle avait un chevalier servant. Je la surveillerais, je ferais attention à elle, je la maintiendrais hors de danger, aussi longtemps que pourrais le justifier.

Je me surpris soudain à espérer que Pete et Charlotte resterait un peu plus longtemps.



Chapitre 8 
 
 
 
 Je ne vis pas beaucoup les invités de Jasper durant les deux jours ensoleillés où ils étaient à Forks. Je ne revenais à la maison que pour éviter à Esmée de s'inquiéter. Autrement, mon existence ressemblait plus à celle d'un spectre qu'à celle d'un vampire. Je me cachais, invisible dans l'ombre, d'où je pouvais suivre l'objet de mon amour et de mon obsession – d'où je pouvais la voir et l'entendre à travers les esprits des humains chanceux qui pouvaient marcher à ses côtés dans la lumière du soleil, parfois même caresser accidentellement le dos de sa main avec la leur. Elle ne réagissait jamais à de tels contacts ; leur peau était aussi tiède que la sienne.
     Cette absence forcée ne m'avait jamais parue aussi oppressante. Mais le soleil semblait la rendre heureuse, ce qui m'empêchait de trop en vouloir au beau temps. Tout ce qui faisait plaisir à Bella était dans mes bonnes grâces.
     Le lundi matin, j'épiai une conversation qui aurait eu le potentiel de réduira à néant mon assurance et faire de ce temps passé loin d'elle une véritable torture. Néanmoins, lorsqu'elle se termina, j'avais gagné ma journée.
     J'étais forcé de devoir un peu de respect à Mike Newton ; il ne s'était pas résigné à abandonner et à s'éclipser discrètement pour panser ses blessures. Il était plus brave que ce que j'avais présumé. Il allait réessayer.
     Bella arriva à l'école assez tôt et, ayant manifestement l'intention de profiter du soleil le plus longtemps possible, s'assit sur une des tables de pique-nique rarement utilisées en attendant que la sonnerie retentisse. Chose inattendue, les reflets que le soleil alluma dans ses cheveux étaient roux.
     Mike la trouva là, toujours à griffonner, ravi de sa chance.
     J'agonisais d'être impuissant, réduit au rôle de simple spectateur, retenu dans la forêt sombre par le soleil éclatant.
     Elle le salua avec assez d'enthousiasme pour le rendre extatique, et moi l'inverse.
     Bon, elle m'aime bien. Elle ne sourirait pas comme ça si elle ne m'aimait pas. Je parie qu'elle voulait aller au bal avec moi. Me demande ce qu'il y a de si important à Seattle…
     Il perçut le changement dans ses cheveux.
     - Je ne l'avais encore jamais remarqué, mais tes cheveux ont des reflets roux.
     Je déracinai accidentellement le jeune épicéa sur lequel je m'appuyais quand il prit entre ses doigts une mèche de ses cheveux pour la replacer derrière son oreille.
     - Seulement quand il y a du soleil, répondit-elle.
     À ma grande satisfaction, elle se dégagea légèrement lorsqu'il effleura sa peau. 
     Il fallut une minute à Mike pour rassembler son courage, perdant du temps en bavardages futiles.
     Elle lui rappela la dissertation que nous avions à rendre pour mercredi. D'après son expression légèrement suffisante, la sienne était déjà terminée. Lui avait complètement oublié, ce qui diminua considérablement son temps libre.
     Flûte – stupide disserte.
     Il en vint finalement à l'essentiel – mes dents étaient si serrées qu'elles auraient pu pulvériser du granit – et même à ce moment, il ne put se résoudre à poser sa question de but en blanc.
     - Je comptais t'inviter à sortir.
     - Oh.

     Il y eut un bref silence.
     "Oh" ? Qu'est-ce que ça signifie ? Elle va dire oui ? Attends – je ne lui ai pas encore vraiment demandé.
     Il déglutit bruyamment.
     - Tu sais, on pourrait aller dîner quelque part… je bosserai après.
Idiot. Ce n'était pas une question non plus.
     - Mike…
     La furie et l'agonie de ma jalousie étaient aussi intenses que la semaine précédente. Je brisai un autre arbre en tentant de m'y retenir. Je voulais tellement courir vers le lycée, trop rapide pour les yeux humains, et me saisir d'elle – l'éloigner le plus possible du garçon qu'en ce moment je haïssais tant que j'aurais pu le tuer et y prendre plaisir.
     Lui dirait-elle oui ?
     - Je ne crois pas que ce serait une très bonne idée.
     Je me remis à respirer. Mon corps rigide se relaxa.
     Seattle n'était qu'une excuse, après tout. Je n'aurais pas lui demander. A quoi est-ce que je pensais ? Je parie que c'est encore ce monstre, Cullen…
     - Pourquoi ? demanda-t-il, maussade.
     -Parce que… (Elle hésita) et si jamais tu répètes ce que je vais dire je te jure que je t'étranglerai avec joie –
     J'éclatai de rire au son la menace de mort sortant de ses lèvres. Un geai poussa un cri perçant, effrayé, et s'envola loin de moi.
     - À mon avis, ce serait blessant envers Jessica.
     Jessica ? Quoi ? Mais… Oh. D'accord. Je pense…Donc. Hein ?
     Ses pensées n'étaient plus cohérentes du tout.
     - Franchement, Mike, tu es aveugle ou quoi ?
     Je partageais ce sentiment. Elle ne pouvait pas s'attendre à ce que tout le monde soit aussi perspicace qu'elle, mais ce fait relevait de l'évidence. Pendant qu'il s'obligeait à prendre sur lui pour s'adresser à Bella, n'avait-il pas remarqué que c'était aussi dur pour Jessica ? C'était son égoïsme qui le rendait aveugle aux autres. Et Bella était si peu égoïste qu'elle voyait tout.
     Jessica. Euh. Wow. Euh…
     - Oh ! réussit-il à répondre.
     Bella utilisa sa confusion pour s'esquiver.
     - Il est l'heure d'aller en cours, et je ne peux pas me permettre d'arriver en retard une nouvelle fois.
Mike devint dès lors un point de vue peu fiable. Il se rendit compte, tandis qu'il tournait et retournait l'idée de Jessica dans sa tête, qu'il appréciait la pensée de la savoir attirée par lui. Ce n'était qu'un second choix, pas aussi satisfaisant que si c'était Bella qui avait pensé cela.
     Elle est pas mal, quand même. Un corps décent. Un oiseau dans la main…
     Il n'était plus concentré, embarqué par ses nouveaux fantasmes, tout aussi vulgaires que ceux qu'il avait eus à propos de Bella, mais à présent ils m'irritaient au lieu de me rendre furieux. Il méritait si peu chacune de ces deux filles ; elles étaient presque interchangeables à ses yeux. Je restai loin de sa tête après cela.
     Quand elle était hors de ma vue, je me blottissais contre le tronc froid d'un gros arbre, et naviguais d'esprit en esprit, la gardant à l'œil, toujours content quand Angela Weber était disponible. Je souhaitais trouver un moyen pour la remercier d'être simplement une personne gentille. Je me sentais mieux à l'idée que Bella ait une amie qui la méritât.
     J'admirais le visage de Bella sous tous les angles, et remarquai qu'elle était à nouveau triste. Cela me surprit – je pensais que le soleil suffirait à la garder souriante. Le midi, je la vis jeter plusieurs fois des regards furtifs à la table vide des Cullen, et cela me fit frissonner. Me donna de l'espoir. Peut-être lui manquais-je aussi.
     Elle avait des projets de sortie avec les autres filles après les cours – je prévus aussitôt de la surveiller – mais ils furent repoussés quand Mike invita Jessica à sortir, au même endroit que celui où il avait prévu d'emmener Bella.
     À la place, je retournai directement chez elle, faisant un crochet par les bois afin de m'assurer que personne de dangereux n'y rôdait. Je savais que Jasper avait prévenu son ancien frère d'éviter la ville – utilisant mon état mental à la fois comme explication et comme avertissement – mais je préférais ne courir aucun risque. Peter et Charlotte n'avaient aucune intention de s'attirer l'animosité de ma famille, mais les intentions changeaient rapidement…
     Bon, j'exagérais. Je le savais.
     Comme si elle savait que je la regardais, comme si elle avait eu pitié de l'agonie que je ressentais quand je ne pouvais pas la voir, Bella sortit sur la pelouse derrière sa maison, après plusieurs heures passées à l'intérieur. Elle avait un livre à la main et un plaid sous le bras.
     Silencieusement, je grimpai jusqu'aux plus hautes branches de l'arbre le plus proche du petit jardin.
     Elle étala la couverture sur l'herbe humide puis s'allongea sur le ventre et commença à feuilleter le livre, comme si elle cherchait un passage précis. Je lus par-dessus son épaule.
     Ah, des classiques. Elle était une fan d'Austen.
     Elle lisait vite, croisant et décroisant ses chevilles en l'air. Je regardais les rayons du soleil et le vent jouer dans ses cheveux quand son corps se raidit soudain, et sa main s'immobilisa au-dessus de la page. Tout ce que je vis était qu'elle avait atteint le chapitre trois quand elle tourna brutalement plusieurs pages d'un coup.
     Je pus lire la page de titre : Mansfield Park. Elle commençait une nouvelle histoire – le livre était une anthologie. Je me demandai pourquoi elle avait si abruptement changé de roman.
     Quelques instants plus tard, elle referma violemment le livre. D'un air férocement renfrogné, elle repoussa le livre et se retourna, s'allongeant sur le dos. Elle prit une profonde inspiration, comme pour se calmer, remonta ses manches et ferma les yeux. Je me déroulai mentalement l'histoire, mais n'y trouvai rien d'offensant au point de la contrarier ainsi. Un autre mystère. Je soupirai.
     Elle restait immobile, ne bougeant qu'une seule fois la main pour étaler ses cheveux sur la couverture, loin de son visage. Ils se déployèrent autour de sa tête, en une rivière châtain. Elle ne bougea plus.
     Sa respiration ralentit. Après quelques minutes, ses lèvres commencèrent à trembler. Elle marmonna dans son sommeil.
     Impossible de résister. J'écoutai aussi loin que possible, captant les voix dans les maisons voisines.
     Deux cuillères à soupe de farine… une tasse de lait…
     Allez ! Lance-le à travers le cerceau ! Allez, vas-y !
     Rouge ou bleu… ou peut-être que je devrais mettre quelque chose de plus décontracté…

     Il n'y avait personne à proximité. Je sautai par terre, me recevant silencieusement sur la pointe des pieds.
     C'était mal, et très risqué. J'avais jadis jugé Emmett avec condescendance pour ses actes irréfléchis et Jasper pour son manque de discipline. Pourtant,  à présent, j'enfreignais consciencieusement toutes les règles avec un abandon sauvage qui rendait, en comparaison, leurs écarts de conduite totalement insignifiants.
     Je soupirai, mais avançai malgré tout dans la lumière du soleil.
     J'évitai de me regarder, éclairé par ses rayons éblouissants. Il était assez douloureux d'avoir une peau de pierre, inhumaine, dans l'ombre ; je ne voulais pas voir Bella et moi côte à côte dans la lumière. La différence entre nous était déjà insurmontable, inutile d'y ajouter cette vision.
     Mais je ne pus ignorer les arcs-en-ciel qui se reflétèrent sur sa peau quand je me rapprochai. Mes mâchoires se serrèrent à cette vue. Pouvais-je être plus monstrueux ? J'imaginai sa terreur si elle ouvrait les yeux à ce moment…
     Je commençai à reculer, mais elle recommença à marmonner, ce qui me retint.
     - Mmm… Mmm.
     Rien d'intelligible. Eh bien, j'attendrais un peu.
     Je lui pris le livre, tendant précautionneusement le bras et retenant mon souffle tant que j'étais près d'elle. Au cas où. Je recommençai à respirer une fois éloigné de quelques mètres, goûtant comment les rayons lumineux et le plein air affectaient son odeur. La chaleur semblait l'adoucir encore. Ma gorge s'enflamma de désir, d'un feu plus fort, ravivé par ma longue absence. J'avais été trop longtemps loin d'elle.
     Je passai un moment à la juguler, puis – en me forçant à respirer par le nez – j'ouvris le livre. Elle avait commencé avec le premier roman… Je feuilletai rapidement les pages jusqu'à arriver au chapitre trois de  Raison et Sentiments, à la recherche de quelque chose de potentiellement offensant dans la prose polie de Jane Austen.
     Quand mes yeux s'arrêtèrent automatiquement sur mon nom – le personnage d'Edward Ferrars était présenté pour la première fois – Bella se remit à parler.
     - Mmm. Edward.
     Cette fois-ci, je ne craignis pas qu'elle se soit réveillée. Sa voix n'était qu'un murmure bas et mélancolique. Pas le hurlement de peur qu'elle aurait eu si elle m'avait aperçu.
     Ma joie se heurtait à un profond mépris de moi-même. Au moins, elle rêvait toujours de moi.
     - Edmund. Ahh. Trop… proche…
     Edmund ?
     Ah ! Elle ne rêvait pas du tout de moi, réalisai-je sombrement. Le mépris pour moi-même revint en force. Elle rêvait de personnages de fiction. Autant pour ma vanité.
     Je replaçai le livre près d'elle, et retournai sous le couvert des arbres, dans les ténèbres auxquelles j'appartenais.
     L'après-midi passa et je la contemplais, à nouveau impuissant, tandis que le soleil se couchait lentement et que les ombres s'étiraient, glissant vers elle sur la pelouse. Je voulais les repousser, mais l'obscurité était inévitable ; les ombres l'atteignirent. Une fois la lumière partie, sa peau devint trop pâle, fantomatique. Ses cheveux étaient à nouveau sombres, presque noirs contre son visage.
     C'était effrayant à regarder – comme si je voyais la vision d'Alice se réaliser sous mes yeux. Son rythme cardiaque fort et régulier était la seule chose rassurante, le son qui empêchait cet instant d'avoir trop l'air d'un cauchemar.
     Je fus soulagé quand son père rentra.
     J'entendis assez peu de lui tandis qu'il remontait la petite rue vers la maison. Une vague contrariété… dans le passé, quelque chose qui avait se dérouler au travail. Une attente associée à la faim – je devinai qu'il avait hâte de passer à table. Mais ses pensées étaient si étouffées et contenues que je ne pouvais pas en être sûr ; je n'en comprenais que l'essentiel.
     Je me demandai à quoi les pensées de sa mère ressemblaient – quelle combinaison génétique avait pu produire cette fille unique.
     Bella commençait à se réveiller, et s'assit brusquement quand les pneus de la voiture de son père crissèrent sur l'allée de briques. Elle regarda autour d'elle, semblant désorientée par les ténèbres inattendues. Pendant un bref moment, elle effleura du regard les ombres dans lesquelles je me cachais, mais elle détourna rapidement les yeux.
     - Charlie ? demanda-t-elle d'une voix basse, scrutant toujours les arbres qui entouraient le jardin.
     La portière se referma en claquant, et elle regarda dans la direction du son. Elle se leva rapidement et ressembla ses affaires, jetant un autre coup d'œil en arrière vers les bois.
     Je changeai de place, m'abritant derrière un arbre proche de la fenêtre de derrière la petite cuisine, et écoutai leur soirée. Il était intéressant de comparer les paroles de Charlie à ses pensées assourdies. Son amour et sa préoccupation pour sa fille étaient presque écrasants, et pourtant ses paroles étaient toujours concises et ordinaires. La plupart du temps, ils restaient dans un silence de bonne compagnie.
     Je l'entendis discuter de ses projets pour la soirée suivante à Port Angeles, et j'affinai mes propres plans en l'écoutant. Jasper n'avait pas dit à Peter et Charlotte de rester à l'écart de Port Angeles. Même si je savais qu'ils s'étaient nourris récemment et qu'ils n'avaient pas l'intention de chasser dans notre voisinage, je la surveillerais, des fois que… Après tout, il y en avait toujours d'autres de ma race au-dehors. Sans compter tous ces dangers humains auxquels je n'avais jamais pensé auparavant.
     Je l'entendis s'inquiéter à voix haute à l'idée de laisser son père dîner tout seul, et souris à cette preuve de ma théorie – oui, elle était vraiment quelqu'un d'attentionné, aux petits soins pour ceux qu'elle aimait.
     Je partis juste après, sachant que je serais bientôt de retour, quand elle dormirait.
     Je n'attenterais pas à sa vie privée à la manière d'un voyeur. J'étais là pour sa protection, pas pour la lorgner comme Mike Newton le ferait sans aucun doute s'il était assez agile pour grimper à la cime des arbres, comme moi. Je ne la traiterais pas si grossièrement.
     Ma maison était vide quand j'y retournai, ce qui n'était pas plus mal pour moi. Je captais toujours leurs pensées désobligeantes et perplexes concernant ma santé mentale. Emmett avait laissé une note sur la boîte aux lettres.
     Football au champ Rainier. Allez ! S'te plaît ?
     Je trouvai un stylo et griffonnai le mot désolé sous son plaidoyer. Les équipes étaient égales sans moi, de toute façon.
     Je fis la chasse la plus courte possible, me contentant de petits herbivores pas aussi savoureux que les prédateurs, puis me changeai avant de retourner à Forks.
Bella ne dormait pas aussi bien cette nuit. Elle se débattait dans ses couvertures, le visage parfois inquiet, parfois triste. Je me demandai quel cauchemar la hantait… puis réalisai que je ne voulais peut-être  pas savoir.
     Quand elle parla, elle chuchota principalement des choses désobligeantes sur Forks d'une voix sombre. Une seule fois, quand elle soupira "Reviens" en ouvrant les mains – une supplication muette – pus-je espérer qu'elle rêvait de moi.
     Le lendemain au lycée, le dernier jour pendant lequel le soleil me retiendrait prisonnier, ressembla beaucoup à la veille. Bella avait l'air encore plus morose qu'avant, et je me demandais si elle allait annuler ses projets – elle ne semblait pas d'humeur. Mais, étant Bella, elle jugerait probablement le plaisir de ses amies plus important que le sien.
     Elle portait un corsage bleu marine, et cette couleur seyait parfaitement à son teint, faisant ressembler sa peau à de la crème fraîche.
     La journée de cours se termina, et Jessica accepta de passer prendre les autres filles. Angela les accompagnait, ce de quoi je lui étais reconnaissant.
     Je rentrai à la maison pour prendre ma voiture. Quand je vis que Peter et Charlotte étaient là, je décidai que je pouvais me permettre d'accorder aux filles une bonne heure d'avance. Je n'aurais jamais été capable de supporter de conduire derrière, en respectant la limite de vitesse – horrible pensée.
     Je rentrai par la cuisine, accordant un vague signe de tête aux saluts d'Emmett et Esmée tandis que je passais entre tout le monde dans le salon, et me dirigeai droit vers le piano.
     Ugh, il est rentré. Rosalie, évidemment.
     Ah, Edward. Je déteste le voir souffrir ainsi. La joie d'Esmée était gâchée par le souci qu'elle se faisait. Elle avait bien raison de s'en faire, d'ailleurs. L'histoire d'amour qu'elle avait imaginée tournait à la tragédie, plus visible à chaque instant.
     Amuse-toi bien à Port Angeles ce soir, pensa gaiement Alice. Dis-moi quand je pourrai parler à Bella.
     Tu es pathétique. J'arrive pas à croire que tu aies manqué la partie hier soir juste pour regarder quelqu'un dormir, maugréa Emmett.
     Jasper ne m'accorda aucun intérêt, même si l'air que je m'étais mis à jouer devenait un peu plus orageux que je n'en avais eu l'intention. C'était une vieille chanson, avec un thème familier : l'impatience.  Jasper saluait ses amis, qui me regardèrent avec curiosité.
     Quelle créature étrange, pensait Charlotte aux cheveux blonds presque blancs, aussi grande qu'Alice.  Il était si normal la dernière fois que je l'ai vu.
Les pensées de Peter étaient en phase avec les sienne, comme d'habitude.
     Ce doit être les animaux. Le manque de sang humain doit les rendre fous, concluait-il. Ses cheveux étaient aussi clairs que les siens, presque aussi longs. Ils étaient très similaires – sauf en ce qui concernait la taille, Peter était aussi grand que Jasper – tant dans leurs pensées que dans leur apparence. Un couple bien assorti, avais-je toujours pensé.
     Tout le monde sauf Esmée arrêta de penser à moi après un moment, et je jouai dans des tons plus feutrés qui ne les dérangeraient pas trop.
     Je ne leur prêtai pas attention pendant un long moment, me contentant de laisser la musique me distraire de mon malaise. Il était difficile de sortir cette fille de ma tête. Je ne tournai la tête vers eux que quand les adieux semblèrent toucher à leur fin.
     - Si vous revoyez Maria, leur dit Jasper avec méfiance, dites-lui que j'espère qu'elle se porte bien.
Maria était le vampire qui avait créé Peter et Jasper – Jasper dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, Peter plus récemment, dans les années quarante. Elle était passée voir Jasper une fois, quand nous étions à Calgary. Cela avait été une visite riche en évènements – nous avions dû partir immédiatement. Jasper lui avait poliment demandé de garder ses distances à l'avenir.
     - Je ne pense pas que ça arrivera bientôt, dit Peter en riant.
     Maria était indéniablement dangereuse et il n'y avait plus beaucoup d'affection entre elle et Peter. Il n'avait après tout été qu'un instrument de la défection de Jasper. Jasper avait toujours été le préféré de Maria ; elle considérait comme un détail mineur le fait qu'elle avait un jour projeté de le tuer.
     - Mais si ça arrive, je le ferai, lui assura-t-il.
     Ils se serrèrent la main, se préparant à partir. Je laissai la chanson que je jouais se dissiper en une fin insatisfaisante, et me levai rapidement.
     - Charlotte, Peter, leur dis-je avec un signe de tête.
     - J'ai été heureuse de te revoir, répondit Charlotte d'un ton incertain.
     Peter se contenta de me retourner mon signe de tête.
     Aliéné, me jeta Emmett.
     Idiot, pensa Rosalie en même temps.
     Le pauvre. Esmée.
     Et Alice, d'un ton réprobateur. Ils vont droit à l'est, vers Seattle. Absolument pas près de Port Angeles. Elle me montra la preuve dans ses visions.
     Je fis semblant de ne pas l'avoir entendue. Mes excuses étaient déjà assez piètres comme cela.
     Une fois dans ma voiture, je me sentis plus détendu ; le ronronnement puissant du moteur que Rosalie avait amélioré – l'année précédente, quand elle était de meilleure humeur – était apaisant. C'était un soulagement de bouger, de savoir que je me rapprochais de Bella à chaque kilomètre qui s'envolait sous mes roues.  
 
 
 
 
Chapitre 9 
 
 
 
   Il y avait trop de lumière pour que je puisse conduire à travers la ville en direction de Port Angeles. Le soleil était encore trop haut, au dessus de ma tête, et, malgré mes vitres teintées, il n’y avait aucune raison de prendre des risques inutiles. Plus de risques inutiles devrais-je dire.
   
     J’étais certain de pouvoir trouver les pensées de Jessica à distance – elles étaient plus bruyantes que celles d’Angela, une fois que j’entendrais la première, je pourrais trouver la seconde. Et une fois que la nuit tomberait, je pourrais me rapprocher d’elles. Pour l’instant, je m’écartais de la route à l’entrée de la ville, pour m'arrêter sur un parking qui semblait peu fréquenté.
   
     Je savais déjà où chercher – il n’y avait qu’une seule boutique de robes à Port Angeles. Il ne me fallut pas longtemps pour trouver Jessica, tournant sur elle-même devant trois miroirs, et je pus voir Bella dans sa vision périphérique, qui étudiait la longue robe noire qu’elle portait.
  
     Bella a encore l’air énervée. Ha ha. Angela avait raison – Tyler  en a trop fait. Mais je ne peux pas croire qu’elle soit à ce point bouleversée. Au moins, elle sait qu’elle a un cavalier de rechange pour le bal de fin d’année. Et si Mike ne s’amusait pas au bal, et ne voulait plus sortir avec moi? Et s’il demandait à Bella de l’accompagner au bal de fin d’année? Est-ce qu'elle aurait demandé à Mike de l’accompagner au bal si il n’avait pas parlé de notre rendez-vous ? Est-ce qu’il pense qu’elle est plus jolie que moi? Est-ce qu’elle pense qu’elle est plus jolie que moi?
   
    - Je pense que je préfère la bleue. Ça fait vraiment ressortir tes yeux.
   Jessica sourit à Bella, en se forçant un peu, le regard suspicieux.

    Est-ce vraiment ce qu’elle pense? Ou veut-elle que je ressemble à une grosse vache samedi?
    J’en avais déjà assez d’écouter les pensées de Jessica. Je cherchai Angela, tout près – ah, mais elle était en train de changer de robe, je m'éclipsai rapidement de son esprit pour lui rendre son intimité.
                 Bien, il n’y avait pas beaucoup de problèmes que Bella pourrait rencontrer dans ce magasin. Je les laisserais faire leur shopping, et retournerais vers elles quand elles auraient fini. Il ne restait plus très longtemps avant qu’il ne fasse sombre - les nuages commençaient à revenir, glissant depuis l’ouest. Je pouvais seulement les entr'apercevoir à travers les arbres épais, mais je savais qu’ils accéléreraient la tombée de la nuit. Je les accueillis avec bonheur, désirant plus que jamais leur ombre qui s’abattait. Demain, je pourrais de nouveau m'asseoir à côté de Bella au lycée, une nouvelle fois monopoliser son attention au déjeuner.

   Donc, elle était furieuse après les présomptions de Tyler. J’avais vu ça dans sa tête – qu'il pensait vraiment aller au bal de fin d’année avec elle, c’était une évidence pour lui. Je me remémorai l’expression de Bella de cet après-midi là – le refus outré – et je ris. Je me demandai ce qu’elle pourrait bien lui dire là-dessus. Je ne voulais surtout pas rater sa réaction.
    Le temps passa lentement tandis que j’attendais que les ombres s’allongent. Je vérifiais de temps en temps les pensées de Jessica ; sa voix mentale était la plus facile à trouver, mais je n’aimais pas m’y attarder trop longtemps. Je vis l’endroit où elles comptaient manger. Il ferait sombre au moment du dîner... Peut-être pourrais-je choisir le même restaurant par pure coïncidence... Je touchai le téléphone dans ma poche, pensant inviter Alice à dîner... Elle serait emballée par l’idée, mais elle voudrait aussi parler à Bella. Je n’étais pas sûr d’être prêt à ce que Bella soit plus impliquée dans mon monde. Un seul vampire n’était-il pas déjà assez problématique ?
    Je vérifiai les pensées de Jessica une nouvelle fois, comme une routine. Elle pensait à ses bijoux, et demandait l’opinion d’Angela.
    
    - Peut-être que je devrais rapporter le collier. J’en ai déjà un à la maison qui serait parfait, j’ai dépensé plus d’argent que j’aurais dû... Maman va paniquer. A quoi je pensais ?
    - Ça ne m'ennuie pas de retourner au magasin. Mais crois-tu que Bella nous cherchera?”
   Quoi ? Qu'est-ce que c'était encore ? Bella n’était pas avec elles ? Je regardai à travers les yeux de Jessica pour passer rapidement à ceux d’Angela. Elles étaient sur le trottoir en face d’une rangée de boutiques, en train de faire demi-tour. Bella n’était nulle part.

    Oh, mais on s'en fiche de Bella ! pensa Jess impatiemment, avant de répondre à Angela.
   - Ça va aller. On aura bien assez de temps pour aller au restaurant, même si on fait demi-tour. De toute façon, je pense qu’elle voulait être seule.
   J’eus un bref aperçu de la librairie à laquelle Jessica pensait que Bella s’était rendue.

    - Alors dépêchons-nous, dit Angela. J'espère que Bella ne pensera pas qu’on s’est débarrassées d’elle. Elle a été tellement gentille avec moi dans la voiture... C’est vraiment une fille adorable. Mais elle m’a semblé mal toute la journée. Je me demande si c’est à cause d’Edward Cullen ? Je parie que c’est pour ça qu’elle se posait des questions sur sa famille...
    J’aurais du être plus attentif. Qu’avais-je manqué ? Bella déambulait toute seule, et elle avait posé des questions sur moi auparavant ? Angela se concentrait sur Jessica maintenant – cette dernière parlait de Mike Newton à présent – je n’en tirerais rien de plus.

    Je jaugeais les nuages. Le soleil se retrouverait bientôt derrière eux. Si je restais sur le côté gauche de la route, là où les immeubles bloquaient la lumière...
Je commençai à me sentir anxieux tandis que je conduisais à travers le trafic dense du centre ville. C’était quelque chose que je n’avais pas envisagé – Bella partant de son côté – et je ne savais vraiment pas comment la retrouver. J’aurais dû y penser.
    Je connaissais bien Port Angeles. Je me dirigeai directement vers la libraire à laquelle Jessica pensait, espérant que ma recherche serait de courte durée, doutant que ce serait facile. Quand Bella rendrait-elle les choses faciles?

    Bien sûr, la petit boutique était vide, excepté pour une femme vêtu de façon anachronique, derrière le comptoir. Cela ne ressemblait pas du tout à un endroit auquel Bella pourrait s’intéresser – trop new age pour une personne rationnel. Je me demandai si elle était vraiment entrée à l'intérieur.

   Il y avait une place à l’ombre où je pourrais me garer... L’ombre continuait jusque sous l’auvent du magasin. Vraiment, je ne devrais pas. Me balader en pleine journée était risqué. Et si une voiture réfléchissait la lumière du soleil vers l’ombre au mauvais moment?

    Mais je ne savais pas comment chercher Bella autrement !

    Je me garai et sortis, restant du côté le plus sombre. J’entrai rapidement dans le magasin, mais ne sentis pas l’odeur de Bella. Elle était venue ici, sur le trottoir, mais il n’y avait pas la moindre trace de son arôme dans le magasin.

    - Bienvenue ! Puis-je vous aider? commença le vendeur, mais j’étais déjà sorti.
    Je suivis l’odeur de Bella aussi loin que l’ombre me le permit, stoppant à la limite du soleil.

    Comme je me sentais impuissant – coincé par la ligne départageant l’ombre de la lumière qui se trouvait juste devant moi sur le trottoir ! Tellement limité.

    Je pouvais seulement imaginer qu’elle avait continué à le long de la rue, vers le sud. Il n’y avait pas grand chose dans cette direction. Etait-elle perdue ? Cette possibilité lui ressemblait bien.

    Je retournai dans ma voiture, conduisant doucement à travers les rues, la cherchant. Je sortis plusieurs fois de la voiture sous quelques endroits ombragés, mais je pouvais seulement sentir son odeur une fois de plus et la direction me désarçonnait. Où essayait-elle d’aller ?
    Je fis plusieurs allers-retours entre le magasin et le restaurant, espérant la voir sur la route. Jessica et Angela étaient déjà là, essayant de décider si elles devaient commander, ou attendre Bella. Jessica voulait commander tout de suite.

    Je commençai à scanner les esprits d'étrangers, cherchant à travers leurs yeux. Quelqu’un l’avait certainement remarquée.
    J’étais de plus en plus anxieux au fur et à mesure qu’elle restait introuvable. Je n’avais jamais pensé à la difficulté qu’il serait de la trouver une fois, comme maintenant, qu’elle se trouverait hors de ma vue. Je n’aimais pas ça.
    Les nuages s’amassaient à l’horizon, et dans quelques minutes, je pourrais suivre sa trace à pied. Alors, ça ne me prendrait pas trop longtemps. Seul le soleil me rendait inutile à ce moment précis. Juste quelques minutes supplémentaires, puis l’avantage serait de nouveau de mon côté, et le monde humain serait impuissant.

    Un autre esprit, puis un autre. Tant d’esprits triviaux.

    ...je pense que le bébé a encore une infection aux oreilles...

    ... Est ce que c’était 640 ou 604...?

    ...Encore en retard. Je dois vraiment lui dire...
    La voilà! Aha!

    Enfin, son visage. Finalement, quelqu’un l’avait remarqué !

    Le soulagement ne dura qu’une fraction de seconde, puis je lus complètement les pensées de l’homme qui exultait devant son visage dans l’ombre.

    Son esprit m’était étranger, et pourtant pas complètement inconnu non plus. J’avais un jour traqué des esprits similaires.

   - Non ! criai-je et des grognements sortirent de ma gorge. Mon pied enfonça l’accélérateur, mais où devais-je aller?
    Je connaissais la direction générale de ses pensées, mais je ne savais pas où il se trouvait exactement. Quelque chose, il devait y avoir quelque chose – un panneau de rue, une devanture de magasin, quelque chose dans sa vision qui me donnerait sa position. Mais Bella s'enfonçait dans le noir, et les yeux de l’homme se focalisaient sur son expression apeurée – se délectant de sa peur.

    Dans son esprit, le visage de Bella se confondait avec d’autres. Elle n’était pas sa première victime.
    Mes grognements résonnèrent dans l’habitacle de la voiture, mais je n’y prêtai pas attention.
    Il n’y avait pas de fenêtre dans le mur derrière elle. Un endroit industriel, loin des quartiers commerciaux. Ma voiture dérapa à une intersection, évitant un autre véhicule, tandis que je me dirigeais vers, je l'espérais du moins, la bonne direction. Au moment où l’autre conducteur klaxonna, j’étais déjà loin du bruit.

    Regarde-la trembler ! gloussa l’homme. La peur était son moment favori.

    - Ne me touchez pas ! La voix de Bella était claire et ferme, pas un cri.
    - Ne sois pas comme ça, ma chérie.
    Il la regarda tressaillir alors qu’un rire retentit d’une autre direction. Ce bruit l’irritait – La ferme, Jeff ! pensa-t-il – tout en se délectant du recul de Bella. Cela l’excitait. Il commença à imaginer ses supplications, la façon dont elle l'implorerait.

    Je n’avais pas réalisé qu’il y avait d’autres personnes avec lui jusqu’à ce que j’entende des rires bruyants. Je scannai ses pensées, tentant d’y dénicher quelque chose qui pourrait m’être utile. Il commença à s’approcher d’elle, tendant les mains.

    Les esprits autour de lui n’étaient pas aussi fous que le premier. Ils étaient tous plus ou moins intoxiqués, mais aucun d’entre eux ne réalisait jusqu'où l'homme appelé Lonnie avait prévu d’aller ce soir. Ils le suivaient aveuglement. Il leur avaient promis de s’amuser.

    L’un d’entre eux fixa la rue nerveusement - il ne voulait pas se faire attraper, en train de harceler une fille - et me donna exactement ce que je voulais. Je reconnus la rue qu’il fixait.

    Je grillai un feu rouge, glissant à travers un espace juste assez grand entre deux voitures roulant dans le trafic. Les klaxons résonnèrent derrière moi.

    Mon téléphone vibra dans ma poche. Je l’ignorai.

    Lonnie se rapprocha lentement de la fille, allongeant le suspens – le moment de terreur qui l’excitait. Il attendit son cri, se préparant à le savourer…

    Mais Bella serra ses mâchoires et se contracta. Il fut surpris – il s’attendait à ce qu’elle coure. Surpris, et légèrement déçu. Il aimait traquer sa proie, l’adrénaline de la chasse.

    Courageuse, celle ci. Peut-être même meilleure, j’imagine...elle a plus de lutte en elle.
    J’étais à un pâté de maisons. Le monstre pouvait entendre rugir mon moteur maintenant, mais il n’y prêtait pas attention, trop concentré sur sa victime.
    On allait voir combien il aimerait la traque une fois qu’il en serait la proie. On verrait ce qu’il penserait de mon style de chasse.
    Dans un autre compartiment de mon esprit, je sélectionnais déjà les différentes techniques de tortures que j’avais utilisées auparavant, recherchant la plus douloureuse. Il souffrirait pour ça. Il allait agoniser. Les autres allaient simplement mourir pour avoir pris part à cette horreur, mais le monstre dénommé Lonnie implorerait la mort bien avant que je ne lui fasse ce cadeau.
    Il était au milieu de la route, se rapprochant d’elle.
    Je tournai au coin de la rue, et mes phares éclairèrent la scène, immobilisant tous les autres. J’aurais pu écraser le chef, qui les avait amenés ici, mais c'aurait été une mort bien trop facile.

    Je laissai la voiture tourner complètement sur elle-même, me retrouvant face à l’endroit d’où je venais, pour que la porte passager se trouve près de Bella. Je l’ouvris, elle se dirigeait déjà vers la voiture en courant.

    - Monte ! criai-je
    C’est quoi ça?
    Je savais que c’était une mauvaise idée! Elle n’est pas toute seule.
    Est ce que je dois courir?

    Je crois que je vais vomir...

    Bella se jeta dans la voiture sans hésitation, refermant aussitôt la portière.
    Puis elle me regarda avec l’expression la plus confiante que j'aie jamais vue sur aucun visage humain, et tous mes plans violents s’effondrèrent.

    Il me prit bien moins d’une seconde pour constater que je ne pouvais pas la laisser dans la voiture pour m’occuper des quatre hommes. Que lui dirais-je, de ne pas regarder ? Ha ! Depuis quand faisait-elle ce qu’on lui demandait? Depuis quand agissait-elle de façon raisonnable et, surtout, pas dangereuse ?
    Les emmènerais-je hors de sa vue, la laissant seule ici ? Il y avait peu de chances pour qu’un autre homme dangereux chasse ce soir, mais il y avait déjà eu peu de chances la première fois. Comme un aimant, elle attirait toutes les choses dangereuses à elle. Je devais la garder en vue.

    Cela devait, pour elle, faire partie du même mouvement, alors que j’accélérais, l’éloignant de ses poursuivants, si vite qu'ils ne pouvaient que regarder ma voiture, ahuris. Elle n'avait pas vu mon instant d’hésitation. Elle devait penser que je voulais m’échapper depuis le début.
    Je ne pouvais même pas le frapper avec ma voiture. Cela effraierait Bella.

    Je voulais la mort de cet homme tellement sauvagement que ce désir boucha mes oreilles, brouilla ma vision, et laissa un goût amer sur ma langue. Mes muscles se tendirent sous l’urgence, l’envie, la nécessité. Je devais le tuer. Je le découperais, doucement, bout par bout, de la peau aux muscles, des muscles aux os...

    Sauf que la fille – la seule fille au monde – s'agrippait à son siège des deux mains, me fixant, les yeux grands ouverts, et absolument confiants. La vengeance devrait attendre.

    - Mets ta ceinture, ordonnai-je. Ma voix était dure sous l’effet de la haine et de l’envie de tuer. Pas une envie normale. Je ne voulais pas me souiller en ingurgitant la moindre goutte de sang de cet homme.
    Elle attacha sa ceinture, sursautant lorsqu'elle émit un léger "clip". Ce tout petit son la fit sursauter, et pourtant elle ne cilla pas alors que je me ruais à travers la ville, ignorant tous les feux. Je pouvais sentir son regard sur moi. Elle semblait bizarrement sereine.  Cela n’avait pas de sens – pas après ce qu’elle venait de vivre.
    - Est-ce que ça va? demanda-t-elle, la voix pleine de stress et de peur.

    Elle voulait savoir si moi, j’allais bien?
    Je réfléchis à sa question pendant une fraction de seconde. Pas assez longtemps pour qu’elle remarque mon hésitation. Allais-je bien?

    - Non, dis-je en réalisant que mon ton était plein de rage.

    Je l’emmenai vers le même parking désert où j’avais passé l’après-midi, dans le pire poste de surveillance du monde. Il y faisait noir maintenant, sous les arbres.

    J’étais tellement furieux que mon corps se raidit, complètement figé. Mes mains glaciales voulaient écraser son assaillant, le réduire en si petites pièces que son corps ne serait jamais identifié...

    Mais cela impliquait de la laisser seule, sans protection, dans le noir.

    - Bella ? demandai-je les dents serrés.
    - Oui ? répondit-elle la gorge enrouée. Elle éclaircit sa voix.

    - Est-ce que tu vas bien ? C’était vraiment la chose la plus importante, la première priorité. La vengeance était secondaire. Je le savais, mais mon corps était empli de rage, m'empêchant de le penser.

    - Oui. Sa voix était toujours basse - la peur sans doute.

    Donc, je ne pouvais pas la laisser.

    Même si elle courait un danger constant pour une raison très énervante – l'univers me faisait une blague –, même si je pouvais être sûr qu’elle serait en parfaite sécurié durant mon absence, je ne pouvais pas la laisser toute seule dans le noir.
    Elle devait être tellement terrorisée.

    Pourtant je ne pouvais pas la réconforter – même si j'avais su comment faire, et ce n’était pas le cas. Elle pourrait certainement sentir la brutalité qui irradiait de moi, c’était évident. Je l’effraierais encore plus si je ne pouvais calmer le désir de dévastation qui bouillait en moi.
    Je devais penser à quelque chose d’autre.

    - Distrais-moi, s’il te plaît, la priai-je.

    - Pardon ?
    J’avais juste assez de contrôle sur moi même pour lui expliquer ce que je voulais.
    - Parle-moi, dis-moi n'importe quoi, même des bêtises, jusqu’à ce que je me calme.
    Je lui intimai cela, la mâchoire fermée. Seul le fait qu’elle avait besoin de moi me retenait dans cette voiture. Je pouvais entendre les pensées de l’homme, sa déception, et sa rage... Je savais où le trouver... Je fermai mes yeux, espérant ne plus le revoir...
    - Hum..." Elle hésitait – essayant de comprendre ma requête j’imagine. “Je vais écraser Tyler Crowley demain avant les cours ?” Elle dit cela comme s’il s’agissait d’une question.

    Oui – c'était ce dont j’avais besoin. Bien sûr, Bella allait dire quelque chose d’imprévu. Comme auparavant, une menace de violence venant de sa bouche était hilarante – tellement comique que cela résonnait en moi. Si je n'avais pas été en train de me consumer d’envie de meurtre, j’aurais ri.

    - Pourquoi ? aboyai-je, pour la forcer à parler encore.

    - Il dit à tout le monde qu’il m'emmène au bal de fin d'année, dit elle de sa voix outrée, comme un chaton se prenant pour un tigre. “Soit il est fou, soit il veut toujours se faire pardonner pour avoir faillit me tuer la dernière... enfin, tu te souviens", plaça-t-elle sèchement, "et il pense que le bal de fin d’année est un bon moyen d’y arriver. Donc je pensais que si je mettais sa vie en danger, nous serions quittes et il n'essaierait plus de se faire pardonner. Je n’ai pas besoin d'ennemis et peut-être que Lauren me laisserait tranquille. Je vais tout de même devoir emboutir sa Sentra,” elle continua, pensive à présent. “S’il n’a plus de voiture, il ne pourra pas m’emmener au bal...”
    Il était encourageant de voir qu’elle se trompait parfois. La persistance de Tyler n’avait rien à voir avec l’accident. Elle ne semblait pas comprendre l'attirance qu’elle exerçait sur les garçons humains du lycée. Ne voyait-elle pas à quel point elle m’attirait moi non plus?

    Ah, ça marchait. La fluidité de son raisonnement était toujours captivante. Je commençai à reprendre le contrôle, voir au-delà de la vengeance et la torture.

    - J’en ai entendu parler, lui dis-je. Elle s'arrêta de parler, alors que j’avais besoin qu’elle continue.
   
    - Vraiment ? demanda-t-elle incrédule. Sa voix se fit plus énervée. “S'il est paralysé par le choc, il ne pourra pas aller au bal non plus.”
    Je souhaitai trouver un moyen de lui demander de continuer à proférer des menaces de mort sans passer pour un fou. Elle ne pouvait pas avoir choisi un meilleur moyen pour me calmer. Et ses mots – de simples sarcasmes dans son cas, des hyperboles – étaient quelque chose dont j’avais vraiment besoin en ce moment.

    Je soufflai et rouvris les yeux.

    - C’est mieux ? demanda-t-elle timidement.

    - Pas vraiment.
    J’étais plus calme, mais je ne me sentais pas mieux. Parce que je venais juste de réaliser que je ne pourrais pas tuer l’homme nommé Lonnie, et pourtant c’était ce que je voulais, plus que tout au monde. Pratiquement tout.

    La seule chose que je voulais plus que commettre un meurtre extrêmement justifié à présent, était cette fille. Et même si je ne pouvais pas l’avoir, juste la pensée de l‘avoir rendait impossible ma petite partie de chasse de ce soir – peu importe combien elle aurait été justifiée.
    Bella méritait mieux qu’un tueur.
    J’avais passé sept décennies à essayer d’être quelque chose d’autre – n'importe quoi d'autre qu’un tueur. Malgré toutes ces années d’efforts, je ne mériterais jamais cette fille assise à côté de moi. Et pourtant je sentais que si je retournais à cette vie – celle d’un tueur – ne serait-ce que pour une nuit, je ne serais jamais digne d’elle. Même si je ne buvais pas leur sang – même si mes pupilles ne viraient pas à un rouge accusateur – ne sentirait-elle pas la différence?

    J’essayais d’être quelqu’un de bien pour elle. C’était impossible. J’essaierais tout de même.

    - Qu’est ce qui ne va pas ? murmura-t-elle.
    Son haleine emplit mon nez, me rappelant pourquoi je ne la méritais pas. Après tout cela, malgré tout mon amour pour elle... elle me mettait toujours l'eau à la bouche.
    Je serais aussi honnête que possible avec elle. Je le lui devais.

    - Parfois, j’ai du mal à contrôler mes humeurs, Bella.” Je plongeai mon regard dans la nuit noire, espérant à la fois qu’elle comprendrait l’horreur de mes propos et en même temps qu'elle ne le fasse pas. Surtout qu'elle ne le fasse pas. Cours Bella, cours. Reste Bella, reste. “ Surtout qu’il ne servirait à rien que je retourne là bas pour régler leur compte à ces..." Le seul fait d’y penser faillit m’arracher de la voiture. Je pris une profonde inspiration, laissant son odeur s’engouffrer dans ma gorge. “Enfin, j’essaie de m’en convaincre”.

    - Oh.

    Elle ne dit rien d’autre. Quelle conclusion avait-elle tirée de mes propos? Je lui jetai un regard furtif, mais son expression était illisible. Peut-être sous le choc. Au moins elle ne criait pas. Pas encore.

    Le silence s’installa un moment. Je luttais contre moi même, essayant d’être ce que je ne pouvais pas être.

    - Jessica et Angela vont s’inquiéter, dit-elle doucement. Sa voix était calme, je ne savais pas que c'était possible. Etait-elle sous le choc? Peut-être n’avait-elle pas encore intégré les événements de ce soir. “Je devais les retrouver.”
    Voulait-elle s’éloigner de moi ? Ou s’inquiétait-elle seulement pour ses amies?

    Je ne lui répondis pas, mais démarrai la voiture pour la ramener. Plus je me rapprochais du centre ville, plus il était difficile de résister à la tentation. J’étais trop proche de lui.
    Si c’était impossible – si je ne pouvais jamais avoir, ou même mériter la fille – alors pourquoi laisser filer cet homme sans le punir ? Je pouvais sûrement m'autoriser cela...
    Non. Je ne lâcherais pas. Pas encore. Je voulais trop qu’elle se laisse aller.

    Nous étions arrivés au restaurant où elle devait retrouver ses amies avant même que je réussisse à m'éclaircir les idées. Jessica et Angela finissaient de manger, et toutes les deux s’inquiétaient réellement pour Bella. Elles s'apprêtaient à sortir pour la chercher, du côté de la rue sombre.

    Ce n’était pas une bonne nuit pour leur petite balade.

   - Comment savais-tu où..? La question interrompue de Bella me coupa, et je m'aperçus que j’avais encore fais une gaffe. J’avais été trop distrait pour lui demander où elle était supposée rencontrer ses amies.
    Mais au lieu de continuer l'interrogatoire en insistant sur ce point, Bella hocha simplement la tête en souriant à moitié.

    Qu’est ce que ça voulait dire ?

    Enfin, je n’avais pas le temps de m’interroger sur son acceptation bizarre de mon intuition encore plus bizarre. J’ouvris la porte.

    - Que fais-tu ? demanda-t-elle, alarmée.

    Je te garde en vue. Je ne veux pas que tu sois seule ce soir. Dans ce but.
   - Je t’emmène dîner.
     Eh bien, ça allait être intéressant. Cela ne me semblait plus être la même nuit que celle où j'avais imaginé emmener Alice avec moi, prétextant me retrouver dans le même restaurant que Bella et ses amies par hasard. Et maintenant, j’avais pratiquement rendez-vous avec elle. Mais ça ne comptait pas, parce que je ne lui laissais aucune chance de dire non.
    Elle avait déjà sa portière à moitié ouverte – ça n’avait jamais été aussi frustrant d’avoir à marcher à une vitesse normale – au lieu d’attendre que je l’ouvre pour elle. Etait-ce parce qu'elle n’avait pas l’habitude d’être traité comme une dame, ou parce qu’elle pensait que je n’étais pas un gentleman ?
    J’attendis qu’elle me rejoigne, de plus en plus anxieux alors que les filles continuaient vers les ruelles sombres.
    - Va arrêter Jessica et Angela avant que je ne doive les sauver elles aussi, ordonnai-je rapidement. “Je ne pense pas pourvoir me contenir si nous rencontrons tes amis une nouvelle fois”. Non, je ne serais pas assez fort pour ça.

    Elle trembla légèrement puis se ressaisit. Elle fit un pas dans leur direction puis cria “Jess! Angela !” Elle leur fit un grand signe lorsqu’elles se tournèrent, essayant de capter leur attention.

    Bella ! Oh, elle va bien ! pensa Angela, soulagée.

    Légèrement en retard non ? ronchonna Jessica, mais elle aussi sembla heureuse que Bella ne fût pas perdue ou blessée. Je l'appréciais déjà plus.

    Elles se dépêchèrent de rejoindre Bella, puis s'arrêtèrent net, presque choquées en me voyant à ses côtés.
    Non ! pensa Jessica, étonnée. Pas possible !
    Edward Cullen ? Est-ce qu’elle est partie de son côté pour le retrouver ? Mais pourquoi aurait-elle posé des questions sur le fait qu’il soit parti si elle savait qu’il était là...
J’eus un bref flash de l’expression mortifiée de Bella lorsqu'Angela lui avait appris que ma famille était souvent absente du lycée. Non, elle ne pouvait pas savoir, décida-t-elle.
    Les pensées de Jessica passèrent de la surprise à la suspicion. Bella m’a caché ça.
    - Où étais-tu passée ? demanda-t-elle, fixant Bella, en me jetant des coups d’oeil.

    - Je me suis perdue, et puis j’ai rencontré Edward, dit Bella, en me montrant du doigt. Son ton était remarquablement calme. Comme si c’était réellement tout ce qui s’était passé.
    Elle devait être sous le choc. C’était la seule explication rationnelle.

    - Ça ne vous dérange pas si je me joins à vous ? demandai-je – pour être poli. Je savais qu’elles avaient déjà mangé.

    Oh mon Dieu, qu’est ce qu’il est beau ! pensa Jessica, soudainement confuse.

    Angela n’était pas plus rationnelle. Nous n’aurions pas dû manger. Wow. Juste… Wow !    
    Mais bon sang, pourquoi ne pouvais-je pas faire cet effet à Bella?

    - Euh... bien sûr, acquiesça Jessica.

    Angela fronça les sourcils.
   - En fait, Bella, nous avons mangé en t’attendant, avoua-elle. Désolée.
    Quoi ? La ferme ! protesta Jessica intérieurement.

    Bella haussa légèrement les épaules. Tellement sereine. Définitivement sous le choc.
   - C’est bon, je n’ai pas faim.

    - Je pense que tu devrais manger quelque chose,
m’opposai-je. Elle avait besoin d’un peu de sucre dans le sang, même s’il sentait déjà assez bon, et je frémis. L’horreur allait s'abattre sur elle d’un moment à l’autre, et avoir l’estomac vide ne l’aiderait pas. Elle s'évanouissait facilement, je le savais par expérience.

    Les filles ne seraient pas en danger si elles rentraient directement à la maison. Elles, le danger ne les suivait pas comme leur ombre.
    Et je préférais être seul avec Bella – tant que c’était ce qu’elle voulait aussi.

    - Ça ne vous dérange pas si je ramène Bella ce soir?” demandai-je à Jessica avant que Bella ne puisse répondre. Comme ça vous n’aurez pas à attendre le temps qu’elle mange.

    - Euh… bien sûr, pas de problème j’imagine...” Jessica jeta un long regard à Bella, cherchant à savoir si c’était ce qu’elle voulait.

    J’aimerais rester...mais elle le veut probablement pour elle seule. Qui ne le voudrait pas ? pensa Jess. Au même moment elle regardait Bella lui faire un clin d’œil.

    Un clin d’œil?
    - D'accord, dit Angela rapidement, cherchant à s’éclipser le plus vite possible si c'était  ce que Bella voulait. Et cela semblait être le cas. 
   - On se voit demain, Bella...Edward.” Elle lutta pour prononcer mon nom normalement. Puis elle attrapa la main de Jessica et commença à la tirer en arrière.

    Je devrais trouver un moyen de remercier Angela.

    La voiture de Jessica était tout près, sous les spots d’un lampadaire.
Bella les suivit prudemment du regard, un petite ride d’anxiété entre les yeux, jusqu’à ce qu’elles soient dans la voiture, donc elle devait être consciente du danger qu’elle avait couru. Jessica lui fit au revoir de la main, et s’en alla, et Bella lui rendit son geste. Ce ne fut qu’une fois la voiture disparue qu’elle prit une profonde inspiration et se tourna pour me regarder.
    - Franchement, je n’ai pas faim, dit-elle.

    Pourquoi avait-elle attendu qu’elles soient parties pour me le dire? Voulait-elle vraiment être seule avec moi – même maintenant, ayant constaté ma furie meurtrière?

    Que ce soit le cas ou pas, elle allait manger quelque chose.
    - C’est ce qu’on va voir, dis-je.

    Je tins la porte du restaurant pour elle, attendant.

    Elle soupira et entra.

    Je marchai derrière elle vers les serveurs. Bella semblait toujours maîtresse d’elle-même. Je voulais toucher sa main, son front, vérifier sa température. Mais ma main glacée la repousserait, comme auparavant
.
   Oh mon Dieu. La voix de l'hôtesse, extrêmement forte, fit intrusion dans mon inconscient. Mon Dieu mon Dieu.
    Cela semblait être ma nuit pour tourner les têtes. Ou est ce que je ne m’en rendais compte que parce que je voulais faire le même effet à Bella ? Nous étions toujours très attrayants pour nos proies. Je n’y avais jamais autant pensé auparavant. D’habitude – sauf avec des personnes telles que Shelly Cope ou Jessica Stanley, qui semblaient imperméables à l’horreur – la peur prenait le dessus juste après la première réaction.

    - Une table pour deux, s’il vous plaît, lançai-je puisque l'hôtesse ne parlait pas.

    - Oh, euh, oui. Bienvenue à La Bella Italia. Hmm! Quelle voix! S’il vous plaît, suivez moi. Ses pensées étaient préoccupées, calculatrices.
    Peut-être que c’est son cousin. Elle ne peut pas être sa sœur, ils ne se ressemblent vraiment pas du tout. Mais de la famille. Il ne peut pas être avec elle.
    Les yeux humains étaient flous, ils ne voyaient rien clairement. Comment est ce qu’une femme à l’esprit si étriqué pouvait trouver mes qualités physiques – mes pièges à proies – attrayantes, et pourtant semblait incapable de voir la douce perfection de cette fille à côté de moi ?
    Eh bien, pas besoin de l’aider, juste au cas où ils seraient ensemble, pensa l'hôtesse nous emmenant vers une table familiale en plein milieu du restaurant bondé. Est ce que je peux lui donner mon numéro pendant qu’elle est là...?
    Je tirai un billet du fond de ma poche. Les gens étaient invariablement coopératifs dès qu’il s’agissait d’argent.

    Bella était déjà en train de s'asseoir sans la moindre objection. Je lui fis non de la tête, elle hésita, penchant la tête de curiosité. Oui, elle allait être très curieuse ce soir. Cette foule n’était pas le meilleur endroit pour une conversation.
    - Peut-être quelque chose d’un peu plus privé ? lançai-je à l'hôtesse, lui tendant l’argent. Ses yeux s’ouvrirent sous l’effet de la surprise, puis se plissèrent tandis qu’elle fermait sa main autour du pourboire.
    - Bien sûr.
    Elle jeta un regard au billet en nous accompagnant dans un coin isolé.

    Cinquante dollars pour changer de table? Il est riche aussi. Evidemment – je parie que sa veste coûte plus cher que mon dernier bulletin de paye. Merde. Pourquoi veut-il être en privé avec elle?
    Elle nous offrit une table dans un coin tranquille du restaurant, d'où personne ne pouvait nous voir – voir les réactions de Bella quoi que je puisse lui dire. Je ne savais pas du tout ce qu’elle attendait de moi ce soir. Ou ce que je lui dirais.

    Qu’avait-elle deviné? Quelle explication s’était-elle fabriquée pour les événements de ce soir ?
    - Est-ce que ça vous va ? demanda l'hôtesse.

    - Parfait, lui répondis-je, légèrement agacé par le ressentiment qu’elle avait envers Bella, et je lui fis un grand sourire, toutes dents dehors. Pour qu’elle voie qui j’étais.

    Whoa.
    - Euh... votre serveuse arrive tout de suite”. Il ne peut pas être réel, je dois  être en train de dormir. Peut-être qu’elle va disparaître... peut-être que je devrais lui écrire mon numéro de téléphone directement dans le plat, avec du ketchup...
   Elle s'éloigna, continuant de chercher un moyen.

    Bizarre. Bella n’était toujours pas effrayée. Je me souvins soudainement d'Emmett, se moquant de moi à la cafétéria, voilà déjà plusieurs semaines. "Je parie que j’aurais pu l’effrayer plus facilement que toi."
    Etais-je en train de perdre mon talent ?
    - Tu ne devrais pas faire ça aux gens, tu sais. Bella interrompus mes pensées d’un ton désapprobateur. Ce n’est vraiment pas juste.

    Je fixai son expression critique. Que voulait-elle dire? Je n’avais pas effrayé l'hôtesse, malgré mes intentions.
   - Faire quoi ?

    - Les éblouir comme ça – elle est probablement en train d’hyper-ventiler en cuisine maintenant.
   
Hmm. Bella avait presque tout juste. L'hôtesse n'était qu'à moitié cohérente en ce moment, me décrivant à une des ses collègues. Elle avait tout faux.

    - Oh voyons, me secoua Bella tandis que je ne répondais pas immédiatement. Tu dois savoir l’effet que tu fais aux gens.
    - Je les éblouis ?"
C’était une façon intéressante de me décrire. Assez juste pour ce soir. Je me demandais quelle différence...

    - Tu n’as pas remarqué? demanda-t-elle toujours critique. Tu penses que tout le monde arrive à ses fins aussi facilement ?
    - Est-ce que je t’éblouis, toi ?”
Ma voix se fit curieuse instantanément, et les mots sortirent, c’était trop tard pour revenir en arrière.

    Mais avant que je n’aie eu le temps de regretter trop profondément mes mots, elle répondit.
    - Fréquemment.” Et ses joues devinrent immédiatement roses.

    Je l’éblouissais.

    Mon cœur sans battement se remplit d’espoir comme jamais auparavant.

    - Bonjour, lança la serveuse, se présentant. Ses pensées étaient bruyantes, et plus explicites que celle de l'hôtesse, mais je ne lui prêtai pas attention. J’admirais le visage de Bella au lieu de l’écouter, regardant le sang affluer sous sa peau, ne remarquant pas à quel point cela enflammait ma gorge, mais plutôt comme cela illuminait son visage, comme cela effaçait son teint blanchâtre.

      La serveuse attendait quelque chose de moi. Ah, elle voulait ma commande de boisson. Je continuai de fixer Bella, et la serveuse se tourna vers elle, presque irritée.

    - Je vais prendre un coca ? dit Bella, presque en quête d'approbation.
    - Deux cocas, corrigeai-je. La soif – la soif humaine – était un signe de choc. J’allais m’assurer qu’elle ait le sucre du soda dans son système.
    Elle avait l’air d’être en forme pourtant. Plus qu’en forme. Radieuse.

    - Quoi ? dit-elle – se demandant sûrement pourquoi je la fixais. Je n’avais pas réalisé que la serveuse était partie.
    - Comment te sens-tu ? demandai-je
.
    Elle cligna des yeux, surprise par la question.
   - Ca va.

    - Tu ne te sens pas nauséeuse, ou malade, tu n’as pas froid ?

    Elle semblait encore plus perdue maintenant
   - Je devrais ?
    - Eh bien, en fait, j’attends le contrecoup."
Je lui souris à moitié, attendant qu'elle me contredise. Elle ne voudrait pas que je m’occupe d’elle.
    Il lui fallut une minute pour me répondre. Ses yeux ne semblaient pas concentrés. Parfois, elle avait cet air, quand je lui souriais.  Etait-elle...éblouie?
   
J’aurais aimé le croire.
   
     - Je ne pense pas qu’il y aura un contrecoup. J’ai toujours était très bonne pour refouler les souvenirs déplaisants.
   
Avait-elle enduré beaucoup de choses déplaisantes ? Sa vie était elle toujours aussi dangereuse ?
  
    - Quand bien même, lui dis-je. Je me sentirai mieux lorsque tu auras ingurgité un peu de sucre et de nourriture.
   
La serveuse revint avec les deux cocas et une corbeille de pain. Elle les mit en face de moi, et me demanda ce que j’avais choisi, essayant de capter mon regard. Je lui indiquai qu’elle ferait mieux de demander à Bella, puis m’obligeai à éteindre ses pensées. Elle avait un esprit très vulgaire.
    - Euh..." Bella jeta un coup d’oeil rapide au menu. “Je prendrai les raviolis aux champignons.”
    La serveuse se tourna vers moi, pleine d'espoir.
   - Et pour vous ?
   
   - Rien pour moi.

    Bella prit une expression insultée. Hmm. Elle devait avoir remarqué que je ne mangeais jamais rien. Elle remarquait tout. J’oubliais toujours de faire attention avec elle.

    J'attendis que nous soyons seuls.
    - Bois, insistai-je.
    Je fus surpris qu’elle s'exécute immédiatement sans aucune objection. Elle but jusqu’à ce que le verre soit complètement vide, et je lui tendis le second coca, fronçant légèrement les sourcils. Soif ou choc?
    Elle but encore un peu, puis trembla légèrement.
    - Tu as froid ?
    - C’est juste le coca,
dit-elle tremblant de nouveau, ses lèvres bougeant lentement comme si elle allait se mettre à claquer des dents.
    Le joli blouson qu’elle portait semblait trop fin pour la réchauffer convenablement; il la moulait comme une seconde peau, presque aussi fragile que la première. Elle était si fragile, si mortelle.
   - Tu n’as pas de manteau ?
    - Si.”
Elle regarda autour d’elle, un peu perplexe. “Oh – je l’ai laissé dans la voiture de Jessica.”
    J’enlevai mon blouson, espérant qu’il ne serait pas trop froid, à cause de la température de mon corps. Cela aurait été bien de pouvoir lui offrir un manteau chaud. Elle me fixa, les joues devenant rouges à nouveau. Que pensait-elle maintenant ?

    Je lui tendis la veste au dessus de la table, elle l’enfila, puis trembla de nouveau.

    Oui, ce serait vraiment bien d’être chaud.
    - Merci, dit-elle. Elle prit une inspiration profonde, puis repoussa les manches trop longues pour libérer ses mains. Elle reprit une longue inspiration.
    Est ce qu’elle se sentait à l’aise? Sa couleur était toujours la bonne ; sa peau était crème, légèrement rosée en contraste avec le bleu foncé de son t-shirt.

    - Cette couleur bleue te va très bien au teint, la complimentai-je. J’étais juste honnête.

    Elle piqua un fard, augmentant l’effet.
    Elle avait l’air en forme, mais il n’y avait pas besoin de prendre de risque. Je poussai le panier de pain dans sa direction.
    - Vraiment, objecta-t-elle, devinant mes motivations. Je ne vais pas avoir de contrecoup.
 
    - Tu devrais pourtant – une personne normale en aurait un. Tu n’as même pas l’air ébranlée.”
Je lui lançai un regard désapprobateur, me demandant pourquoi elle ne pouvait pas être normale, puis si je voulais vraiment qu’elle le soit.
    - Je me sens en sécurité avec toi, dit-elle, ses yeux une nouvelle fois emplis de confiance. Une confiance que je ne méritais pas.
    Tous ses réflexes étaient faussés - inversés. C’était sûrement ça le problème. Elle ne reconnaissait pas le danger comme les autres humains. Elle avait les réactions opposées. Au lieu de courir, elle s’attardait, attirée par ce qui aurait dû l’effrayer...
    Comment pouvais-je la protéger de moi-même alors qu'aucun de nous deux ne le voulait ?

    - C’est plus difficile que je ne l’avais prévu, murmurai-je.
    Je pouvais voir mes mots tourner dans son esprit, et je me demandai ce qu’elle en pensait. Elle prit un gressin et commença à le manger, sans sembler inquiétée par la situation. Elle mâcha pendant un moment, puis pencha la tête sur le côté pensive.

    - D’habitude, tu es de meilleure humeur lorsque tes yeux sont si clairs, dit elle nonchalamment.
    Son sens de l’observation implacable me stupéfia.
   - Quoi ?

    - Tu es toujours grognon quand tes yeux sont noirs. J’ai une théorie la dessus
, ajouta-elle d'un ton léger.

    Donc elle avait sa propre explication. Evidemment. Je sentis un torrent d’appréhension m’envahir en me demandant à quel point elle s’était approchée de la vérité.

    - Encore une ?
    - Hmm-hm.
Elle mâcha un autre bout, complètement nonchalante. Comme si elle n’était pas en train de discuter des caractéristiques d’un monstre avec le monstre lui-même.

    - J'espère que tu seras plus imaginative cette fois...” Je me décontractai en la voyant ne pas répondre. J'espérais vraiment qu’elle se trompait. “Ou est ce que tu l’as encore emprunté à une BD ?”
    - Eh bien non, je ne l’ai pas emprunté à une BD,
dit-elle, un peu embarrassée. Mais ce n’est pas moi qui l’ai trouvé non plus.
    - Et ?
demandai-je les dents serrées.
    Elle n'aurait certainement pas parlé aussi calmement si elle avait été sur le point de crier.

    Alors qu’elle hésitait, se mordant les lèvres, la serveuse réapparut avec le plat de Bella. Je ne prêtai aucune attention à la serveuse, tandis qu’elle déposait le plat devant Bella, me demandant si je voulais quelque chose.
    Je déclinai, demandant un autre coca. La serveuse n’avait pas remarqué les verres vides, elle les prit et partit.

    - Tu disais ? l'encourageai-je anxieusement, dès que nous nous retrouvâmes seuls.

    - Je te le dirai dans la voiture," dit-elle à voix basse. Ah, c’était mauvais pour moi. Elle ne voulait pas partager ses suppositions devant tout le monde.
   - Si... ajouta-t-elle soudainement.

    - Il y a des conditions ?" J’étais tellement tendu, j’avais presque aboyé les mots.

    - J’ai quelques questions, bien sûr.

    - Bien sûr,
acquiesçai-je, la voix dure.

    Ses questions suffiraient sûrement à me dire où ses pensées l’amenaient. Mais y répondrais-je ? Avec des mensonges responsables? Ou la ferais-je fuir avec la vérité? Ou ne lui dirais-je rien du tout, incapable de choisir?
    Nous restâmes assis en silence, tandis que la serveuse nous apporta le coca.

    - Eh bien, vas-y, dis-je, les mâchoires serrés, quand elle fut partie.
    - Que fais-tu à Port Angeles ?
    C’était une question trop facile – pour elle. Cela ne prouverait rien, tandis que ma réponse, si je lui disais la vérité, donnerait trop d’indices. Il fallait qu’elle révèle quelque chose en premier.

    - Suivante, dis-je

    - Mais c’était la plus facile !
    - Suivante,
répétai-je.
    Elle était frustrée par mon refus. Elle détourna son regard vers son assiette. Doucement, réfléchissant, elle prit un ravioli et le mâcha, concentrée. Elle l’avala avec un peu de coca, puis me regarda de nouveau. Ses yeux pleins de suspicion.

    - Ok alors, dit-elle. Disons qu’hypothétiquement, bien sûr, que... quelqu’un... puisse savoir ce que les gens pensent, lire dans les pensées, tu sais – à quelques exceptions près.
    C'aurait pu être pire.
    Cela expliquait ce sourire dans la voiture. Elle était rapide – personne d’autre n’avait jamais deviné cela sur moi. Excepté pour Carlisle, et ça avait été plutôt évident au début, quand je répondais à ses pensées comme si il les avait formulées à voix haute. Il avait compris avant moi...
    Cette question n‘était pas si mal. Puisqu’elle savait que quelque chose clochait chez moi, ce n’était pas aussi grave que le reste. Lire les pensées n’était après tout, pas une caractéristique normale chez un vampire. Je la suivis dans ses hypothèses.

    - Juste une exception, corrigeai-je. Hypothétiquement.
    Elle refoula un sourire – mon élan d'honnêteté lui plaisait.
   - D’accord, avec une seule exception alors. Comment ça marche? Est-ce qu’il y a des limites? Comment est-ce que ... cette personne... pourrait trouver quelqu’un exactement au bon moment ? Comment saurait-elle qu’elle a un problème ?
    - Hypothétiquement ?

    - Bien sûr." Ses lèvres se tordirent, et ses yeux marron étaient emplis d'intérêt.

    - Eh bien, hésitai-je. Si... ce quelqu’un...

    - Appelons-le Joe,
suggéra-t-elle.

    Je ne pus m'empêcher de sourire devant son enthousiasme. Pensait-elle vraiment que la vérité serait une bonne chose ? Si mes secrets ne la révulsaient pas, pourquoi les lui cacher ?
    - Joe alors, acquiesçai-je. Si Joe avait été plus concentré, le timing n’aurait pas été si juste." Je secouai la tête, réprimant un frisson à l’idée de combien j’avais été près de la perdre aujourd’hui. “Il n’y a que toi pour rencontrer des problèmes dans une aussi petite ville. Tu aurais fait exploser leur statistiques du taux de criminalité pour dix ans, tu sais.”
    Les coins de sa bouche s'affaissèrent, affichant une moue désapprobatrice.
   - Nous parlions d’un cas hypothétique.
    Je ris de son irritation.
 Ses lèvres, sa peau... avaient l’air si douces. Je voulais les toucher. Je voulais passer mes doigts à la commissure de ses lèvres, les transformant en sourire. Impossible. Ma peau la repousserait.
    - Oui, c’est vrai, dis-je, revenant à la conversation avant de trop déprimer avec mes pensées. Devrions-nous t’appeler Jane ?
    Elle se pencha vers moi au dessus de la table, toute trace d’humour ou d'irritation ayant disparu de ses yeux.
    - Comment as-tu su ? demanda-elle, la voix basse mais intense.

    Devais-je lui dire la vérité ? Et si c’était le cas, dans quelle mesure ?

    Je voulais le lui dire. Je voulais mériter la confiance que je voyais sur son visage.
    - Tu peux me faire confiance, tu sais, murmura-t-elle, une de ses mains s'avançant pour toucher la mienne, restée sur la table vide devant moi.
    Je la retirai – détestant penser à sa réaction au contact de mes doigts durs comme la pierre, et si froids – et elle fit de même de son côté. 
Je savais que pouvais me fier à elle en ce qui concernait mes secrets ; elle était totalement digne de confiance. Mais je n’étais pas sûr que ces secrets ne l'horrifient pas. Elle devrait être horrifiée. La vérité était horrible.

    - Je ne sais pas si j’ai encore le choix, murmurai-je.
   Je me souvins que je m’étais moquée d’elle une fois, la traitant de "particulièrement inattentive". L'offensant, si j’avais interprété ses expressions correctement. Eh bien, je pouvais me faire pardonner désormais.
   - J’avais tort – tu es bien meilleure observatrice que je ne le pensais.
    Et même si elle ne semblait pas me croire, je le pensais vraiment. Elle ne ratait rien.
    - Je pensais que tu avais toujours raison, dit-elle, souriant de sa propre blague.

    - C’était le cas avant.
     Avant je savais toujours ce que je faisais. Je savais toujours où j’allais. Et maintenant tout n’était que tumulte et chaos.

    Pourtant je n’aurais échangé cela pour rien au monde. Je ne voulais pas d’une vie pleine de sens. Pas si le chaos me permettait d'être avec Bella.

    - Je me suis trompé sur une autre chose te concernant, continuai-je, réglant mes comptes sur cet autre point. Tu n'es pas un aimant à accidents – ce mot n’est pas assez fort pour toi. Tu es un aimant à problèmes. S'il y a quelque chose de dangereux dans un rayon de quinze kilomètres, c’est invariablement pour toi.
   Pourquoi elle ? Qu’avait-elle fait pour mériter ça ?

   Le visage de Bella redevint sérieux.
   - Et tu te ranges dans cette catégorie ?
   L'honnêteté était plus importante en ce qui concernait cette question qu'aucune autre.
   - Assurément.
    Ses yeux se plissèrent légèrement – pas de façon suspicieuse, juste bizarrement concernés. Elle tendit sa main à travers la table, lentement et délibérément. J'éloignai mes mains d’un centimètre, mais elle ignora mon geste, déterminée à me toucher. Je retins ma respiration – pas à cause de son parfum cette fois, mais à cause de la soudaine tension environnante. Peur. Ma peau allait la dégoûter. Elle partirait en courant.
    Elle caressa légèrement ma main du bout des doigts. La chaleur de son geste délibéré ne ressemblait à aucune chose que je connaissais. C’était presque du plaisir à l’état pur. Cela l’aurait été si je n’avais pas eu peur. Je regardai son visage tandis qu’elle sentait la fraîcheur et la dureté de ma peau, toujours incapable de respirer.
    Un demi-sourire se dessina à la commissure de ses lèvres.

    - Merci, dit-elle, plongeant son regard dans le mien. Ça fait deux fois maintenant.
    Ses doux doigts se promenaient sur ma main, comme si elle trouvait cela plaisant.

    Je lui répondis aussi détendu que possible.
   - Essayons d’éviter une troisième occasion, d’accord ?
    Elle grimaça avant d'acquiescer.
    Je retirai mes mains des siennes. Aussi exquis que soit son toucher, je n’allais pas attendre que la magie de sa tolérance se transforme en dégoût. Je cachai mes mains sous la table.

   Je lus dans ses yeux ; malgré le silence de ses pensées, je pouvais percevoir sa confiance et ses questionnements. Je réalisai alors que je voulais répondre à ses questions. Pas parce que je le lui devais. Pas parce que je voulais qu’elle ait confiance en moi.

   Je voulais qu’elle me connaisse.

   - Je t’ai suivie à Port Angeles,” lui dis-je, les mots sortant trop vite pour que je puisse les contrôler.
   Je savais le risque que je prenais en lui disant la vérité. A tout moment, son calme artificiel pourrait se changer en hystérie. Mais bizarrement, cela me fit simplement parler plus vite.
   - C’est la première fois que je m'évertue à garder une personne en vie, ce qui est beaucoup plus difficile que je le supposais. Sans doute parce qu’il s’agit de toi. Les gens ordinaires, eux, ont l’air de traverser l'existence sans collectionner les catastrophes.
    Je la regardai, attendant.

    Elle sourit. Les commissures de ses lèvres se soulevèrent, et ses yeux chocolat se réchauffèrent.
    Je venais juste d’avouer que je la poursuivais, et elle souriait.
   - N’as tu jamais songé que peut-être mon heure était venue la première fois, avec le van, et que tu avais influé sur le destin ? demanda-t-elle.

    - Ce n’était pas la première fois, dis-je les yeux rivés sur la table marron foncé, mes épaules courbées par la honte.
   J’avais fait tomber mes défenses, la vérité s’échappait sans que je puisse la contrôler.
   - La première c’était lorsque je t’ai rencontrée.
    C’était la vérité, et cela me mettait en colère. J’étais comme une épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête. C’était comme si un sort injuste est cruel l’avait marquée d’une croix pour que la mort vienne l’emporter et – jusqu'à ce que je me révèle un outil désobéissant – ce même sort continuait d'essayer de l'exécuter. J’essayai d’imaginer ce destin personnifié - une dégoûtante sorcière jalouse, une harpie vengeresse.
   Je voulais que quelque chose, quelqu’un soit responsable de cela – pour avoir quelque chose de concret à combattre. Quelque chose, n'importe quoi à détruire, pour que Bella soit saine et sauve.

   Bella était très silencieuse ; sa respiration s’était accélérée.
   Je la regardai de nouveau, sachant que j’allais enfin voir la peur que j’attendais. Ne venais-je pas d’admettre à quel point j'avais été près de la tuer ? Plus que le van qui était passé à quelques centimètres d’elle. Et pourtant, son visage était toujours aussi calme, ses yeux toujours emplis d'intérêt.

    - Tu te souviens ?
   Elle devait forcément s’en souvenir.

     - Oui, dit elle, la voix grave. Ses yeux profonds semblaient parfaitement conscients. Elle savait. Elle savait que j'avais voulu la tuer.

    Et elle ne criait pas ?
   - Et pourtant tu es assise là, dis-je, lui faisant remarquer son inhérente contradiction.
   - Et pourtant je suis assise là... à cause de toi.
   Son expression passa à la curiosité, tandis qu’elle changeait de sujet.
   - Parce que pour une raison que j’ignore, tu m’as trouvée...?
   Une fois de plus j’arrivais à la limite de ses pensées protégées, ne pouvant les comprendre. Cela n’avait aucun sens pour moi. Comment pouvait-elle se préoccuper du reste avec la sordide vérité juste devant ses yeux ?
   Elle attendit, simplement curieuse. Sa peau était pâle, ce qui était naturel chez elle, mais toujours préoccupant. Son assiette était en face d’elle, elle n’y avait presque pas touché. Si je devais continuer à lui en dire trop, il lui faudrait tout un buffet pour encaisser le choc.
   Je posai mes conditions.
   - Tu manges, j’explique.
   Elle y réfléchit pendant une demi-seconde, puis fourra un ravioli dans sa bouche à une vitesse incroyable. Elle attendait mes réponses plus que ses yeux ne le laissaient voir.
   - Ça a été plus difficile que prévu – de te suivre à la trace, lui dis-je. D’habitude, je trouve les gens facilement, une fois que j’ai lu leur pensée auparavant.
   Je regardai son visage attentivement tandis que je lui disais cela. Deviner était une chose, voir ses suppositions confirmées en était une autre.
   Elle ne bougeait pas, les yeux grands ouverts. Je sentis mes dents grincer tandis que j’attendais sa panique.
   Elle ne fit que cligner des yeux, une fois, avala bruyamment, puis enfourna une autre bouchée. Elle voulait que je continue.
   - Je gardais l’œil sur Jessica, continuai-je, guettant l’effet de chacun de mes mots sur elle. Pas très attentivement cependant – comme je te l’ai dit, toi seule pouvais te fourrer dans des ennuis à Port Angeles –
   Je ne pus pas m’empêcher d’ajouter ça. Réalisait-elle que les autres vies humaines n’était pas étroitement liées à tant d'expériences potentiellement mortelles, ou se pensait-elle tout à fait normale ? Elle était la chose la plus éloignée de la normalité que j'eusse jamais rencontrée.
   - Au début je n’ai pas remarqué que tu étais partie de ton côté. Quand j’ai réalisé  que tu n’étais plus avec elle, je t’ai cherchée à la librairie que j'avais vue dans sa tête. J’ai su que tu n’y étais pas allée, et que tu étais partie vers le sud... et que tu devrais faire demi-tour rapidement. Donc je t’ai juste attendue, cherchant au hasard dans les pensées des gens qui marchaient dans la rue – pour voir si quelqu’un t’avait remarquée, et savoir où tu te trouvais. Je n’avais pas de raisons de m’inquiéter... mais j’étais bizarrement anxieux...
   Ma respiration s’accéléra alors que je me souvenais de ma panique. Son parfum s’engouffra dans ma gorge et me rendit heureux. Cette douleur signifiait qu’elle était en vie. Tant que je brûlais, elle était en sécurité.

   - J’ai commencé à faire des cercles en voiture, toujours... à l’écoute.
   J'espérais qu’elle comprendrait ce mot. Cela devait être tellement déconcertant pour elle.
   - Le soleil a fini par se coucher, j’allais sortir pour te suivre à pied, et puis –
   Le souvenir me saisit – très clair, et aussi vif que sur le moment – et je sentis la même vague meurtrière naître en moi, me rendant de glace.

   Je voulais qu'il meure. J’avais besoin qu’il meure. Mes mâchoires se serrèrent tandis que je me concentrais pour rester assis à table. Bella avait encore besoin de moi. C’était tout ce qui importait.

  - Et après ? chuchota-t-elle, ses yeux sombres grands ouverts.

   - J’ai entendu ce qu’il pensait, dis-je les dents serrés, incapable de ne pas grogner. J’ai vu ton visage dans son esprit.
 
   Je pouvais à peine résister à mon envie de tuer. Je savais précisément où le trouver. Ses pensées sombres, prisonnières de la nuit, m’appelaient…
   Je cachai mon visage, sachant que mes expressions devaient être celles d’un monstre, un chasseur, un tueur. Je fixai son image derrière mes yeux clos, essayant de me contrôler, me concentrant seulement sur elle. Les délicats traits de ses os, sa peau pâle et fragile – comme de la soie, incroyablement douce et sensible. Elle était trop vulnérable pour ce monde. Elle avait besoin d’un protecteur. Et pourtant, coup tordu du destin, j’étais la seule chose disponible.
   J’essayai d’expliquer ma réaction violente pour qu’elle me comprenne.

   - Ça a été très... dur – tu ne peux pas imaginer à quel point – pour moi de te sauver et de les laisser... vivants, murmurai-je. J’aurais pu te laisser partir avec Jessica et Angela, mais j’avais peur, une fois seul, de repartir les chercher.

 
  Pour la deuxième fois ce soir, je venais de confesser la préméditation d'un meurtre. Au moins, celui-ci était défendable.
   Elle était toujours calme tandis que je luttais pour me contrôler. J’écoutai son cœur. Son rythme était irrégulier, mais il ralentit à mesure que le temps passait, jusqu’à ce que je sois calmé. Sa respiration aussi était basse et régulière.

   J’étais sur le point de craquer. Il fallait que je la ramène à la maison avant...

   Le tuerais-je alors ? Allais-je devenir un meurtrier à nouveau, alors qu'elle avait confiance en moi ? Y avait-il un moyen de m’en empêcher ?
 
   Elle avait promis de me faire part de sa dernière théorie lorsque nous serions seuls. Avais-je envie de l'entendre ? Cela me rendait anxieux, mais la récompense de ma curiosité serait-elle pire que de ne pas savoir ?
 
   De toute façon elle en avait assez entendu pour ce soir.

   Je la regardai une nouvelle fois. Son visage était encore plus pâle qu’avant, mais impassible.
   - Est-ce que tu es prête à partir ? demandai-je.

   - Oui, on peut y aller, dit-elle, choisissant ses mots, comme si un simple “oui” ne pouvait pas exprimer exactement ce qu’elle voulait dire.

   Frustrant.

   La serveuse revint. Elle avait entendu la dernière phrase de Bella tandis qu’elle déambulait à l’autre bout du restaurant, se demandant ce qu’elle pourrait me proposer de plus. J’aurais voulu lever les yeux au ciel à certaines des propositions qu’elle envisageait.

   - Tout s’est bien passé ? demanda-t-elle.
   - Très bien, pourrions-nous avoir l’addition, s’il vous plaît ? lui dis-je, mes yeux rivés sur Bella.
   La respiration de la serveuse se figea un moment, complètement – pour reprendre le terme utilisé par Bella – éblouie par ma voix.

   Dans un soudain moment de lucidité, entendant ma voix résonner dans la tête de cette humaine, je réalisai pourquoi j'étais aussi attirant ce soir – loin de la peur que je provoquais habituellement.

   C’était à cause de Bella. En essayant d’être prudent avec elle, moins effrayant, presque humain, j’avais vraiment perdu mon talent. Les autres humains voyaient seulement ma beauté à présent, l'horreur que j'inspirais si bien cachée à présent.

   Je regardai la serveuse, attendant qu’elle se ressaisisse. C’était très comique, maintenant que je comprenais la raison de son trouble.

   - Bien sûr, bégaya-t-elle. Voilà.
   Elle me tendit l’addition, pensant au petit mot qu’elle avait glissé dans mon reçu. Un mot avec son nom et son numéro de téléphone.

   Oui, c’était très comique.

   J’avais un billet déjà prêt. Je lui rendis directement le reçu pour ne pas qu’elle perde son temps à attendre un coup de fil qu’elle n’aurait jamais.

   - Gardez la monnaie, lui dis-je, espérant que le pourboire que je lui laissais suffirait à calmer sa déception.

   Je me levai, suivi de près par Bella. Je voulais lui prendre la main, mais pensai que ce serait tenter le diable. Je remerciai la serveuse, mes yeux ne quittant pas le visage de Bella. Elle semblait trouver la situation amusante, elle aussi.

   Nous sortîmes du restaurant. Je marchais aussi près d’elle que je l'osais. Assez près en tout cas pour que la chaleur qui émanait d'elle soit presque une caresse du côté gauche de mon corps.

     Alors que je lui tenais la porte, elle soupira doucement, je me demandai quel regret pouvait la rendre ainsi triste. Je fixai ses yeux, prêt à le lui demander, quand elle regarda soudainement le sol, l’air embarrassée. Cela me rendit curieux, même si je ne pouvais plus lui poser la question. Le silence entre nous continua lorsque je lui ouvris la portière de la voiture, et montai à mon tour.

   Je mis le chauffage – les beaux jours étaient finis ; le froid devait la gêner. Elle resserra ma veste autour d'elle, un léger sourire sur les lèvres.

   J'attendis, repoussant la conversation jusqu'à ce que les lumières des lampadaires disparaissent. Je me sentais encore plus seul avec elle.

  Etait-ce le bon moment ? Maintenant que je me concentrais seulement sur elle, la voiture paraissait bien petite. Son odeur se répandait sous l’effet du chauffage, devenant de plus en plus forte. Son parfum devint presque une troisième personne qui prenait place dans l’habitacle. Une présence qui cherchait de l’attention.

   Il avait toute mon attention ; il me brûlait. C’était toutefois supportable. Cela me semblait bizarrement approprié. J’avais beaucoup donné ce soir – plus que je n’avais prévu. Et elle était là, volontairement à mes côtés. Je devais sacrifier quelque chose pour cela. Une brûlure.

   Si seulement cela ne pouvait être que ça. Une brûlure, et rien d'autre. Mais le venin emplit ma bouche, et mes muscles se bandèrent, comme si j’allais chasser…

   Je devais arrêter de penser à ce genre de choses. Et je savais ce qui m’en distrairait.

   - Alors, lui dis-je, la crainte de sa réponse surpassant la brûlure. A ton tour maintenant.
 


 
 
Suite bientôt! cour  

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Dernière édition par Ambre le Mer 18 Mar - 19:08 (2009); édité 5 fois
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MessagePosté le: Mar 18 Nov - 19:51 (2008)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mer 19 Nov - 19:52 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

merci c'est trop bien bisous et encore merci j'adore je suis fan j'adore j'adore merci

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MessagePosté le: Mer 19 Nov - 20:05 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

Derien choupette! ^^
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MessagePosté le: Lun 8 Déc - 21:14 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

Vivianne!

Si tu a vraiment baisez toutes la pages avec tous les charpitres et que tu vois se message c'est que ton ordinateur a un problème!
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MessagePosté le: Mar 9 Déc - 18:48 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

c'est quoi cette orthographe c'est pas toi qui voulais que l'on écrive correctement "charpitres" pff ridicule XD

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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 18:26 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

dsl ^^
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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 19:46 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

XD dsl c'est du langage sms t'ai pas contre pour que les étranger comprenne tu te contredis XD!!!

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MessagePosté le: Mer 10 Déc - 21:22 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

rolala! de toute façon personne va venir sur mon forum!

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MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 12:08 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

mais non deserpere pas (et puis moi je suis pas personne jusqu'à preuve du contraire)

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MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 13:25 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

a bon?? Laughing
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MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 13:32 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

oui oui oui et comme je l'ai dis  jusqu'à preuve du contraire je suis la !!!!!!!!!!!

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MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 13:36 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

Y a un fantôme istérique qui me parle!

Au secour! (mais que fais mon prince charmant!)

tu sort (pour moi)
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MessagePosté le: Jeu 11 Déc - 14:05 (2008)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

XD ta une preuve toi de ne pas être un fantôme en tout car moi suis pas un fantome o pire moi suis une fantome !!!!!!!mais j'avoue etre hysterique mais tu l'ai tous autant !!!! (quand a ton prince charmant c'est plus le tient mais le mien te l'ai piqué il ai dans mon camps )!!!!!

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MessagePosté le: Mer 18 Mar - 15:50 (2009)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

Coucou Super ton forum mais pas assez connu =( Mercii beaucoup pour les 7 premiers chapitres ils sont tros bienn une autre impression du livre =) J'espere ne pas etre rejeté car je suis nouvelle =o Lool Bon jvais souvent etre conecter (j'espere=p) Jvous laiisse Bisoux

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MessagePosté le: Mer 18 Mar - 18:50 (2009)    Sujet du message: Midnight Sun Répondre en citant

Mercii beaucoup Bilge!
J'essaye de faire en sorte qu'il soit plus connu, mais j'ai pas mal de choses a faire ces deniers temps xDD
Ne t'en fait pas, les membres sont tous très simpas!

Je suis sure que tu vas trouver t'a place parmi nouus Wink
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